Outils pour utilisateurs

Outils du site


conseils-musicaux:le-krautrock

Le Krautrock

Derrière ce mot barbare se cache le rock expérimental allemand des années soixante-dix, une scène singulière, à l’écart des canons anglo-américains. La culture allemande va considérablement influencer la démarche de ses musiciens : une indépendance vis-à-vis des racines blues due à son intérêt tardif pour le rock, une utilisation des techniques studios héritée de son passé électronique et un rapport privilégié à l’improvisation.
Le Krautrock intellectualise davantage qu’il ne cherche à exprimer des sentiments. Ses représentants s’intéressent autant aux processus créatifs qu’à l’œuvre elle-même, parfois plus, d’où un rock appauvri en mélodies, aux visées plus formelles qu’émotionnelles. D’où aussi, une prédisposition à expérimenter au-delà des limites harmoniques et rythmiques, exploitant les ressources studios comme instruments à part entière et non comme simple outils de production.
La scène allemande fut la plus audacieuse d’Europe dans les années soixante-dix, et reste la plus influente sur la musique expérimentale populaire depuis trente ans (post punk, post rock, new wave, electro, ambient, indus).
Pour des raisons culturelles et politiques enfin, l’Allemagne ne développa pas un rock uniforme sur l’ensemble de son territoire mais vit fleurir des scènes spécifiques à chaque ville.

Scènes

La scène de Munich, plus politique que musicale, concentrait bon nombre d’activistes d’extrême gauche plus soucieux de contester que de jouer de la musique. L’idéologie se manifestait plus par un mode de vie que par les textes, inspirés par l’orient et la mythologie. La seule formation importante à se distinguer fut AMON DÜÜL II.

  • AMON DÜÜL II
  • AMON DÜÜL I
  • POPOL VUH

La scène de Berlin était coupée de l’Allemagne de l’ouest. Il s’agissait d’une scène étudiante, marquée par la musique répétitive américaine (Terry Riley, Phil Glass, Steve Reich), le psychédélisme californien et la musique allemande du XIXème. Elle fit de l’électronique son principal instrument et se spécialisa dans la musique répétitive et planante.

  • TANGERINE DREAM
  • KLAUS SCHULZE
  • ASH RA TEMPEL

La scène de Dusseldörf se voulait le miroir de sa ville, une zone industrielle où les usines, les centrales et les machines font partis de l’environnement sonore. L’expérimentation fut débridée et multidirectionnelle, mettant en avant la recherche de sons et leur utilisation.

  • ORGANISATION
  • NEU !
  • KRAFTWERK

La scène indépendante vit fleurir des groupes sur tout le reste du territoire. Rien ne les rapprocha sinon la volonté de fabriquer une musique autonome coupée de toutes revendication, modes de vie ou courants de pensée.

  • CAN (Cologne)
  • FAUST (Hambourg)

A l’exception de la scène de Berlin, les interconnections furent courantes entre ces différentes écoles.

Groupes & artistes

Can

(post-rock / tribal / transe / psychédélique / progressif / électronique / world…)

Le groupe le plus complet. Le parcours de ses musiciens offrit un éclectisme remarquable. Can savait aussi bien faire du rock que de l’électronique, improviser qu’écrire, passer de la musique industrielle à la world. Un groupe métissé, riche, unique détenteur germanique de ce trésor qu’on appelle le groove. Passionnant jusqu’en 1973, intéressant jusqu’en 1977, dissout en 1979. Amen.

Tago Mago (1971)

Future Days (1973)

Kraftwerk

(musique industrielle / électroacoustique / pop électro / new wave)

Le plus célèbre. Popularisé dans sa seconde partie de carrière. Passé d’une expérimentation underground à une expérimentation grand public, KRAFTWERK est le principal instigateur de l’électro, notamment en ayant repensé le rapport du musicien à la machine. A changé le groupe en concept, et la musique en art total : minimalisme, code vestimentaire, art naïf, déshumanisation, symboles et références, performances robotiques. Groupe en sommeil.

Kraftwerk (1971)

Radio Activity (1975)

Faust

(musique industrielle / électro / ambient / satirique)

Le grand écart entre la pop et la musique électronique savante. Un travail de collage exploitant à plein les ressources studio. Un groupe frondeur et décalé, surréaliste, influencé par les Mothers of invention pour sa faculté à enrober une musique sérieuse d’une épaisse couche d’humour. Eternel marginal. Toujours en activité et en pleine forme.

Faust (1971)

Ravvivando (1999)

Tangerine Dream

(musique électronique répétitive & planante)

Le parfait compromis entre l’expérimentation et l’accessibilité. L’électronique sensuel par excellence, surtout entre 1973 et 1976. Le pendant synthétique du Floyd. Discographie pléthorique, comptant malheureusement une grande quantité de navets. Groupe en activité mais très fatigué.

Phaedra (1974)

Ricochet (1975)

Amon Düül II

(rock psychédélique / planant / oriental)

Formation importante historiquement. Premier vrai groupe de Krautrock avec CAN en 1969. Partagé entre la musique orientale, le cosmique Floydien et les plombages en règle made in Led Zep. Donnera toute sa mesure sur ses trois premiers disques. Dense, bordélique et indompté. Culte mais éphémère. Dissout en 1978.

