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Three of a Perfect Pair

Scan de la chronique de l'album Three of a Perfect Pair (King Crimson) par Thierry Chatain, parue dans Rock & Folk en mai 1984.

Scan de la chronique de Three of a Perfect Pair



King Crimson

THREE OF A PERFECT PAIR

EG 817 882-I (Polydor)
Sauf le respect que je dois à Robert Fripp et ses partenaires, j'ai bien envie de crier à propos de ce troisième LP de King Crimson new look (le onzième au total) que “le roi est nu”, comme l'enfant du conte d'Andersen. Et l'on aura beau vouloir m'impressionner avec toutes les considérations théoriques que l'on veut, je persiste et signe : le King Crimson actuel me semble avoir atteint ses limites, ce qui est gênant pour un groupe dont le but déclaré est d'aller de l'avant et de défricher des voies nouvelles.
La première face, qualifiée de “face gauche” par ses auteurs, se veut accessible, est elle l'est, ce n'est pas le problème. Chacun y fait ce qui est attendu de lui, sans plus. Adrien Belew vocalise plus qu'il ne chante ses histoires névrotiques et sort des sons bizarres de sa guitare (avec ou sans barrettes !), Fripp tisse des séquences métronomiques emboîtées, Bill Bruford garde le tempo avec plus de sobriété qu'à l'accoutumée, Tom Levin soutient au stick ou à la basse et Wulfnoth enrobe le tout avec ses claviers magiques. Le hic vient de ce que ce canevas a déjà été exploré avec plus de brio sur “Beat”, et qu'il se fait singulièrement mince sur un titre comme “Model Man”. Exception notable, “Sleepless”, où le trait se fait plus acéré, et relève une facette dansante de King Crimson, jusque là laissée en sommeil. La seconde face, ou “face droite” - entamée en fait par “Nuages”, le dernier titre du côté pile, qui s'y rattache – nous livre quand à elle le côté excessif (Fripp dixit) de King Crimson, essentiellement instrumental. Et s'il y est question d'excès, c'est dans l'auto-indulgence, à mon sens. Je ne doute pas qu'il ait été passionnant pour nos mousquetaires du rock intelligent post-moderniste de croiser le fer en se passant de thèmes construits, mais de là à asséner cela tel quel – c'est l'impression qui s'en dégage – à l'auditeur … l'ennui guette vite au bout du sillon, et la voie nouvelle se met à afficher une curieuse ressemblance avec une impasse. Il est d'autant plus regrettable que le quatuor se soit lancé dans des improvisations funambulesques sans fil directeur que, dès qu'il a une structure qui leur sert de garde-fou, ce qui est le cas dans “Larks’ Tongues In Aspic Part III” (proche de la seconde partie sur l'album du même titre), alors la mayonnaise se met à prendre, et l'on retrouve le King Crimson surpuissant des grands jours, capable de vous décoller de votre fauteuil aussi sûrement qu'un séisme de force 10 sur l'échelle de Richter. Une conclusion terrassante pour un disque qui a le parfum d'un rendez-vous manqué.
THIERRY CHATAIN

Auteurs de la page : Alistair (scan), Mnzaou (transcription).

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