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Islands

Scan de la chronique de l'album Islands (King Crimson) par Paul Alessandrini, parue dans Rock & Folk en février 1972.

Scan de la chronique d'Islands

Transcription

Aucune indication sur la pochette, aucun nom de musiciens, seuls apparaissent ceux de Robert Fripp et Sinfield, comme compositeurs des différents morceaux de ce disque. On aurait pu voir là, si ce n'était simple mesure d'économie de Philips-France, un désir d'imposer au-delà des personnalités des membres du groupe, un son, une spécificité musicale « King Crimson » qui se confirme de disque en disque, de musiciens en musiciens. Et cela autour du noyau Fripp-Sinfield : King Crimson continue à être « classique » et cela dans la perfection, la sophistication présente même dans les aspects les plus baroques de l'œuvre. A la convergence des musiques l'expérience se prolonge sans à-coup, synthèse intelligente des genres, des modes. Évocation, renaissance du thème qui est confronté à des climats changeants soigneusement délimités par l'écriture musicale : dépouillement le plus complet de la voix, basse à l'archet, luxuriance des parties orchestrales, saxophone à la Pharaoh (Mel Collins), pulsions de la basse électrique, orgue saturé « Ratlegien », reminiscences vivaldiennes (Prélude) et même pastiche des Beatles (« Ladies of the road »). Le tout composant l'œuvre, puisqu'il y a cohérence, et aucune place aux morceaux de bravoure, solos. La musique est écrite, définitivement mise en scène sans possibilité de déterminer une nouvelle orientation. C'est ce qui fait sa force, son étonnante précision. King Crimson sur disque est différent du groupe qui se produit sur scène : ici aucune partie de funky music ; au contraire l'exigence de la rigueur, de l'épure. Sans doute, l'exemple le plus caractéristique de cette pop qui veut se prouver sa propre richesse musicale : les instrumentistes ne sont que les « véhicules » des propositions musicales de Fripp et Sinfield, qui, lui, compose sans prendre part à l'élaboration pratique. S'il y a dans « Islands » l'idée de plénitude, de voyage, ce sera à travers le monde de la musique, le disque devenant une sorte de monstre bâtard fascinant parce que conservant dans son unité toutes les parcelles des musiques visitées. C'est aussi une musique dangereuse parce que se complaisant dans sa préciosité, revendiquant totalement comme unique désir, sa propre finalité. L'annonce officielle de la séparation de Sinfield d'avec Robert Fripp et le reste des musiciens marquera sans doute un tournant dans l'orientation musicale du groupe. Reste que ce disque, plus que le précédent, est la quintessence de toute la démarche de King Crimson. Celui du couple Fripp-Sinfield.

PAUL ALESSANDRINI



Auteur de la page : Alistair (scan), Wulfnoth (transcription).

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