Philosophie psychédélique

Démarré par Ethel, 20 Mai 2012 à 09:54

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GilFrippMour

Pour faire concis, l'art est à mon humble avis simplement une question de démarche.
Duchamp n'a pas exposé son urinoir pour pisser dedans. Les Mayas ne faisaient pas des jolis masques pour que leurs cadavres aient la classe. L'art n'est pas simplement de la matière, mais ce qu'il y a derrière.
Une esquisse faite par un enfant ou un malade mental n'est pas moins de l'art que la fresque de la chapelle Sixtine. Ce n'est pas une question de beau, ou d'agréable, comme ce n'est pas une question de moche ou dérangeant.
On est pas artiste à partir du moment que l'on sait faire complexe. On ne fait pas de l'art par nécessité.
On est artiste à partir du moment où l'on cherche à exprimer sa réalité, et ce sans contrainte ni nécessité exterieure.
"Imagines-toi une œuvre si gigantesque que le monde entier s'y reflète"
" Si l'on savait comment Mahler nouait sa cravate, on apprendrait plus qu'en trois années de conservatoire"

Hereward_the_wake3

#21
L'art est l'outil du culte.
L'une des missions premières du culte est la commémoration.
exemples :
- La Tour Eiffel 1889, commémore le centenaire de la Révolution.
- L'Arc de Triomphe, en mémoire des soldats de la Grande Armée.
- Les Pyramides d'Egypte (range pharaon mort) en mémoire de Pharaon.
- La Bible, c'est écrire pour se rappeler l'histoire du peuple juif.
- Le Sacre de Napoléon par David, c'est le Voici de l'époque

Pink Floyd aussi commémore. Ils commémorent leur messie, SYD.


Et à travers lui, ils célèbrent bien d'autres choses non-dites.

Pourquoi achète-t-on des compilations BEST OF ?
C'est pour se rappeler de trucs. On se les passe en boucle, encore et encore. Franchement, vous ne connaissez pas déjà tout de Pink Floyd ?

Mais chacun des morceaux de Pink Floyd porte notre histoire personnelle.
Perso, moi j'ai découvert Pink Floyd en Angleterre au travers de tribute bands et c'était un moment très heureux de ma vie (ça se voit non ?). J'aime bien me les remémorer.

Mon vieux il bave devant Alain Barrière "Maaaaa vieeeeee!", c'était son époque. Le passé, c'est sacré. Il en a un disque au grenier..

"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

On va finir par le trouver ce bon sang de lien avec le psychédélisme : une évocation d'émotions et de souvenirs enfouis, déterrés avec fureur à la surface par l'intermédiaire d'une musique psychotrope. Des souvenirs sacrés, un groupe culte: une certaine Ethel nous parlait d'addiction depuis ses 13 ans, ce qui est dans l'ADN du psychédélisme, l'addiction, n'est-ce pas?
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

Je reviens sur le rôle commémoratif de l'art. Se remémorer le bon vieux temps, c'est forcément triste. Vous avez remarqué que la musique pop héritée du blues porte une nostalgie toute prête. Dans le Rock et même dans le hip hop et la dance. Cela tient au fait que la musique est constituée de 2 types d'accord, les majeurs :D et les mineurs  :pleure:

J'ai un stock de disque, mais quelle tristesse ! A mon époque, on écoutait le suicidé de Nirvana ! Coldplay, c'est à se foutre une balle. Et Pink Floyd, le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est pas la grande déconne. Mais ce sont des souvenirs dont on ne peut pas se séparer alors on les garde, à remplir les placards. Ce serait un sacrilège de les vendre.

