Amused To Death...

Démarré par CrazyDiamond, 15 Septembre 2007 à 22:11

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CrazyDiamond

Ce message aurait pu s'appeler "It's A Miracle". Bien qu'ayant pris un recul relatif quant à mon éternel intégrisme watersien - j'espère que certains l'auront noté ^^Non ? ah bon...), je me permet de replacer ici une chronique effectuée par moi l'année dernière, magistralement récupérée par Manu dans le clearstreamisme des sauvegardes de ThinkFloyd.

Voilà en quelques mots ce que ça donne - je vous prie par avance d'accepter la béatitude de ce texte. En le parcourant, je n'en revenais pas du nombre de "exceptionnel", "magnifique" ou "superbe" que je retrouvais au fil de la chronique. Mais une ultime écoute de ce disque m'a finalement fait dire qu'il n'y avait pas lieu de modifier quoique ce soit. J'adore cet album et j'espère inciter ceux qui ne le connaissent que d'une première écoute, ou pas du tout, de se (re)plonger dans l'univers à part de cet album. Bonne lecture !!!




1987. Le fade A Momentary Lapse of Reason balaie tout sur son passage, y compris l'éclectique Radio KAOS de Roger Waters. Celui-ci, comprenant qu'il ne peut lutter à armes égales avec les membres de son ancien groupe, part en Allemagne monter le gigantesque The Wall - Live in Berlin avec tout le gratin rock de l'époque, du meilleur (Scorpions, Sinead O'Connor) au pire (Paul Carrak). Une mise en scène hallucinante porte de Brandebourg, une fréquentation record (300'000 spectateurs), le second plus grand concert jamais donné en Europe, et pourtant un demi succès pour Waters, dont la réputation ne se trouvera pas boostée pour autant. Roger Waters passe alors un an à perfectionner son nouvel opus, Amused to Death, inspiré du livre de Neil Postman Amusing Ourselves to Death. En cette année 1991, les cibles de Waters sont les suivantes : La télévision (remède qui tue), la religion, les évènements meurtriers récents (guerre du Golfe, Tian'an men) et l'impérialisme américain (It's A Miracle). Certes ces thèmes, à l'exception peut-être du dernier, sont récurrents chez Waters, mais celui-ci fait preuve dans cette album d'une maturité d'écriture surprenante, et d'une objectivité nouvelle. Il semble s'être réconcilié avec lui-même.

Ne faisant pas abstraction des atouts perçus dans A Momentary Lapse..., Roger Waters fait débuter son album par un instrumental ambigu, planant et inquiétant à la fois. La guitare, quelque peu oubliée dans Radio KAOS, retrouve ici une place de choix. Sans doute par volonté de « sonner Pink Floyd » à nouveau, Waters engage Jeff Beck, brillantissime guitariste dont le phrasé sur cet album rappelle grandement celui de Gilmour. The Ballad of Bill Hubbard, par cela, est l'un des nombreux chefs d'œuvres de l'album.

On enchaîne avec What God Wants pt. 1, rock agressif sur la soi-disant volonté toute puissante du créateur, comparé tantôt à un comique extra terrestre puis au prophète gardien des « hyènes », c'est à dire nous même, nous régalant des spectacles de mort par le biais de la télévision. Charmant. Mais musicalement moyen par comparaison au reste de l'album. Quelle idée d'en avoir fait son seul single...

Retour au concret et à la qualité maximale avec le géantissime Perfect Sense pt. 1 & 2, aux notes de piano inoubliables, sublimées par le retour en pleine forme de Clare Torry, la fantastique interprète de The Great Gig In The Sky. Variation sur le thème de l'escalade de la violence et des rapports causes/conséquences (« And the germans kill the juves and the juves kill the arabs and the arabs kill the hostages... ») il s'agit ici du premier pic d'émotion de l'album.

On poursuit avec The Bravery Of Being Out Of Range (« Le courage des hors d'atteinte ») sur une guerre du Golfe dirigée derrière un bureau (celui du Bush de l'époque, en l'occurrence). Le rythme martelé, violent, faussement héroïque rappelle Brings The Boys Back Home, la grandiloquence en moins.

