Poésie

Démarré par Sydalie, 16 Avril 2008 à 11:51

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Sydalie

Un topic pour partager nos poèmes préférés  :)


Pensée de Byron

Élégie

Par mon amour et ma constance,
J'avais cru fléchir ta rigueur,
Et le souffle de l'espérance
Avait pénétré dans mon coeur ;
Mais le temps, qu'en vain je prolonge,
M'a découvert la vérité,
L'espérance a fui comme un songe...
Et mon amour seul m'est resté !

Il est resté comme un abîme
Entre ma vie et le bonheur,
Comme un mal dont je suis victime,
Comme un poids jeté sur mon coeur !
Pour fuir le piège où je succombe,
Mes efforts seraient superflus ;
Car l'homme a le pied dans la tombe,
Quand l'espoir ne le soutient plus.

J'aimais à réveiller la lyre,
Et souvent, plein de doux transports,
J'osais, ému par le délire,
En tirer de tendres accords.
Que de fois, en versant des larmes,
J'ai chanté tes divins attraits !
Mes accents étaient pleins de charmes,
Car c'est toi qui les inspirais.

Ce temps n'est plus, et le délire
Ne vient plus animer ma voix ;
Je ne trouve point à ma lyre
Les sons qu'elle avait autrefois.
Dans le chagrin qui me dévore,
Je vois mes beaux jours s'envoler ;
Si mon oeil étincelle encore,
C'est qu'une larme va couler !

Brisons la coupe de la vie ;
Sa liqueur n'est que du poison ;
Elle plaisait à ma folie,
Mais elle enivrait ma raison.
Trop longtemps épris d'un vain songe,
Gloire ! amour ! vous eûtes mon coeur :
O Gloire ! tu n'es qu'un mensonge ;
Amour ! tu n'es point le bonheur !

 Gérard de NERVAL (1808-1855)
(Recueil : Odelettes)

Un site sur la poésie: http://poesie.webnet.fr/

Keith Peppers

Ce n'est pas forcément mon préferé mais lorsque je l'ai eu à apprendre au primaire, je me souviens qu'il m'avait beaucoup plu ;D

Arthur RIMBAUD (1854-1891)  
(Recueil : Poésies)

 
Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
" That's All Folks. "

« »  - «  » 
(House MD) :amour:

Sydalie

Ahhhhhh Le dormeur du val, un de mes préférés, merci de l'avoir posté Keith Peppers :amour:

D'autres poèmes de Rimbaud:

Ma bohème

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

(1854-1891)
(Recueil : Poésies)

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

(1854-1891)
(Recueil : Poésies)

Sydalie

Un poème que Nephtys adore de Verlaine :amour: :

Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

(1844-1896)
(Recueil : Romances sans paroles)

Nephtys

Oh moi aussi j'adore le Dormeur du Val de Rimbaud !

Sinon je mentionne Verlaine que j'adore !
Et Beaudelaire dans un style différent... "la charogne" est extra, ca fout en l'air l'image poétique des ptites fleurs et des oiseaux...!
j'aime aussi l'"albatros".
"Nous ? Bah on est des moutons. Mais pas des moutons cons ! Des moutons intelligents. On suit parce qu'on veut pas s'prendre la tête, tu vois ?" ADFD

Sydalie

Voici les deux poèmes de Baudelaire Nephtys:

Une charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

(1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)

L'albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

(1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)

:)

Nephtys

Je n'aime pas Hugo, je le trouve trop plein de prétention et de lamentations, mais il ya quelques uns de ses poèmes que j'adore :
- Demain, Dès l'aube.  
Victor HUGO (1802-1885)
(Recueil : Les contemplations)

Demain, dès l'aube...
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Et je pourrais aussi mentionner "A quoi songeaient les deux cavaliers" toujours dans Les Contemplations.
"Nous ? Bah on est des moutons. Mais pas des moutons cons ! Des moutons intelligents. On suit parce qu'on veut pas s'prendre la tête, tu vois ?" ADFD

Wulfnoth

J'aime beaucoup les poèmes de Tolkien, dont un bel échantillon apparaît dans Le Seigneur des Anneaux. Le problème est que leur beauté survit très rarement à la traduction, et qu'ils sont un peu longs pour les poster ici. En voilà quand même quelques-uns...

Cat, un superbe jeu sur les sonorités :

The fat cat on the mat
may seem to dream
of nice mice that suffice
for him, or cream;
but he free, maybe,
walks in thought
unbowed, proud, where loud
roared and fought
his kin, lean and slim,
or deep in den
in the East feasted on beasts
and tender men.
The giant lion with iron
claw in paw,
and huge ruthless tooth
in gory jaw;
the paid dark-starred,
fleet upon feet,
that oft soft from aloft
leaps on his meat
where woods loom in gloom-
far now they be,
fierce and free,
and tamed is he;
but fat cat on the mat
kept as a pet,
he does not forget.