"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

brunographic

Est-ce que Pink Floyd est psychédélique ? Est-il progressif ou autre chose ?
C'est curieux ces "étiquettes" que l'on veut toujours coller à telle ou telle chose... surtout dans les domaines qui touche à l'art.
Eux même, d'après ce qu'on a pu entendre et lire, ne se sentaient pas vraiment psyché. Ils faisaient de la musique, du rock. Pareillement pour les Sex Pistols qui ne se sentait pas punk...
Donc, quand est-il réellement. Ces musiciens étaient dans ces styles (voire être les créateurs) sans en être conscients, ou est-ce l'entourage qui veut absoluement les classer dans une case ?

Hereward_the_wake3

#25
Bruno, tu as raison. La question du genre, c'est une vraie question.

Je disais plus haut que l'art c'était l'outil du culte. C'est aussi un moyen d'ordonner nos existences. Les symboles donnent du sens. S/s

Quand l'histoire est trop tordue, on met un monument. A Ground Zero, à la place des tours, une fontaine et une autre tour encore plus haute. Première GM, tombe du soldat inconnu. A la place de la Bastille, une colonne. Tout ce qui dépasse de notre digne histoire est ordonné, rangé.

Les Tyrans ont bien compris que pour imposer l'ordre, il fallait l'art. La Renaissance en Europe, c'est François Ier dit "César", Henry VIII "Barbebleue", Charles Quint Saint Empereur et Philippe II d'Espagne, que des Tyrans ! Les véritables Dark Ages du Moyen Age, c'est la Renaissance. Haussman, c'est le Second Empire. Un Pont Alexandre à Paris ? Et pourquoi pas une Colonne Vladimir Poutine tant qu'on y est ? Et regardez le Métro de Moscou, la splendeur de Staline. Je vous laisse réfléchir sur le seul président de la république qui a osé se construire une pyramide au milieu du Louvres. Les Révolutionnaires ne construisent pas d'oeuvres d'art, ils les détruisent, ô suprême blasphème. On leur a suffisamment reproché les têtes coupées sur les statues des églises.

Il y a un ordre du Pink Floyd. Pink Floyd et d'autres, sont le fruit d'une révolution qui avait mis la jeunesse du baby boom au pouvoir. C'est 68. Dans les vieilles interviews des années 70, revient toujours la question de la politique. Et waters se sent très libre d'en parler: il répète à qui veut l'entendre "the great economic collapse will happen." Leurs idées sont révolutionnaires, à l'instar de leur musique qui brise tous les codes établis: durée, harmonie, ton, packaging.

On cite souvent les lignes droites du classicisme français comme marque d'un renouveau Impéraliste (le Bassin Neptune à Versailles) en lieu et place du Vieux Gothique médiéval parisien qui donnait le pouvoir aux héros populaires comme Hugues Capet ou Charles VII. Mais aussi révolutionnaire, fouilli et confus put-il paraître, l'Impressionisme n'a été qu'un moyen de réordonner l'art autour de la notion de perception. Il impose simplement de nouvelles normes. Nouvelle donne, nouvel ordre. Curieusement, Pink Floyd utilise les codes de la Révolution Impressionniste et pas simplement pour la pochette d'Obscured by Clouds.



...avec l'espoir de voir un jour ce nouvel ordre devenir l'académisme. 40 ans plus tard, qu'en est-il ? Pink Floyd a-t-il fait école ? Le son Pink Floyd est-il devenu une académie ?
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

#26
L'Académisme, Floyd l'a effleuré en flirtant quelques mois avec l'Avant-Garde Française, Barbet Shroeder et Roland Petit, avant finalement de leur préférer la reconnaissance de la Plèbe, enfermés dans des arènes bruyantes. C'était la peste ou le choléra, probablement.

Parce que comme l'art elle ordonne le monde en paradigmes et en syntagmes et qu'à ce titre elle peut arborer un caractère sacré (dans l'Occident démocratique, Montesquieu fait figure d'un Moïse avec ses Tables du Saint Esprit des Lois) dont le pouvoir tire sa légitimité (Mao et le Livre Rouge) ou même faire l'objet d'un rite (Les Esseniens, le Boudhisme), j'ai la modestie de ranger la philosophie parmi les arts.