Late Home Tonight pt. 1 traite du thème « No questions only orders » à travers le dilemme posé à un aviateur s'apprêtant à larguer sa bombe sur une ville. Mais Waters s'attaque également aux téléspectateurs qui regardent la guerre comme un spectacle (« Comme dans un jeu vidéo de combat, les pom pom girls dansent, les fans deviennent fou. Regarde les enfants saigner. C'est tellement beau à la télé »). Le pire c'est que la mélodie est douce et touchante... Marilyn Manson n'aurait pas fait mieux. La Pt. 2 poursuit sur cette lancée, mais rate sa cible, constituant le second (et dernier) point faible de l'album. La présence des cors rappelle les passages les plus grandiloquents de Final Cut. On s'en serait passé. Ce mouvement, démarré avec la pt. 1 de Late Home Tonight, s'achève en beauté sur Too Much Rope, dont l'intro, blindée de bruitage violents, a de quoi coller des infarctus, mais dont les notes qui s'ensuivent annoncent un blues des plus touchants, sur le thème de l'immobilisme (« L'histoire est courte et le soleil n'est qu'une étoile. Mais tu n'as pas besoin d'être juif pour condamner le meurtre ! »)

Ici, nous entrons dans l'excellence, qui s'étale sur les six derniers morceaux de l'albums : What God Wants pt. 2, rock agressif rappelant Not Now John, possède une grande énergie. Waters fait preuve ici d'un humour corrosif (mais oui), ironisant la fatalité prônée par l'Eglise. L'anticléricalisme du bassiste est ici mis à nu (« Unis spirituellement et financièrement, par le pouvoir du dollar et la force de nos prières... ») et on ne peut s'en plaindre. L'introduction de What God Wants pt.3 est un coup de boutoir à Pink Floyd, mélangeant les notes suraiguës de l'intro de Echoes, les nappes de synthé de Shine On et le riff de guitare de Breath... le tout suivi des premières paroles « Don't be affraid, it's only business ». La chanson, brillantissime, bénéficie d'un investissement total de Waters à la voix, assisté par le jeu rageur de Beck. L'entente est parfaite entre les deux musiciens. Cela se sent et contribue à la puissance du morceau lui aussi investi politiquement (champ de bataille = champ de la caméra).

Watching TV n'est pas un clin d'œil à Syd, comme son titre semblait l'indiquer, mais traite de la place Tien An Men. Personnellement, je pense que c'est le plus beau texte jamais écrit par Roger Waters. La jeune chinoise meurt face aux caméras du monde entier. Waters parle de la petite sœur de l'humanité (« My Yellow Rose ») La mélodie à la guitare acoustique et ce retour à la simplicité rappelle les ballades de McCartney sur le White Album, ou les plus belles chansons de Bob Dylan. Un monument. Arrive le tube Three Wishes – seule et unique véritable chanson d'amour de Roger Waters – planant au possible, au thème musical d'intro tellement réussi que Gilmour lui-même le plagiera pour les besoins de High Hopes, en ayant tout de même pris soin d'en modifier le rythme.

It's A Miracle, dénonciation ironique de l'impérialisme économique américain (« Nous avons du Pepsi dans les Andes / Nous avons des McDo au Tibet / It's A Miracle ! ») est peut-être le plus beau morceau de l'album, à l'atmosphère unique – en léger décalage avec le reste de l'album, peut-être – et rivalise par sa beauté et sa simplicité avec les plus grandes ballades de l'époque, de High Hopes (toujours lui) à Nothing Else Matters. Les synthés de Pat Leonard sont dantesques, et le solo final de Jeff Beck fait monter les larmes.

Enfin, le voici, le morceau titre, Amused to Death. Il faut remonter à Shine On ou Dogs pour retrouver chez Waters un tel niveau de composition. Les paroles, extrêmement puissantes, évoquent la fin de l'espèce humaine, qui s'est perdue par sa banalisation de la mort. Tout est fini. L'album s'achève après 9 minutes de montée d'une émotion unique, grâce aux chœurs, parfaitement dosés, et la puissance musicale du Bleeding Hearts Band au grand complet, Fairweather Low arrivant en force pour assister Jeff Beck, plus investi que jamais. L'album a atteint son but, et prend fin de la même façon qu'il avait commencé, par les sons de grillons, symbolique d'une nuit continue, dont nous ne sortirons probablement jamais.

Sorti en 1992, Amused to Death sera un échec commercial, expliqué en partie par le peu de reconnaissance portée à Roger Waters par le grand public, qui dans une majeure partie ne fait aucun lien entre son nom et celui de Pink Floyd. Bien moins qu'aujourd'hui. Marqué par cet échec, Roger Waters refusera de donner suite à l'album par une tournée mondiale, et se repliera sur lui-même durant la quasi totalité de la décennie 90.

