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Madcap - the half-life of Syd Barrett, Pink Floyd's lost Genius

Traduction d’extraits du livre Madcap - the half-life of Syd Barrett, Pink Floyd’s lost Genius de Tim Willis, paru en 2002. La traduction ci-dessous, réalisée pour le site, date de 2003, mais en octobre 2004, une version française du livre est officiellement sortie, sous le titre Syd Barrett : Le génie perdu de Pink Floyd.

Ce que tout le monde a compris, c’est qu’il ne faut pas le déranger. La dernière interview qu’il a donnée date de 1971, et depuis, il n’y a eu qu’une vingtaine de rencontres de toute sorte. Sa famille dit que ça le contrarie beaucoup de parler de l’époque où il était l’incarnation même du psychédélisme, le magnifique Syd Barrett, le leader des Pink Floyd. Il ne se reconnaît pas dans le chancelant visionnaire qui, durant une longue crise mentale exacerbée par la prise de drogues, a fait deux disques solo, Madcap et Barrett, et seront éternellement aussi éloquents que les champs de maïs de Van Gogh. Maintenant, il ne se fait plus appeler par son surnom des années 60. Il s’appelle Roger Barrett, comme à sa naissance en 1946.

C’était une journée de canicule, je traversait le tarmac craquelé de cette rue banlieusarde de Cambridge, je me demandais si je pourrai me comporter de façon honorable avec lui. Quand le DJ Nicky Horne frappa à sa porte, dans les années 80, Barrett répondit « Syd ne peut pas te parler maintenant ». Peut-être que selon lui, il disait la vérité. Mais je pouvais lui parler en tant que Roger, lui demander s’il peignait toujours comme on le prétend. I could pass on regards from friends he knew before he became Syd.

Dans la rue, deux femmes au foyer disent qu’il ignore leurs bonjours quand il sort acheter son Daily Mail et ses cigarettes. […] À pieds ou sur son vélo, Barrett regarde fixement droit devant lui.

Des gens m’ont dit qu’il ne recevait aucune visite, excepté celles de sa sœur. Mais ils ne voient pas pourquoi je ne devrais pas tenter ma chance. Cela fait quelques années que des promeneurs ont campé devant sa porte. « Il ne leur a pas ouvert et il ne vous ouvrira sans doute pas plus ».

J’ai donc emprunté l’allée en béton de sa foutue maison jumelée en pierre grise, j’ai essayé la sonnette mais je me suis aperçu qu’elle était débranchée. Les rideaux du devant de la maison sont tous ouverts. Le passage latéral est fermé aux curieux par un haut portail. Je frappe à la solide porte et après une minute ou deux, je regarde au travers de la baie vitrée de l’étage inférieur. On pourrait s’attendre à y voir une télé dans un appartement de trois pièces, mais Barrett y a construit un atelier aux murs tous blancs. Un vieux canapé rose poussiéreux est appuyé contre la fenêtre. Sur les murs, des boîtes à outils sont soigneusement alignées, des câbles électriques sont enroulés et des stylos sont rangés dans un gobelet blanc.

Soudain, un bruit dans la salle à manger. Est-il revenu de son obscur jardin de derrière ? […] Peut-être aurait-il besoin d’être défriché comme la pelouse devant la maison. A en juger par les tas de mauvaises herbes entassés le long du chemin, il est vraisemblablement en train de le faire.

Je frappe encore à la porte et j’entends trois pas lourds. La porte s’ouvre et il se tient là devant moi.

Il est tout nu excepté un pantalon bleu à bretelles. Ils se balance sur ses pieds, comme ce qu’ont toujours dit les livres sur Syd.