Avoir le Zarathoustra bien en vue dans sa bibliothèque ou pourquoi pas clouée au dessus de sa cheminée (pour égayer vos repas, préférez l'édition avec le singe grimaçant de Kubrick en couv), c'est faire preuve de bon goût et passer pour un esthète tout en affichant son statut social de Bohème-Bourgeois tendance Gentilhomme; dans la cheminée, le Zarathoustra serait tout aussi bienfaiteur "quand la bise fut venue". Mon Dieu, j'ai profané Nietzche!


Apothéose de la dope pourrait-on baptiser ce projet de recherche d'une philosophie psychédélique. Elever des Gavroches qui sniffent de la colle au Panthéon Platonicien pour le plaisir de la transgression, c'est une vanité.

Par pitié, si jamais l'on parle de l'influence des substances illicites sur l'articulation de la pensée, veillons à laisser les centaines de pages sur la Critique de la Faculté de Juger sous leur couche de poussière au Musée de l'Histoire des Sciences entre les feuilles de bananier gondolées de La Pèrouse et les gravures de raton-laveur de Lewis et Clark, bien rangées derrière la casserole trouée que Denis Papin avait un jour oubliée sur le feu en s'écriant "Eureka". Au temps des IRMs, pourquoi prendre sa carriole pour aller au marché quand on peut prendre sa bagnole. Bref, pour être de bons penseurs psychédéliques, il nous faut une problématique ordonnée, car la divagation ne serait suffire à faire de nous des Ricardos, n'est-ce pas ?





"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

DJ Eric

Citation de: Hereward_the_wake3 link=toquote author=Hereward_the_wake3 link=topic=2365.msg54402#msg54402 date=1337844797]
Le son Pink Floyd est-il devenu une académie ?
C'est ce que nous dira l'émission Pink Floyd Academy, où de jeunes tribute band s'affronteront pour remporter le cochon d'or, l'émission sera enregistré dans une centrale électrique désaffectée, il y aura une vache sur scène ainsi qu'un joueur de triangle
selon la rumeur, Gilmour et Waters ont décidé d'enterrer la hache Eugène de guerre
on ne connaît pas encore les réactions de Ricard Wrigt

Hereward_the_wake3

#28
Au fronton de L'Académie du Floyd, on écrira :

"We don't need no education"

C'est tout ce que le grand public retiendra d'eux. C'est leur Cogito en quelques sortes et le hasard a très très bien fait les choses. L'école Pink Floyd est une école de l'intuition.

Moi je rattache ce slogan à L'Emile de Rousseau, une école de la liberté sans Dieu ni maître, une école des sens coupée des traditions. J'irais même plus loin en comparant leur démarche à celle de Ralph Waldo Emerson lors de son discours à Harvard, qui disait en substance qu'il était inutile de copier pour produire un art véritablement Américian. Les PF sont des autodidactes. Ils ne connaissaient rien de la musique. Ils ont créé sans éducation musicale.

"The Laddy's a poet !
New car, caviar,
four star daydream,
I think I'll buy me
a football team !
(rires)
Absolute rubbish laddy !"
(The Wall d'Alan Parker)



L'éducation académique, qu'elle soit artistique ou non, se limite à des préceptes idiots érigés pour faire prospérer la tradition héritée de nos glorieux ainés : "If you don't eat your meat, you can't have any pudding."

L'éducation à la re-production des oeuvres déjà existantes selon les mêmes critères décennies après décennies ne produit que des clones et des zombis. Les bandes FM sont polluées de ces pseudo-artistes, clones les uns des autres. Katy Melua, clone de Nora Jones issues du jazz, Duffy clone de Amy Whinehouse issues de la Soul, etc, etc..



L'art devient une Gérontocratie avec ses critiques établis, comme ce cher Hans Keller pour qui seul Berlioz semblait trouver grâce.