La dernière strophe de The Sea-Bell, qui me fend le cœur quand je la relis :

Houses were shuttered, wind round them muttered,
roads were empty. I sat by a door,
and where drizzling rain poured down a drain
I cast away all that I bore:
in my clutching hand some grains of sand,
and a sea-shell silent and dead.
Never will my ear that bell hear,
never my feet that shore tread
Never again, as in sad lane,
in blind alley and in long street
ragged I walk. To myself I talk;
for still they speak not, men that I meet.

Une belle envolée lyrique d'Éomer durant la bataille des Champs du Pelennor :

Out of doubt, out of dark to the day's rising
I came singing in the sun, sword unsheathing.
To hope's end I rode and to heart's breaking:
Now for wrath, now for ruin and a red nightfall!

Reprise pour l'enterrement de Théoden :

Out of doubt, out of dark to the day's rising
he rode singing in the sun, sword unsheathing.
Hope he rekindled, and in hope ended;
over death, over dread, over doom lifted
out of loss, out of life, unto long glory.

Ou encore la chanson de Khazad-dûm ou la complainte de l'Ent et de l'Ent-femme, qui doivent être les deux plus beaux du Seigneur des Anneaux.
C'est facile quand tu es gros au Japon.

Sydalie

J'aime beaucoup Victor Hugo, certains de ses poèmes sont magnifiques.

Voici A quoi songeaient les deux cavaliers ...

La nuit était fort noire et la forêt très-sombre.
Hermann à mes côtés me paraissait une ombre.
Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu !
Les nuages du ciel ressemblaient à des marbres.
Les étoiles volaient dans les branches des arbres
Comme un essaim d'oiseaux de feu.

Je suis plein de regrets. Brisé par la souffrance,
L'esprit profond d'Hermann est vide d'espérance.
Je suis plein de regrets. O mes amours, dormez !
Or, tout en traversant ces solitudes vertes,
Hermann me dit : «Je songe aux tombes entr'ouvertes ;»
Et je lui dis : «Je pense aux tombeaux refermés.»

Lui regarde en avant : je regarde en arrière,
Nos chevaux galopaient à travers la clairière ;
Le vent nous apportait de lointains angelus; dit :
«Je songe à ceux que l'existence afflige,
A ceux qui sont, à ceux qui vivent. -- Moi, lui dis-je,
Je pense à ceux qui ne sont plus !»

Les fontaines chantaient. Que disaient les fontaines ?
Les chênes murmuraient. Que murmuraient les chênes ?
Les buissons chuchotaient comme d'anciens amis.
Hermann me dit : «Jamais les vivants ne sommeillent.
En ce moment, des yeux pleurent, d'autres yeux veillent.»
Et je lui dis : «Hélas! d'autres sont endormis !»

Hermann reprit alors : «Le malheur, c'est la vie.
Les morts ne souffrent plus. Ils sont heureux ! j'envie
Leur fosse où l'herbe pousse, où s'effeuillent les bois.
Car la nuit les caresse avec ses douces flammes ;
Car le ciel rayonnant calme toutes les âmes
Dans tous les tombeaux à la fois !»

Et je lui dis : «Tais-toi ! respect au noir mystère !
Les morts gisent couchés sous nos pieds dans la terre.
Les morts, ce sont les coeurs qui t'aimaient autrefois
C'est ton ange expiré ! c'est ton père et ta mère !
Ne les attristons point par l'ironie amère.
Comme à travers un rêve ils entendent nos voix.»

(1802-1885)
(Recueil : Les contemplations)

Aimons toujours ! Aimons encore !...

Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
L'amour, c'est le cri de l'aurore,
L'amour c'est l'hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l'astre dit aux nuages,
C'est le mot ineffable : Aimons !

L'amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c'est le bonheur !

Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l'âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu'on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l'image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu'un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n'est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l'onde
Tout ce qui n'est que vanité,

Je préfère aux biens dont s'enivre
L'orgueil du soldat ou du roi,
L'ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? "

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l'on se dit : " C'est donc fini ! "

L'amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l'amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s'éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

(1802-1885)
(Recueil : Les contemplations)

Meneldur, j'aime beaucoup les poèmes de Tolkien que tu as postés :). Ca me done envie de lire Le Seigneur des Anneaux, par contre je n'ai pas accroché aux films...:sueur:

Sinon un site sur la poésie anglaise

Nephtys

Idem, j'ai pas accroché au premier film alors j'ai pas vu les autres films.
J'avais lu les livres, je les avaient trouvé un peu longuets par moment. Bon j'était petite je devais avoir 9 ou 10 ans, peut etre que maintenant mon avis changerais je sais pas, en tout cas si je m'y attaque a nouveau ca serait en V.O.
"Nous ? Bah on est des moutons. Mais pas des moutons cons ! Des moutons intelligents. On suit parce qu'on veut pas s'prendre la tête, tu vois ?" ADFD

Sydalie

La Courbe de tes yeux, Paul Eluard.

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

(entre octobre 1924 et août 1926)
(Recueil: Capitale de la douleur)

Thelonius

Haaan je viens dynamiter voter topic de poésies chiantes du XIXème avec des trucs XXème couillus et forts en gueule.

MUSICIENS CASSEZ VOS INSTRUMENTS AVEUGLES SUR LA SCENE

Tristan Tzara (Dada est Tatou, Tout est Dada)

nous ne sommes pas des penseurs
nous sommes faits de miroir et d'air

Tristan Tzara (L'homme approximatif)

La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas.