Yeti (1970)

Klaus Schulze

(musique électronique répétitive & planante)

Le représentant « pur » de la musique électronique berlinoise. Le vrai spécialiste du moog. Improvisations de plusieurs heures en corps à corps avec ses machines. Schulze a opté pour la sculpture du son plutôt que la recherche. L’appréciation de sa musique est indissociable d’une connaissance des machines analogiques de l’époque. En activité jusqu’en 2250 (blague hilarante pour les spécialistes).

Blackdance (1974)

Moondawn (1976)

Ash Ra Tempel

(psychédélique / planant électrique)

L’exemple type du groupe qui perdit son énergie d’album en album. La version extrême du Floyd de Pompei, le bad trip, le vrai. Une puissance de feu produite par seulement trois musiciens. Un premier album fulgurent, deux successeurs corrects, et puis l’ennui. Officiellement non dissout, mais devrait y songer.

Ash Ra Tempel (1971)

Cluster

(ambient / noise / recherche électroacoustique)

Le plus radical de tous. CLUSTER invente l’ambient industriel. De l’électronique sale et brutal. Le son le plus dur de l’époque, tous genres confondus. Evolue ensuite vers des miniatures minimalistes, conjointement avec Brian Eno. Passionnant, mais à la démarche intransigeante et aux conceptions intellectuelles difficiles. Musique de laboratoire. En sommeil. Dommage.

Cluster 1971 (1971)

Organisation

(musique industrielle / électroacoustique / labo-foutoir)

Groupe séminal de Dusseldörf qui se divisera en NEU! et KRAFTWERK. Un album unique, « Tone float » contenant déjà ce qui sera développé par les deux pré-cités. La liberté artistique à l’état pur, mais trop éparpillé pour affirmer une ligne directrice claire. Groupe culte. Dissout en 1970.

Tone Float (1970)

Neu!

(proto-punk / musique industrielle)

Adepte d’une musique binaire et mono-tonale, NEU ! a fait du Punk avant les punk, mais pas que cela : jouer une musique primaire pour la remodeler en aval en manipulant les bandes. Une démarche fondatrice et visionnaire à plusieurs niveaux, mais une production décevante. Groupe laboratoire.

Neu! 2 (1973)

Gürü Gürü

(rock psychédélique / blues électrique / guitar hero)

Musique exclusivement vouée à la guitare électrique. Ax Genrich était le virtuose allemand de la six cordes. Groupe marqué par Jimi Hendrix au début, puis le Mahavisnhu Orchestra ensuite. Loin d’être un vulgaire clone, GÜRÜ GÜRÜ était un trio aux capacités étourdissantes, mais rien de germanique là dedans. Toujours en activité, mais décomposé.

Gürü Gürü (1973)

Popol Vuh

(ambient / folk progressif / mauvais progressif)

Seul le premier disque « Affenstunde » en 1970 est Krautrock et propose une sorte de new-age mystique et hallucinogène, propice à la médiation et plutôt intéressant. La suite est du folk progressif hippie un peu mièvre (avec flutiaux et vocaux féminins à la Enia…). Désuet. En sommeil (pour toujours, espérons-le).

Affenstunde (1970)

Agitation Free

(psychédélique / progressif / oriental)

Groupe doué mais trop marqué par le rock anglais et américain pour avoir développé une originalité propre malgré sa fascination pour l’Afrique du nord (et ses produits). Le plus accessible de tous. Proche du Floyd, pour l’orgue, les rythmes et le phrasé limpide du guitariste. Frais, agréable et élégant. Pas free du tout. Dissout en 1974.

2nd (1972)

Amon Düül I

(acte politique / cacophonie)

La poubelle d’AMON DÜÜL II. Formé par des gens préférant lancer des pavés que de travailler la musique. Production au lance pierre (sic), enregistrement infecte et niveau musical proche du zéro absolu. Aurait du s’appeler AGITATION FREE. Un témoignage du Munich de 1969, rien de plus. Groupe dissout en 1970. Tant mieux.

Psychedelic Underground (1969)

Trikolon

(jazz / free jazz / reprises)

Petit clin d’œil au premier groupe de Krautrock discographiquement parlant, grâce à l’album « Cluster » sorti deux mois avant le premier CAN. Marqué par le jazz et Soft Machine premier du nom. Fréquemment confondu avec CLUSTER (le groupe). Sympathique, joliment intello et plus jazz que rock. Anecdotique.

Cluster (1969)

Aujourd'hui...

L’héritage Krautrock se retrouve éparpillé dans toutes les musiques actuelles un tant soit peu expérimentales. Des arrangements de Radiohead (« Kid A », « Amnesiac ») au son indus de Nine Inch Nails (« The Downward Spiral »), en passant par les groupes extrêmes japonnais (Ground Zero, Boredoms, Merzbow) ou la nouvelle école de Berlin disséminée en dehors des frontières (Radio massacre international). Le Krautrock fut surtout un laboratoire et non un réservoir à groupes destinés au grand public. Seuls KRAFTWERK, TANGERINE DREAM et CAN trouvent aujourd’hui une place parmi les noms célèbres du rock.



Commentaires



Auteur de la page : Alistair.

conseils-musicaux/le-krautrock.txt · Dernière modification: 27/06/2011 à 13:36 (modification externe)