L'audience de Pink Floyd avant Dark Side of the Moon

Démarré par Kermit, 08 Février 2010 à 19:23

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strum

Yep, ça, c'est roots ;-)

C'est bonnard, ces vieux qui nous racontent leurs souvenirs d'antan XD

Pas taper, pas taper!
"Without deviation from the norm, progress is not possible." Frank Zappa

Blue-Berry

#21
"Vous êtes ce que je fus, vous serez ce que je suis" (Ronsard)
I would have liked to be this
jewish
canadian
poet
who sings Love and its meanders so well.
But by this time I would be dead,
And I would never have
met,
known,
and, above all, loved
You.
So too bad if I'm not this
jewish,
canadian,
poet
It's all right.

ProgFusion

Ma super 4l je l'ai gardé 4 ans... Quand je l'ai donné à la casse il n'y avait pas un centimètre de récupérable (j'avais même enlevé la batterie(hahaha...).
Enfin dans le genre barge j'ai fait pire avec ma R6 (descendre une montagne avec un sacré dénivelé et quatre copains à la tenir dans les virages pour ne pas qu'elle roule jusque en bas...
Enfin tous ça dans les pâturages bien sur! pas de piste, et pour aller voir un gouffre 500m plus bas...)Et toujours la musique à fond bien sur!!!
Enfin quand même l'album de musique qui me ramène le plus à cette époque c'est Neil Young - Harvest qui est carrément génial...

strum

Ahhhh, Harvest, la grande grande classe...

Toute mon enfance ;-)

Moi ça me rappelle les départs en vacances, quand mon papa conduisait (du coup c'est lui qui choisissait la musique, bien qu'il n'y ait que très très peu de protestations ;-)

Jamais je pourrai le remercier assez pour ces foutus souvenirs...

Et quand je serai vieux comme vous, j'en causerai à des p'tits jeunots comme nous...

Blue, ta citation illustre parfaitement mon propos, je trouve, quel talent...
"Without deviation from the norm, progress is not possible." Frank Zappa

Blue-Berry

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strum

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Blue-Berry

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Alistair

Pink Floyd n'est underground qu'en 1966 / 1967. Il n'intéresse qu'un public londonien branché qui ne s'attachera pas à lui. Il faut rappeler que le swinging london est une mode dont le rock ne représente qu'un aspect. On y pratiquait des happenings, du théâtre, des récitations et des projections de films. Il possédait aussi ses propres clubs, ses fanzines, ses radios libres et sa mode vestimentaire. Le premier Pink Floyd tombe en désuétude parce que cette mode a fait son temps, non pour des raisons internes au groupe.

Entre 1968 et 1972, Pink Floyd se tourne vers la France pour construire son succès. Il est connu d'une « forte minorité » pour reprendre l'expression d'un journaliste. C'est la plus grande attraction rock que la France ait connue. Il n'est donc plus élitiste ni underground. C'est déjà un gros vendeur de disques aux cotés de Led Zeppelin, les Who ou les Stones. Il y a deux raisons à cela.

La première, est que la France s'est mise au rock au moment où Pink Floyd a décollé, et que les conditions y étaient favorables pour un coup de foudre. Culturellement, des étudiants anglais ont plus de chance d'être adoptés par la France pompidolienne que la racaille de Détroit ou les freaks californiens. Son verni « classique » a aussi joué un rôle parce qu'il réconciliait les générations. Sa musique est largement instrumentale (pas de barrière linguistique) et pas spécifiquement anglaise (pas de barrière culturelle). Science fiction, espace et onirisme sont des centres d'intérêts universels.

L'autre raison est que Pink Floyd a été efficacement vendu et managé. EMI a mis le paquet en promo et marketing. Premières télés en 1968 (Bouton Rouge et Samedi & Compagnie...), premiers concerts (Lyon en 1968, les universités ensuite, concert des champs Elysées en 1970...) et les festivals stratégiques. Des slogans nous vendent le flamant rose comme un son venu d'ailleurs, un groupe culturel ou les nouveaux classiques..., à quoi s'ajoute une distribution excellente et des offres imparables (Ummagumma fut vendu au prix du simple). Le prix de l'académie Charles Cros est aussi un fameux coup de pouce.

Cette appellation de groupe culturel (qui ne veut rien dire au passage) est inventée par la presse et plaît aux français. Ummagumma (meilleur vente du groupe jusqu'à la mi 1974) et Atom Heart Mother sont ses chouchous. Meddle sera accueilli plus froidement, comme « un simple disque de rock ». Cette connotation symphonique véhicule une idée fausse du groupe et deviendra une casserole, mais a grandement contribué à séduire une classe moyenne qui ne connaissait rien à la musique savante... et un public intellectuel qui ne connaissait rien au rock. 

Pink Floyd a fricoté avec l'intelligentsia à cette époque, ce qui a renforcé cette image. Une intelligentsia du cinéma (Schroeder, Antononi, Maben), de la danse (Roland Petit), mais curieusement, pas de la musique. Les musiciens intellectuels ont souvent une culture rock assez pauvre. L'intervention du musicologue dans l'émission podcastée par Kermit le confirme. Des gens d'une certaine génération (ceux-là mêmes qui disent les Pink Floyd), capables de disserter des heures sur le contrepoint ou l'éclosion de l'opéra florentin, mais pour qui la pop se résume aux Beatles et aux Stones. Pink Floyd est le seul groupe « progressif » qui soit parvenu à leurs oreilles parce que le seul à être autant plébiscité.