Floyd ne serait donc issus de rien ? Bien sûr que non. Le Funk, le Jazz ou le Blues sont présents dans leurs compositions, assimilés pour produire autre chose de singulier. "We have a very recognizable style" disait Rick à Pompéii. Exister en se différenciant du paysage musical.

Cependant, ils resteront à jamais prisonniers de ce cul-de-basse-fosse que sont le Rock et la Pop à cause de la nature de leur formation: guitare, basse, batterie et clavier. Ajouter un cor français ou un violoncelle ne rendra pas leur vulgaire musique plus respectable. S'en plaindre ne sert strictement à rien.
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

#29
L'expérimentation me semble le point de départ inévitable pour considérer une philosophie psychédélique par le prisme de Pink Floyd.


(Corrosion in the Pink Room, ORTF janvier 71)

Vous ne vous êtes vous jamais demandé comment l'être humain avait bien pu un jour découvrir que le lait de vache était comestible ? :vomit: Oui, je sais... Et pour que les escargots se retrouve un jour dans les assiettes de nos restaurants à Noël, il en a fallu braver des interdits.

L'expérimentation devrait être à la base de l'éducation, nous explique Rousseau dans L'Emile. J'ai la flemme d'aller décrocher l'oeuvre de son clou au dessus de ma cheminée, mais résumons l'idée ainsi : rien de tel que de s'ébouillanter pour découvrir qu'il ne faut pas toucher la casserole quand elle est sur le gaz. Vous allez me dire que c'est de la malveillance. (Et alors ? Pas de bras, pas de chocolat.) Et bien ce cher Jean-Jacques, qui a abandonné ses 6 gamins, préconise de flanquer la frousse à l'enfant avant qu'il ne commette l'irréparable. Chers parents, lorsque vous mettrez de l'eau à bouillir, laissez le manche de la casserole en évidence et planquez-vous dans le placard à balais et au moment fatidique, bondissez hors de votre cachette, avec un peu de bol, votre gamin partira du bon côté. On n'éduque pas son chat différemment. C'est Pavlovien, mais bon... Laissez vos enfants faire leurs expériences nous enseigne Jean-Jacques.

A contrario, pensez à cet archétype de mère un peu trop protectrice dépeinte dans "Mother":

"Mama's gonna put all her fears into you.
Mama's gonna keep you right here under her wing.
She won't let you fly, but she might let you sing.   [sink ?????]
Mama's gonna keep baby cozy and warm."


Autour de son rejeton elle a construit une prison dorée faite de peurs bien différentes en l'espèce de celles de Rousseau. La peur de Rousseau ne dure qu'une fraction de seconde et est immédiatement suivie de réconfort, tandis que la peur de "Mother" dure. Il ne s'agit plus de peurs mais d'angoisses. Nos angoisses, qu'elles soient inculquées ou naturelles (la peur du noir) nous éloignent du danger mais freinent aussi toutes nos velléités exploratrices.

Mais quel est donc ce péril si angoissant que bravent les groupes de rock? Ne plus vendre de disques et disparaître ? "Syd est parti, vite, vite, il nous faut un nouveau single." (Peter Jenner) Et pour pouvoir vendre des disques, toujours avoir cette interrogation angoissante en tête: qu'est-ce que le beau ?




Existe-t-il des expériences interdites?

Au sommet, il y a les interdits naturels régis tacitement par les tabous, tels que l'inceste. A l'étage en dessous, il y a la Légalité "Tu ne tueras point". Ils représentent un danger pour la pérennité de la communauté. Encore en dessous, il y a les conduites légales mais à risque pour l'individu: "Fumer tue". La consommation de stupéfiants à la fois illégale et nocive, réunit ces deux niveaux d'interdiction.