Certains de ses biographes prétendent que le maigrichon et espiègle dandy est devenu vieux et gros. Mais à part son ventre, Barrett semble être en bonne condition physique, bien plus musclé qu’on ne pourrait l’imaginer ; il transpirait un peu, la bouche légèrement entrouverte. Sa tête est rasée de très près. Les seuls réminiscences de sa coiffure à la Hendrix sont les quelques cheveux noirs le long de son cou. Il barre l’entrée de la porte avec une main sur l’encadrement, l’autre sur le loquet. Sa ressemblance avec Aleister Crowley dans sa période Cefalu est troublante, son regard fixe au moins aussi accueillant…

En 1988, le journal News of the World écrivit un article sur Jonathan Meades. Celui-ci, 20 ans auparavant, a visité un appartement de Kensington Sud que Barrett partageait avec toute une clique de drogués plutôt intellos de sa ville natale de Cambridge. « Cet être étrange, exotique et relativement connu vivait dans cet appartement avec ces gens qui, dans une certaine mesure, étaient un peu ses maquereaux, aussi bien professionnellement que dans des domaines plus privés, dit Meades. Il y avait ce bruit terrible qui ressemblait à des tuyauteries de chauffage qui vibrent. J’ai dit, “Qu’est-ce-que c’est ?” et ils se sont mis à rire bêtement et m’ont dit “C’est Syd qui fait un mauvais trip. On l’a mis dans l’armoire ».

C’est un motif récurent dans la légende de Barrett: le génie maltraité, forcé d’endurer d’indicibles angoisses mentales pour amuser ses amis. Mais ce n’est pas forcément vrai. Il y a tant d’épouvantables légendes sur cet appartement d’Egerton Court. A ce sujet, le colocataire Aubrey ‘Po’ Powell se rappelle : « Pete Townshend venait souvent ici, et Mick [Jagger] et Marianne [Faithfull] aussi. Ça donnait une ambiance très cool. Jonty Meades était un habitué aussi, quelqu’un d’honnête qui sortait à peine de l’école. Je suis certain qu’on lui a dit ça pour le faire marcher ».

De la même manière, Lindsay Corner, la petite amie et colocataire de Barrett à l’époque, a démenti que Barrett ait pu l’enfermer 3 jours dans sa chambre. Il lui aurait donné pour seule nourriture des biscuits en les glissant sous la porte et aurait ensuite démoli une guitare au dessus de sa tête. Cette fois, cependant, trois autres colocataires jurent que c’est vrai : « Je me rappelle avoir du écarter Syd d’elle », dit Po. Et c’est là le problème avec les histoires sur Barrett. Il y a des soi-disant témoins qui n’étaient même pas là et ceux qui y étaient nient les faits. Mais la moitié de ceux là étaient tellement explosés, comme Barrett, que leur témoignage n’a rien d’une preuve. Comme ils disent tous, bien heureux celui qui se rappelle vraiment des années 60… […]

Maintenant [en octobre 1966], Barrett est sur la voix du succès […] Pink Floyd venait appuyer le jazz-rock expérimental de Soft Machine à la soirée d’inauguration de la revue International Times. C’était un évènement de plus de 2000 personnes au théâtre de la Roundhouse. Il y avait des acides partout, Marianne Faithfull était déguisée en nonne et Paul McCartney en arabe. Il y avait une énorme gelée [NDLR. c’est un plat dont raffolent les anglais], une Cadillac Pop Art, un mini-cinéma et une belle performance de Yoko Ono. « Tout était psychédélique », dit le Sunday Times des Pink Floyd, encourageant ainsi des centaines d’adolescents à aller voir leur nouveau spectacle au All Saints Hall [dans le Ladbroke Grove].