En conclusion, le Pink Floyd pré-Dark Side connaît un succès et une cote d'amour en France qui ne reflète pas sa réputation dans les autres pays. S'il est vénéré chez nous, il est « seulement » admiré dans le reste de l'Europe et pratiquement ignoré aux Etats-Unis. Le public l'a vu sur scène et a donc de sa musique une connaissance assez complète même s'il manque de recul, d'informations et d'éléments comparatifs. Le groupe couvre déjà un espace médiatique conséquent grâce à des facilités promotionnelles et une presse spécialisée (encore de qualité) qui ne tarit pas d'éloges à son sujet. Il y a déjà une hype Pink Floyd à cette époque mais soyons bon joueur : rien de comparable avec la propagande délirante qui va suivre.   

Blue-Berry

#28
Globalement d'accord avec toi, Alistair.
Sauf en ce qui concerne l'accueil de Meddle qui a été bien moins froid que tu le dis (je l'ai vécu en direct). Meddle a conforté la position qu'AHM avait donnée à PF dans toutes les couches de la population française, et ce malgré l'absence de "couleur classisante" : le format de Echoes, son découpage en mouvements comme une symphonie, les sonorités inhabituelles au rock (vent, cris d'oiseaux...), suffisaient pour convaincre le public déjà conquis par AHM et conforter l'image "progressiste" du groupe.
Et à l'étranger, si PF était quasi ignoré aux States, il avait un succès notable en Europe (et notamment, hormis la France, en Allemagne, ce qui suscitera des vocations chez les futurs "krautrockers") ainsi qu'au Japon, toujours très ouvert à toutes formes de musiques (ce n'est pas propre à PF).
Dans l'intelligentsia française, il faut aussi compter les scientifiques, et parmi ceux-ci Haroun Tazieff qui illustrait ses documentaires TV avec des ziks de PF qu'il appréciait beaucoup. À charge de revanche, il leur donnera des images pour Pompei (le Vésuve et surtout l'Etna que j'ai connu à la même époque, éruptions du printemps 1971). On voit ces images sur Careful et Saucerful notamment.
Quand j'y repense, c'est peut-être dans ces docus de Tazieff, qui sont antérieurs à Pompei, que j'ai entendu pour la première fois PF, mais sans y prêter attention (j'étais fasciné par les images, et voulais être vulcanologue). D'où peut-être ce sentiment d'une musique familière déjà présente dans mon univers quand j'en ai entendu consciemment la première fois, en septembre 1971.

Le dinosaure a parlé.
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ProgFusion

Effectivement je pense avoir entendu les premières notes de PF avec les documentaires de Haroun Tazieff, personnage que j'admirais pour une autre raison, il a fait partie d'une des premières expéditions scientifique dans le gouffre de la Pierre Saint Martin et a assisté au trépas de Marcel Loubens lors de sa chute au fond du puits Lépineux (du nom de l'inventeur...).
Il aura filmé un témoignage exceptinnel de cette époque...(de 1952 à 1956!).
La popularité de Yes à l'inverse de PF a été plus grande au US qu'en France... Et encore aujourd'hui ce groupe est très marginalisé... (il faut dire qu'ils l'ont bien cherché à changer de style et de musiciens sans arret!) :(

Kermit

Très bonne mise au point, Alistair.

Citation de: Alistair le 04 Mars 2010 à 10:23
Cette appellation de groupe culturel (qui ne veut rien dire au passage) est inventée par la presse et plaît aux français. Ummagumma (meilleur vente du groupe jusqu'à la mi 1974) et Atom Heart Mother sont ses chouchous. Meddle sera accueilli plus froidement, comme « un simple disque de rock ». Cette connotation symphonique véhicule une idée fausse du groupe et deviendra une casserole, mais a grandement contribué à séduire une classe moyenne qui ne connaissait rien à la musique savante... et un public intellectuel qui ne connaissait rien au rock.

Je savais qu'effectivement Ummagumma s'était très bien vendu en France dans les années 70 (plusieurs centaines de milliers d'exemplaires). C'était vraiment le type d'album qui faisait bien alors dans une discothèque de maison bourgeoise progressiste, si l'on peut dire les choses ainsi (même si son propriétaire ne l'écoutait pas toujours...).

C'est Ummagumma qui a le plus donné au Floyd cette image (largement fausse) de "groupe culturel". Certains des morceaux de l'album, en fait plus ou moins bricolés en studio, comme la "composition" solo de Nick Mason du disque studio (qui s'est en fait d'ailleurs fait aider pour le coup par le producteur car il n'y arrivait pas tout seul), pouvaient sonner comme influencés par des compositeurs de musique savante d'avant-garde style Xenakis. En fait, on sait aujourd'hui que seul Rick Wright écoutait ce genre de musique. David Gilmour lui par ex s'en est toujours tenu au blues-rock.

Jadis tenu en haute estime, pour des raisons parfois discutables, Ummagumma est à l'inverse de nos jours tombé dans une sorte de purgatoire, même pour beaucoup de fans. Pour ma part, je porte dessus un regard mitigé, forcément moins empreint d'illusions que pouvaient nourrir les auditeurs de l'époque mais sensible néanmoins à la bulle d'atmosphère de cette même époque que nous renvoie encore cette oeuvre.

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