Il n'est pas interdit d'interdire. Braver les interdictions n'est pas une condition sine-qua-non de la Liberté nous apprend John Locke. Dans l'Essai sur l'entendement humain, Locke parle de ce moment libératoire ou l'homme a le pouvoir de prendre ou de NE PAS prendre une décision. Les "choix" (peut-il y avoir un choix dans la dépendance) de Syd l'ont mis dans une situation de non-retour où plus aucun choix n'était possible. Aussi, une expérience dont le résultat aboutirait fatalement à vous priver de liberté, peut être considérée comme une expérience interdite.




 

"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Alistair

Citation de: GilFrippMour le 23 Mai 2012 à 16:09
Les Mayas ne faisaient pas des jolis masques pour que leurs cadavres aient la classe...

... mais pour qu'ils accèdent à la vie éternelle. Un objet rituel assure toujours des fonctions magique, symbolique et pratique, fonctions qui déterminent ses formes, ses couleurs, ses motifs et ses matériaux. Un besoin fonctionnel peut donc être à l'origine d'une œuvre d'art.

Citation de: GilFrippMour le 23 Mai 2012 à 16:09Pour faire concis, l'art est à mon humble avis simplement une question de démarche (...)

Le mot démarche n'est pas satisfaisant car il exclut l'art brut, mais je suis plutôt d'accord dans l'ensemble avec ton dernier post. C'est déjà plus nuancé que ta première phrase qui prise stricto sensu est tout bonnement fausse. Une œuvre d'art répond toujours à un besoin.

Hereward_the_wake3

#31
Je m'apprête à donner mon corps à la science.


(image Roger Keith)

Je vous propose d'entrer dans le vif du sujet en se plongeant dans 2 allégories de la création expérimentale et psychédélique: Sisyphe et A Saucerful of Secrets.

La chronologie de la seconde passe par 4 étapes, ce qui tranche singulièrement avec ce que l'on entend par chanson depuis le moyen-âge, couplet-refrain, ces intitulés n'étant que des repères:

  • Something Else
  • Le Pandemonium Syncopé
  • Storm Signal
  • et Celestial Voices

Something Else. J'aurais été averti. Else what serais-je tenté de demander. Je suis emmené sur les chemins difficiles et douloureux de la laideur et plus j'avance plus l'avertissement devient clair. Je suis en danger. Et puis soudain, plus rien. Brutalement, le silence se fait. Mais que s'est-il passé? Quelle barrière ai-je franchie?

A mes risques et périls, je poursuis ma Fugue cavalant au pas de charge dans les barbelés et les ronces de peur de me faire prendre la main dans le pot de confiture. Piano violenté, cris de guitare amplifiés, j'avais été prévenu que ce serait un chemin douloureux. S'astreindre à écouter le pandémonium syncopé réclame un effort, même aux plus zélés des fanatiques.

Quand soudain, au milieu d'une brume de doutes, j'entrevois un phare. Storm Signal. Et au somment de la colline après dix minutes d'effort, je découvre la beauté en tant que telle. Celestial voices.

La laideur serait donc un chemin de traverse vers la beauté, voilà qui est bien Romantique. Mais est-ce le contraste entre le laid et le beau qui me procure autant de plaisir ou uniquement cette héroïque quête du Graal ?


Dans Sisyphe, composé quelques mois plus tard, les moments d'extrême tension et d'apaisement sont disposés différemment. Je ne sais pas lesquels je dois redouter le plus. Au moment où je m'en doute le moins, le jeu de Rick devient chaotique et éprouvant. Il arriverait presque à m'endormir, Douce Nuit, et soudain, blam, l'effroi m'attend au tournant. La Timbale me rappelle l'esclavage, les Hébreux en Egypte et les Galères. Quel esclavage ?

