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Earthbound

Scan de la chronique de l'album Earthbound (King Crimson) par Paul Alessandrini, parue dans Rock & Folk en août 1972.

Scan de la chronique d'Earthbound



Transcription

Un enregistrement “live” du groupe le plus perfectionniste de la musique rock anglaise et qui restitue des “échos sonores” de la dernière tournée aux USA. Une moins grande pureté du son mais une plus grande authenticité: on mesure le décalage qui sépare le travail en studio et le passage d'un groupe comme King Crimson en direct. Ici, les bavures restent présentes; on n'assiste à aucun “maquillage” de la musique, d'autant que la prise de son est plus qu'insuffisante.

Ce qui est frappant, c'est la part importante donnée à l'improvisation, une improvisation qui emprunte toujours les chemins du jazz. “Peoria”, composition de Fripp qui porte le nom de la ville où elle a été enregistrée, laisse la partie “vocale” au saxophone de Mel Collins qui se lance dans une variation jazzy faisant alterner “swing” et “cri”. La longue pièce qui clôt le disque verra Robert Fripp faire épouser aux sons de sa guitare de multiples tempos, avec cassures ou bien jeu classique, pour se clore après un solo de batterie de Ian Wallace dans les stridences, le heurt de matières sonores électro-acoustiques. “21st century schizoïde man”, la célèbre composition du premier album, est ici volontaire déformée, distendue, salie par le son du saxophone et acquiert ainsi une nouvelle dimension.

La musique de ce disque est essentiellement instrumentale, hormis quelques apports très réduits de la voix; encore qu'ici aussi il s'agit d'un nouveau “traitement” des vocaux (cf. “Earthbound”). La conception même du jeu “live” assure une grande place au saxophoniste Mel Collins qui dialoguera souvent avec Robert Fripp dans la meilleure tradition jazzy. C'est un King Crimson qui étonne et donne d'autant plus de regrets de ne l'avoir pas découvert, dans cette formation, “live” en France. Les longues plages enrichies par l'improvisation, prolongées par les cris donnent encore plus de force aux compositions de Fripp comme en témoigne “The sailors tale” qui figure sur le précédent album du groupe (“Islands”).

Tout prouve ainsi que la musique de King Crimson n'est pas figée mais ouverte aux circonstances donc prête à revivre à chaque concert. Cette “nouvelle musique” que l'on dit glacée n'est qu'intelligemment proposée suivant les conditions: en studio vers une perfection, “live” ouverte au hasard et à la frénésie.



Auteur de la page : Alistair (scan), Sydalie (transcription).

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