Maintenant deux ou trois fois par semaine, les shows mettaient du temps à décoller. [L’amie de Barrett] Juliette Wright se rappelle qu’une fois, il y avait tellement peu de spectateurs que Barrett récita la tirade « To be or not to be » de Hamlet, seul sur scène. Mais très vite, les fêtards traversaient Londres à la recherche d’illuminations et de bizarreries, titillés par les publicités des revues musicales reprenant l’expression de Timothy Leary, « Turn on, Tune in, Drop out ». Avec les chansons infantiles et bizarres de Barrett qui duraient quarante minutes chacune, le Floyd fut bientôt connu comme le premier groupe « psychédélique », même s’il endossait ce rôle par défaut. […]

Tout en jouant leur programme sur scène, le Floyd était en passe de signer un contrat d’enregistrement, répétaient en studio et enregistraient des démos « brut de décoffrage ». Joe Boyd, l’organisateur de leurs concerts qui a de l’expérience dans la production musicale, les a emmenés en studio fin janvier. Pour l’instant, Barrett a écrit Arnold Layne, transformé Let’s Roll Another One en Candy and a Currant Bun pour qu’elle puisse être diffusée, et a perfectionné l’implacable riff d’Interstellar Overdrive. EMI, le label des Beatles, les a signés sur la base de ces démos, choisissant Arnold Layne comme premier single. […]

Barrett était ravi. « Nous voulons être des pop stars », disait-il, montrant volontiers un large sourire pour de piètres photos promotionnelles où le groupe lève une jambe en l’air. Toutefois, au début du mois d’avril, il prend déjà ses distances dans les journaux musicaux contre les dirigeants des maisons de disque qui font pression sur lui pour qu’il fasse des chansons plus commerciales.

Il était encore moins de bonne humeur à la fin du mois. Six semaines auparavant, Arnold Layne est sorti. Cette fable plutôt guillerette à propos du malfaiteur de la corde à linge de Mary Waters a grimpé dans les charts grâce à une interdiction de la London Radio en raison de ses paroles sur le travestisme. […]

Mais Barrett a toujours détesté jouer de manière très propre des chansons de 3 minutes sur scène. Le 22 avril, Arnold Layne a atteint la 20ème position dans les charts, la plus haute qu’il atteindra. Le 29 avril, Barrett la jouait encore à l’UFO Club de Joe Boyd, puis le soir même lors d’une émission pour la TV hollandaise. Le groupe repartit ensuite pour Londres afin de jouer, à 3 heures du matin, au plus grand évènement britannique de tout les temps : le 14 Hour Technicolor Dream à l’Alexandra Palace.

C’était un énorme rassemblement de drogués. [Le co-manager des Floyd, Peter] Jenner était certainement trippé ce soir-là, et on dit que Barrett l’était aussi. John Lennon, Brian Jones et Jimi Hendrix étaient parmi les 10000 personnes présente à la soirée. Il y avait 40 groupes, des danceurs sous des lumières stroboscopiques, un toboggan et un tableau d’affichage fait d’ampoules qui affichait des messages comme « Le Vietnam est un mauvais trip ». Le Floyd est arrivé quand les rayons rosés du soleil touchaient l’énorme baie vitrée de style oriental. Barry Miles, le chroniqueur du journal Sixties rapporta : « Les yeux de Syd rayonnaient comme ses riffs s’envolant dans la lumière de l’aube naissante qui se reflétait dans sa fameuse Telecaster à disques miroirs [ou plutôt Esquire] ». La vérité était moins rose. Barrett était fatigué, terriblement fatigué.

Il y a de sinistres accents de vérité dans les dires de Sue Kingsford [une copine de classe de Barrett]. Elle dit que Barrett allait régulièrement la voir en 1967 […] à Beaufort Street pour se procurer de la drogue chez un gros dealer d’acide appelé « Capitaine Bob ».

Cela semble plus plausible que les rumeurs voulant que les colocataires de Barrett aient mis du LSD dans son thé. [Le petit copain de Kingsford,] Jock dit que: « Se piquer était un véritable crime. On ne le faisait tout simplement pas. Il y avait tout un rituel pour la prise d’acide, décor paisible et bonne musique ». […]

[Le copain de Cambridge et futur membre du Floyd] David Gilmour estime que « Syd n’avait pas besoin d’encouragements. S’il y avait des drogues, il en prenait à la pelletée. » Gilmour est assez d’accord avec Waters sur le fait que « Syd était nourri d’acide. » Sue Kingsford dit en rigolant : « Tout le monde nourrissait les autres avec de l’acide… C’était une époque insensée. » Malgré son attachement envers Jock, elle passa une nuit avec Barrett. « Nous trippions », explique-t-elle.