La scène est le lieu des Catharsis où toutes les transgressions sont permises.
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

GilFrippMour

Citation de: Alistair le 25 Mai 2012 à 11:30



Le mot démarche n'est pas satisfaisant car il exclut l'art brut, mais je suis plutôt d'accord dans l'ensemble avec ton dernier post. C'est déjà plus nuancé que ta première phrase qui prise stricto sensu est tout bonnement fausse. Une œuvre d'art répond toujours à un besoin.

Après par besoin, j'entendais vraiment nécessité physique, physionomique, corporelle ou je ne sais quoi du même genre, car on peut se passer de développement psychologique ou intellectuel. Ce qui ne veut pas dire que l'on s'en passe dans les faits, mais on peut en tant qu'êtres vivants vivre (au sens premier) sans.

Quant à l'art brut, il est souvent (il y a peut être des exceptions) issu d'une démarche, d'une experience.
C'est ce que beaucoup ignorent lorsqu'ils qualifient ce type d'art, et souvent l'abstrait dans sa globalité comme étant "n'importe quoi".
"Imagines-toi une œuvre si gigantesque que le monde entier s'y reflète"
" Si l'on savait comment Mahler nouait sa cravate, on apprendrait plus qu'en trois années de conservatoire"

Seaweed Gate

#33
Citation de: Ethel le 20 Mai 2012 à 09:54
Bonjour à tous,

Je viens de m'inscrire. Petite présentation: Sandrine, 31 ans, fan de Pink Floyd depuis mes 13 ans, de musique depuis...toujours. Et prof de philo de mon état. Ce qui m'amène au sujet de ce topic.

Par période, je retombe dans l'univers floydien de manière...hum...disons quelque peu obsessionnelle. Bon, c'est en ce moment. Donc, que faire de cette obsession? La transmettre. J'ai toujours fait des références aux PF dans mes cours sur l'art avec mes élèves de terminale. Mais là je me suis dit : "OK, on ne peut pas décemment laisser sortir du lycée des élèves sans qu'ils aient connu le choc du live à Pompéi."
Donc, je prépare une petite séance de brainstorming philosophique avec mes élèves basé sur le live.

Mais voilà, ça se fait un peu dans l'urgence, sur une impulsion irrépressible, et je vous prie de le croire, avec une certaine rigueur et discipline intellectuelles !! En revanche, j'ai la ferme intention de construire un vrai cours de philosophie psychédélique pour l'an prochain, qui reposerait bien sûr les notions du bac (quand même...) la notion d'art au premier chef, mais qui créerait des prolongements conceptuels vers les notions de conscience et inconscient, les rapports entre matière et esprit, les rapports entre le travail et le génie, le travail et la technique, et la politique.

Aussi, si vous avez des idées, si vous vous êtes déjà questionnés philosophiquement (ou pas...) sur l'univers PF, si vous connaissez des ouvrages, des auteurs, des articles qui pourraient m'aiguiller dans cette ambition un peu trop ambitieuse, je vous en serais très reconnaissante, et je serais ravie d'échanger avec vous sur tout cela.

Bon, c'est un drôle de message pour dire "bonjour, ce forum et ce site sont très sympas". Mais je ne le pense pas moins.
Howdy !

Bonjour Sandrine.

Je crois que j'ai peut être en stock un début de piste à te soumettre pour t'aider éventuellement à structurer tes cours de l'année prochaine.

il s'agit de ceci.



Le problème est que cet ouvrage est rédigé en anglais. Donc dans l'option où tu es intéressée par cette piste, tu risques d'avoir à te confronter à une approche étrangère.

Ceci dit, peut être que celà ne te poses pas de problème particulier, ou que comptant sur la bienveillance d'un collègue angliciste, tu pourras contourner l'écueil de la langue.

Pour ma part, lisant l'anglais, cet ouvrage fait partie de mes programmes de lecture. Par contre je ne peux te donner d'avis sur la pertinence potentielle de ce livre, car je ne l'ai pas encore lu.   