« Si cet album avait été estampillé Pink Floyd, il aurait cartonné », dira-t-il avec amertume. Force est de constater qu'il a raison. En 1994, Pink Floyd sort avec The Division Bell son meilleur album sous tutelle de Gilmour, méga succès à l'arrivée. Les meilleures chansons (Marooned, Cluster One, High Hopes) possèdent les sonorités et l'esprit d'Amused to Death, tout en conservant des paroles sous-entendant un soi disant naufrage artistique de la part de Waters (Poles Apart : « Savais-tu que ça allait aller si mal pour toi ? », « Tu pensais être un golden boy, vois ce que tu es devenu » ; A Great Day for Freedom : « Je pensais que tu avais besoin de moi. Il est clair que je ne peux rien faire pour toi. »)

Bien que n'étant pas « estampillé » Pink Floyd, Amused to Death est l'album se rapprochant le plus de la grandeur passée. Plus touchant que The Wall, plus pur et moins grandiloquent que Final Cut, plus ciblé que Hitch Hiking, plus réaliste que Radio KAOS et selon moi mille fois supérieur à Momentary Lapse et Division Bell, ce merveilleux album injustement boudé est à ranger aux côtés de Meddle, Wish You Were Here et Animals.

C'est un album sans haine, sans comptes à régler, un douloureux travail d'analyse aux paroles plus actuelles que jamais, aux interprétations multiples. The Bleeding Hearts Band se montre artistiquement plus investi que Pink Floyd. Le concept est une brillante réussite.

Un très grand album bien plus floyd que Final Cut. À (re)découvrir de toute urgence et à ranger, dans sa discographie, aux côtés de Four Symbols, Abbey Road, Rock Bottom et In The Court of Crimson King.

Merci d'avoir pris le temps de tous lire, et bonjour à ceux qui ont sauté toutes les ligne pour arriver à celle-là ^^


PS récent : Une autre source d'ennuis pour le disque : son tirage limité, en raison du contenu allié au contexte, aux USA, où le clip de "What God Wants Pt. I" fut interdit, et où "The Bravery To Be Out Of Range" et "It's A Miracle" furent retirés des playlists des chaînes de radio. La seule chanson qui réussit à percer fut en fait "Three Wishes", soit la moins polémique de toutes.
Un dictateur qui meurt... c'est une banque suisse qui ferme.

Walmour

Très bonne description de l'album Crazy.

Pour ma part, je le considere comme le meilleur album solo de Roger Waters, bien meilleur que The Wall ou Radio Kaos. La liberté laissée au talent de Jeff Beck est un atout considérable et Roger Waters fais ce qu'il sait faire : des chansons relativement poignantes et lyriques (dans la lignée des one of the few ou Final Cut...).
Neanmoins, les rocks "carrés" qu'offrent certains titres ne sont pas à trop mon gôut (ça me fais penser à In The Flesh, et c'est pas terrible je trouve).

Au niveau des paroles, Waters est toujours aussi satirique, avec une critique du systeme monétaire et de la religion notemment (déjà apercue dans The Final Cut).

Bref, un album relativement bon ! (mais loin des chef d'oeuvres que sont In The Court Of Crimson King et Rock Bottom : :nananere:)

Gotta Be Crazy

ou! je me souviens de cette chronique, et pour moi, Amused To Death est le meilleur album de tonton Roger :)
heuresement que tu n'as pas changé les mots merveilleux et tout et tout, ça auraît été une erreur :D
Tapette !

MP

J'aime beaucoup "Amused To Death", c'est mon album solo préféré de Roger Waters. Comme dirait Eric Larsen "une réconciliation avec un artiste qu'on avait tendance à bouder". Un très bel album contenant de très beaux titres notamment "Three Wishes", "It's A Miracle" et "Amused To Death". Bien meilleur que "The Wall" et que tous les albums de Pink Floyd post 1977. Une preuve que Waters peut faire de superbes choses quand il veut et qu'il ne devient pas trop prétentieux et mégalo ;)
Yoko Ono: "John, tu veux bien descendre la poubelle?"
John Lennon: "Naturellement chérie!" (5 minutes avant de mourir)

Comfortably Floyd

Beh je trouve qu'il y a côté plutôt mégalo dans Perfect Sense Part 2 avec cette foule, ce stade qui chante avec Wawa. Ne parlons même pas des versions live où là s'ajoute des milliers de voix avec ce cher Roger en chef d'orchestre. Ceci dit ce n'est pas péjoratif je trouve ça vraiment excitant en live, on a l'impression d'être complétement impliqué dans la chanson. N'empêche que je trouve ça quand même vachement mégalo :sifflote:

Gotta Be Crazy

peut-être oui, mais ne remarque à faire quand même sur ta chronique Diamant Fou: je trouve pas que Wht God Wants pt1 soit musicalement moyen, surtout comparé à Perfect Sense... Les deux parties sont vraiment faiblades avec ces accords de pianos...
Mmmmh c'est pas trop mégalo je trouve, c'est plutôt pour suivre un des thèmes de l'album: la critique de la télé, et comme les gens sont abruts par la télé, ils chantent avec dans cette chanson :) enfin, je pense que c'est ça
ö si Alistair me lit, il va me détruire, là j'en suis sûr :D
Tapette !

