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Red

Scan de la chronique de l'album Red (King Crimson) par Claude Alvarez-Péreyre, parue dans Rock & Folk en décembre 1974.

Scan de la chronique de Red



Transcription

King Crimson

Red Island 6396035(dist. Phonogram – B)

Des liens indéniables avec Starless And Bible Black, l'album précédent de King Crimson, mais – heureusement – une notable différence dans l'attrait qu'offrent ces deux disques. Comme si, avec le passage du noir au rouge, le groupe trouvait (enfin! - au moment de se séparer) une couleur sonore affirmée : une saturation obsédante, un frémissement sous-jacent qui éclate parfois, et puis des cris, des déchirements lancés, mais pas n'importe comment.

King Crimson est peut-être, dans l'esprit de Fripp, très loin du niveau de groupes comme Genesis ou Yes, il n'en partage pas moins avec ces groupes une caractéristique fondamentale de sa musique : celle-ci prend le temps de se faire, d'advenir – non pas au sens de la production discographique, mais dans l'avènement physique, la composition de la musique. Cela était vrai déjà de l'album précédent, mais on y sentait un malaise, une gêne dans la maîtrise du déroulement musical : autant la montée initiale (avant l'éclatement de la batterie) dans le morceau Starless And Bible Black semblait laborieuse, autant Providence, dans l'album présent, appelle l'écoute attentive, l'attente de l'aventure du violon.

Red, qui ouvre la première face, est basé sur l'un des principes fondamentaux de King Crimson : la répétition. Ici, c'est celle de deux cellules ascendantes, l'une montée continue, l'autre montée fractionnée, reliées par un pont d'accords saturés qui ne brisent en rien l'effet de fascination. Sans coupure, et avec la seule transition d'une belle phrase de violon, Fallen Angel affirme, en particulier dans la voix de Wetton, de plus en plus belle, cette pesanteur mesurée de la musique ; des contre-chants de guitare électrique, de hautbois ou de saxes (Mel Collins et Ian MacDonald) donnent à cette belle ballade son épaisseur. Cette première face, située dans un registre unique, finit sur One More Red Nightmare, et si ce n'était cette montée (fractionnée à nouveau) en introduction et liaison des couplets, on se croirait à mi-chemin entre Family et les Beatles ! Mais le mouvement s'élargit peu à peu, et une nappe d'arpèges et de chocs percussifs prend le temps de s'installer. Dans se morceau, encore davantage que dans les autres, l'apport de Bill Brufort est absolument manifeste : une oscillation constante entre un fourmillement d'accents subtilement mais efficacement déplacés et un dépouillement extrême ; cette vie de la batterie est d'ailleurs en grande partie celle même de King Crimson.

Face deux : Providence. King Crimson a certainement écrit, avec ce morceau, une des seules alternatives réelles à la musique classique dite « contemporaine » : il manquera toujours à Stockhausen ou à Xenakis le swing. Et si celui-ci n'apparaît pas immédiatement dans cette longue suite de violon (où Cross semble plus à l'aise que dans des passages plus « rock »), la basse saturée et la batterie le suggèrent puis l'affirment vite. Providence, c'est aussi la preuve éclatante que si Fripp voulait, il ferait une fantastique carrière de guitariste soliste.

Starless enfin, simplement classique après la (sic) délire de Providence, c'est un très bon morceau de rock des années 1970, et aussi comme un retour aux sources, in the court of the Crimson King.

Red, dernier disque de King Crimson, conclut avec bonheur une sorte d'exploration, de mise en place d'une musique de chambre de la rock-music ; une très belle conclusion !

Claude Alvarez-Péreyre.

Auteur de la page : Alistair (scan), H2O (transcription).

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