J'y ai pensé à la faveur d'une association d'idées concernant une de mes lectures actuelles, Led Zeppelin and Philosophy de Scott Calef sur laquelle je suis en train de plancher. Même collection, pas le même auteur par contre. Il y a des chapitres reliant l'oeuvre zeppelinienne et l'approche philosophique tout à fait dignes d'intérêt. D'où par extension, ma recommandation ...

Je ne pense pas que l'on trouve un équivalent aussi développé que cet ouvrage dans la bibliographie de langue française consacrée au Floyd, mais je peux me tromper, moi mes spécialités, ce sont LZ et BÖC en matière de rock music.

Pendant que j'y pense, il y a un autre bouquin qui peut t'être utile pour mettre en contexte de manière littéraire l'inspiration fantastique floydienne, c'est ce hors-série du Point consacré à l'esprit anglais : http://library.madeinpresse.fr/samples/MP9p2Kg7Vw4t-5 Tu peux consulter 10 pages dans le lien proposé. Celui-ci je l'ai lu, et il est très bien conçu.   

Pour en revenir au corpus floydien et au psychédélisme, je crois que pour prendre la pleine mesure de ce phénomène artistique, il faut le resituer dans une perspective historique, celle du XXe siècle.
Ce qu'il faut bien avoir à l'esprit, ce sont les impacts destructeurs des deux conflits mondiaux de 14-18 et 39-45 sur les générations qui ont dû se mesurer à ces deux guerres et par extension sur les enfants issus de l'époque de ces conflits.
Ces deux guerres mondiales sanglantes ont vu l'effondrement total de toutes les valeurs humanistes et civilisatrices de l'Occident. C'est comme si ce moment de confrontation à l'abîme signifiait pour l'homme : vous avez beau avoir échafaudé 2000 ans de civilisation et de foi dans le progrès et les Lumières, ceci n'a pas empêché l'Europe de sombrer dans les pires moments de son histoire.
Grand choc annihilateur que cette période. Pour les générations qui en sont issues, le défi que celà représente c'est de se dire : et maintenant que nos grands parents et nos parents ont connu l'horreur absolue, où va t'on ? Et comment ? Et pourquoi ?
     


Seapage from deep, black, brittle experiments which failed and transformations too hard to find. I was overcome and turned to red. Duster's dust became the sale.  Lucifer the light. A restless motion came to move and then subside. In endless knocking at the door. It's time. Tyranny & Mvtation.

Seaweed Gate

#34
D'où l'éloge de la fuite qui en découle.

Puisque la confrontation avec le réel ne nous mène qu'au constat au combien amer de notre incapacité totale à construire une société harmonieuse, juste et pacifiée, et bien fuyons de toutes nos forces, échappons à cette douleur insoutenable à laquelle nous ramène notre propre histoire.

Drogue, perception modifiée, sexe, ésotérisme, cultures alternatives, voyage dans l'espace et conquête spatiale, projection dans le futur, toutes les pistes sont bonnes à explorer pour s'inscrire en rupture totale avec les générations qui nous ont précédées  et l'impasse sanglante à laquelle elles ont été menées.

Et c'est là où le Floyd prend toute sa part à l'écriture de cette histoire contemporaine. Ce n'est qu'à l'aune de ce retour en arrière signifiant, que l'on se met en capacité de saisir la totale corrélation de l'apport culturel floydien avec le cadre sociétal d'où il prend racine.   
Seapage from deep, black, brittle experiments which failed and transformations too hard to find. I was overcome and turned to red. Duster's dust became the sale.  Lucifer the light. A restless motion came to move and then subside. In endless knocking at the door. It's time. Tyranny & Mvtation.

Seaweed Gate

Bon je vais stopper là pour ce soir, je reprendrai plus tard dans le week-end, en espérant que l'inspiration ne me quitte pas, car là je me sens en verve. Mais bon, dites-moi si vous en voulez plus ou si ça ira comme ça ...
J'ai besoin d'un retour ...
Seapage from deep, black, brittle experiments which failed and transformations too hard to find. I was overcome and turned to red. Duster's dust became the sale.  Lucifer the light. A restless motion came to move and then subside. In endless knocking at the door. It's time. Tyranny & Mvtation.