André Breton (l'Amour Fou)

Se retrouver dans un état d'extrème secousse, éclaircie d'irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel

Antonin Artaud (Le Pèse-Nerfs)

Une espèce de déperdition constante du niveau normal de la réalité

Antonin Artaud (Le Pèse-Nerfs)

Un impouvoir à cristalliser inconsciemment, le point rompu de l'automatisme à quelque degré que ce soit

Antonin Artaud (Le Pèse-Nerfs)

LAST BUT NOT LEAST, ISIDOOOOOORE DUCASSE !

Quoiqu'il ne possédât pas un visage humain, il me paraissait beau comme les deux longs filaments tentaculiformes d'un insecte ; ou plutôt, comme une inhumation précipitée ; ou encore, comme la loi de la reconstitution des organes mutilés ; et surtout, comme un liquide éminemment putrescible !

Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse), (Les Chants du Maldoror)

Le grand-duc de Virginie, beau comme un mémoire sur la courbe que décrit un chien en courant après son maître, s'enfonça dans les crevasses d'un couvent en ruines. Le vautour des agneaux, beau comme la loi de l'arrêt de développement de la poitrine chez les adultes dont la propension à la croissance n'est pas en rapport avec la quantité de molécules que leur organisme s'assimile, se perdit dans les hautes couches de l'atmosphère. [...] Le scarabée, beau comme le tremblement des mains dans l'alcoolisme, disparaissait à l'horizon.

Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse), (Les Chants du Maldoror)

Il est beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces; ou encore, comme l'incertitude des mouvements musculaires dans les plaies des parties molles de la région cervicale postérieure; ou plutôt, comme ce piège à rats perpétuel, toujours retendu par l'animal pris, qui peut prendre seul des rongeurs indéfiniment, et fonctionner même caché sous la paille; et surtout, comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie !

Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse), (Les Chants du Maldoror)

(Les plus beaux "beau comme")

Voilà j'espère que vous aimez ce genre de came.
Turn on, Tune in, Drop out.

Neorossi

Citation de: NephtysJe n'aime pas Hugo, je le trouve trop plein de prétention et de lamentations
Ohhhhhh, +1000, je ne supporte (presque) pas Hugo XD Pas de bol, c'est l'auteur préféré de ma prof de français... Pourtant j'm'entends bien avec elle... XD

Allez, un de Verlaine:

Initium

    Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes
    Et le bal tournoyait quand je la vis passer
    Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes
    De son oreille où mon Désir comme un baiser
    S'élançait et voulait lui parler, sans oser.

    Cependant elle allait, et la mazurque lente
    La portait dans son rhythme indolent comme un vers,
    - Rime mélodieuse, image étincelante, -
    Et son âme d'enfant rayonnait à travers
    La sensuelle ampleur de ses yeux gris et verts.

    Et depuis, ma Pensée - immobile - contemple
    Sa Splendeur évoquée, en adoration,
    Et dans son Souvenir, ainsi que dans un temple,
    Mon Amour entre, plein de superstition.

    Et je crois que voici venir la Passion.

(Poèmes Saturniens, 1866)
Shine On You, Crazy Diamond... :coeur:

Blue-Berry

Hugo était surtout un grand aquarelliste.
I would have liked to be this
jewish
canadian
poet
who sings Love and its meanders so well.
But by this time I would be dead,
And I would never have
met,
known,
and, above all, loved
You.
So too bad if I'm not this
jewish,
canadian,
poet
It's all right.

Mage94

Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

"Poèmes saturniens" - 1866
Verlaine


Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


Charles Baudelaire
Tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu'il faut. (A. Camus)

Sydalie

Un poème d'Aragon:

Il n'y a pas d'amour heureux

Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force
Ni sa faiblesse, ni son coeur. Et quand il croit
Ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur, il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce

Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qui 'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots " Ma vie " et retenez vos larmes

Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui, pour tes grands yeux, tout aussitôt moururent

Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare

Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs

Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous deux

(La diane Française 1946)

Narrow Way

De ce poème d'Aragon, j'en retiens surtout l'interprétation de Brassens...
"I like to think oysters transcend national bareers."

Sydalie

Citation de: Narrow WayDe ce poème d'Aragon, j'en retiens surtout l'interprétation de Brassens...
Il n'y a pas d'amour heureux - Georges Brassens. :)

marion

Citation de: Keith PeppersCe n'est pas forcément mon préferé mais lorsque je l'ai eu à apprendre au primaire, je me souviens qu'il m'avait beaucoup plu ;D
Arthur RIMBAUD (1854-1891)  
Le dormeur du val
Keith Peppers, je l'ai fait réciter à des CM2 (c'était pour leurs devoirs) pas plus tard qu'hier ^^ (dans l'école où je travaille).

stratocastor

ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh :fou: montjoie mon dieu foutre guibole

une page d'intellectuel qu'est que je fous la
vite strato fous le camp d'ici
-Etes vous classé dans la catégorie humain?-
-Négatif je suis une mite en Pull-Over-

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