Mais qu’entendait-elle par tripper ? [Un autre copain de Barrett lui aussi de Cambridge , Andrew] Rawlinson […] : « L’acide de cette époque était 5 fois plus fort que celui d’aujourd’hui. Pour un trip standard, on prenait 250 microgrammes. Mais certains croyaient beaucoup en la prise de 50 µg par jour. [Il y avait même un bouquin hippie là dessus] Avec ça on pouvait aller travailler, on paraissait à peu près normal, mais on ne faisait pas vraiment partie des initiés ».

Peut-être que Barrett avait choisi cette voie là. Mais s’il avait effectivement pris une dose de 250 µg au Technicolor Dream, c’était chose plutôt rare. Il n’avait tout simplement pas le temps pour prendre des trucs plus forts que le haschisch, qu’il fumait cependant en quantités industrielles… Il prenait aussi du Mandrax, un tranquillisant hypnotique qui, si on parvenait à en surmonter la première vague de fatigue, produisait un effet de type Opium quand on le couplait avec de l’alcool. Le Mandrax a pu plaire à Barrett en raison de sa forte popularité à la fin des années 60 et peut-être que cela lui permettait d’empêcher momentanément son esprit de partir dans tous les sens [le Mandrax ayant un effet tranquillisant]. […]

Le groupe ne s’inquiétait pas trop de son comportement : Syd, c’était Syd. Et si à la fin du mois de mai, les gens qui n’avaient pas vu Barrett depuis un bout de temps trouvaient qu’il avait changé, ce mois avait bien commencé. Le 12 mai 1967, le groupe joua son spectacle « Games for May » au Queen Elizabeth Hall, un des lieux de rendez-vous les plus à la mode. Barrett écrivit une pré-version de See Emily Play pour l’événement, qui était principalement un concert normal, encadré par des éléments quelque peu prétentieux. Le Floyd présenta une rudimentaire sono quadraphonique et diffusa des sons enregistrés dans la nature. Il avait également un light show à base de liquide rouge transparent. Mason s’est mis devant un micro en train de scier des bûches de bois et Waters jetait des patates contre un gong. Les roadies soufflaient des milliers de bulles de savon et l’un d’eux, habillé en amiral de la marine, jeta des jonquilles sur les spectateurs. Cette pagaille valut au Floyd un bannissement pur et simple du Queen Elisabeth Hall, mais également un article favorable dans le journal Financial Times. […]

Le 2 juin, le Floyd rejoua à l’UFO de Joe Boyd, après 2 mois d’absence. Si les autres membres furent courtois avec lui, Boyd dit que Barrett lui jeta simplement un regard. « J’ai regardé ses yeux et il n’y avait aucune lueur, aucun éclat… vous savez bien, personne à la maison, quoi ». Peut-être Barrett était-il contrarié par la manière dont Boyd avait remplacé Norman Smith. David Gilmour ne pense pas. Revenu de France, il vint à Londres pour l’enregistrement d’Emily : « Syd ne semblait pas me reconnaître et il se tenait en retrait, dit Gilmour. Ce n’était plus la même personne que j’avais vue en octobre. » Était-il complètement camé ? « J’ai pris plein d’acides et de marijuana, souvent avec Syd, et il n’avait rien a voir avec ce qu’il est devenu… » […]

Voir aussi



Auteurs de la page : manu (traduction, mise en page), Marion (traduction), Nicole (traduction).

livre/madcap-the-half-life-of-syd-barrett.txt · Dernière modification: 27/06/2011 à 13:37 (modification externe)