Alistair

Citation de: GilFrippMour le 25 Mai 2012 à 12:11Après par besoin, j'entendais vraiment nécessité physique, physionomique, corporelle ou je ne sais quoi du même genre, car on peut se passer de développement psychologique ou intellectuel. Ce qui ne veut pas dire que l'on s'en passe dans les faits, mais on peut en tant qu'êtres vivants vivre (au sens premier) sans.

Oui, c'était mal exprimé quoi ^^

Citation de: GilFrippMour le 25 Mai 2012 à 12:11Quant à l'art brut, il est souvent (il y a peut être des exceptions) issu d'une démarche, d'une experience.

On ne parle pas de démarche pour l'art brut, on parle de processus. Mais ce n'est pas là que je voulais en venir. C'est ici :

Citation de: GilFrippMour le 25 Mai 2012 à 12:11(...) l'art est à mon humble avis simplement une question de démarche.

On ne sait rien des intentions des auteurs d'art brut. Leurs productions sont appréciées pour leurs seules qualités intrinsèques. Ce sont des œuvres dites orphelines.

Hereward_the_wake3

Citation de: Seaweed Gate le 25 Mai 2012 à 21:05
Bon je vais stopper là pour ce soir, je reprendrai plus tard dans le week-end, en espérant que l'inspiration ne me quitte pas, car là je me sens en verve. Mais bon, dites-moi si vous en voulez plus ou si ça ira comme ça ...
J'ai besoin d'un retour ...

Quand bien même seule l'oeuvre compte en critique.
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

Voilà le pitch de PF and Philosophy. (mon soulignage)
Une bonne mise en problèmatique en plein dans le programme de Term !


What does the power of great art have to do with madness?

Should psychedelic drugs make us doubt the evidence of our senses?

How did power, sadism, and conformity turn education into mind control (not that we need either)?

Can a rock band keep its identity as its members change?

What can we learn from the synchronicities between The Dark Side of the Moon and The Wizard of Oz?  :lol:

Did Friedrich Nietzsche foreshadow Syd Barrett?

When did you realize that you are the hole in reality?

How can you have any pudding if you don't eat yer meat?  :lol:


The existential, cinematic music of Pink Floyd made them one of the most influential and recognizable rock bands of all time. They didn't do it by leaving their audiences comfortably numb, but by unsettling, disturbing, questioning, and criticizing.

And if anything's still eluding you, Sunshine, :sifflote: you might find it in Pink Floyd and Philosophy.
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

#39
En Français :

1/ Quelle est la relation entre le pouvoir du grand art et la folie ?

2/ Les drogues psychédéliques doivent-elles nous faire douter de l'évidence de nos sens ?

3/ Comment le pouvoir, le sadisme et la conformité ont-ils fait de l'éducation une maîtrise des mentalités (dont on n'a pas non plus besoin) ?

4/ Un groupe de rock peut-il garder son identité en changeant ses membres ?

5/ Que nous apprend la synchronicité des images du Magicien d'Oz et de la musique de Dark Side Of The Moon ? (super bonne question!)

6/ Nietzche a-t-il annoncé Barrett ? (MDR ! The Overman !)

7/ Quand avez-vous réalisé que vous étiez un trou dans la réalité ? (super!)

8/ Comment peux-tu avoir du dessert si tu ne manges pas ta viande ?!!! (Another Brick In The Wall Part II)



Pour obtenir une philosophie psychédélique, il faut avoir un questionnement psychédélique, SURREALISTE, Monty-pythonesque. Ouvrir les portes infinies d'une philosophie du non-sense.

(Bref, un beau bordel quand on est 29 assis sur une chaise.)
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

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