Comfortably Floyd

Je suis pleinement d'accord avec toi pour dire que Perfect Sense traite bien de l'abrutissement des masses, mais là c'est plutôt dans la forme que c'est mégalo même si ça colle parfaitement avec le fond.

jojo

Amused To Death , quel son réconfortant, du concentré de water et saignant , en l'écoutant ce que l'on regrette le plus c'est la séparation, que donnerait un album comme celui-là avec le reste de la clique? quelque chose du genre génial
:cool:
"Lean out your window, golden hair
I heard you singing in the midnight air "

mihalis

Amused To Death a été le premier album solo de Roger que j'ai acheté et ce fut mon introduction a la carriere solo de Roger il y a de cela plusieurs années. Ce fut mon cadeaux d'aniversaire de 17 ans (j'en ai 22 maintenant) . J'ai tout de suite aimé cet album !!. C'est un excellent album
avec des tres bons musiciens et de tres tres bonnes chansons et une merveilleuse analyse de la société dans laquelle ont évolue.


En bref j'ai classé cet album dans mon top 5 de mes albums préféré. Je l'adore :super: :super:

Dub

Et puis les effets sonores dus à l'application du procédé Q-Sound sont amusants

francois33333

Bonjour a tous

ce fut mon album de chevet des années 90 , que j'ai pu acheter en master sound CD"or", mais franchement les textes et la guitare de Beck sont magnifiques ,dommage que les composition ont moins bien viellis

Maintenant je préfére écouté The division Bell ou Marbles de Marillion qui avait repris la reléve du Floyd dans le style concept album...

fouge

C'est vrai que "Marbles" est magnifique.....que penses-tu du dernier "Happiness is the road" ?

franckPF

C'est un très bon album "Amused to death" que j'aime bcp.
Belle description de l'histoire de R. Waters et des floyd "made in gilmour" ds les années 90.
"Roger, arrête de jouer avec cette putain de truelle !"
Rick Wright, le 29 février 66
à 23 heures 30, pendant une répet' du groupe.

francois33333

Salut

On est pas vraiment sur le bon forum

Je trouve Happiness... bon voir trés bon ,mais pas du tout comparable a Marbles. Essence est un bon concept se rapprochant de Brave.Marillion a le don de nous surprendre à chaque album.

Pour moi en tout cas , j'apprécie cet album ,et je vais les voir en concert le 30 janvier à Bordeaux. J'attends de voir ce que peux donner ce nouvel album sur scène.

Bonne soirée

Shakey

Citationj'ai pu acheter en master sound CD"or"
Le son y gagne vraiment beaucoup?

Dis moi François, tu est bordelais?

francois33333

Salut

Oui ,je possedais le standard avant celui-ci ,et à l'epoque sur une chaine hi-fi ,j'avais constaté une difference , surtout dans le traitement des hautes fréquences avec plus de détails (du au traitement 24 bit)

Oui je suis de la périphérie bordelaise

Bonne journée

franckPF

Ecoute bien les conseils de François, c'est un grd spécialiste de la hifi :humour:
"Roger, arrête de jouer avec cette putain de truelle !"
Rick Wright, le 29 février 66
à 23 heures 30, pendant une répet' du groupe.

francois33333

Comme dit Franckpf , on est en démocratie ,n'écoute pas forcement mes conseils

Renseigne toi auprés de différent auditeurs

rétrograde ,bouché(platine sacd à600€,moi aussi j'aime rigoler) ,obtus et légérement égoiste d'aprés ses propos ,d'autres qui prétendent savoir des "choses" comme moi , ou de vrai professionnel...


Au fait Mr Franckpf (peut etre est-ce parceque j'ai fait une faute a ton Pseudo que tu m'en "veux" autant),pour ta gouverne avant que je ne devienne sénil(on est pu à ça prés) ,Je me doutais que des albums pouvaient etre plus ou moins bien enregistré selon l'ingenieur,le studio,le master,le support.

La production en général...

franckPF

:euh: :euh:
Francois33333 je te branche gentillement....
soyons zen
:biere:
"Roger, arrête de jouer avec cette putain de truelle !"
Rick Wright, le 29 février 66
à 23 heures 30, pendant une répet' du groupe.

Blue-Berry

On pratique volontiers l'ironie et le second degré, mais c'est très rarement méchant.
En l'espèce, je ne crois pas que ça le soit présentement.
Donc zen. :)

Et on revient au sujet : Amused to Death
I would have liked to be this
jewish
canadian
poet
who sings Love and its meanders so well.
But by this time I would be dead,
And I would never have
met,
known,
and, above all, loved
You.
So too bad if I'm not this
jewish,
canadian,
poet
It's all right.

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