The Catcher In The Rye (L'attrape-coeurs)

Démarré par RickFloyd, 03 Décembre 2007 à 16:52

|

RickFloyd

THE CATCHER IN THE RYE / L'Attrape-Coeur

Livre du grand et mystérieux Jerome-David Salinger, écrivain américain né en 1919, à New York City.
Ce roman de quelques 200 pages, au style familier, a d'abord été publié sous forme de série en 1945 et 1946 aux États-Unis, puis en volume en 1951.
Cette oeuvre controversée reste l'une des plus célèbres du XXème siècle et un classique de la littérature anglophone enseigné dans les écoles aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada.
Un roman bouleversant

Le roman, écrit à la première personne, relate trois jours de vagabondage d'un adolescent new-yorkais de seize ans, Holden Caulfield, renvoyé de son collège privé.
Le narrateur-personnage, Holden Caulfield, est un jeune adolescent plein de répondant, issu d'une famille bourgeoise de New York. Il a plein d'avis sur tout. Certaines choses l'amusent, mais la plupart du temps, tout l'énerve. Il nous décrit d'abord la vie à l'internat et au collège, avec ses collègues de chambre (Old Stradlater, old Robert Ackley) qu'il hait, les matches de football du mercredi après-midi. Apprenant qu'il va être renvoyé, il n'attend même pas les vacances pour partir, quitter ce monde d'hypocrites. La première chose qui compte pour lui, c'est de rendre visite à son professeur d'histoire, Old Spencer. Finalement, il passe sa première nuit à l'hôtel, dans lequel une histoire de prostitution et d'argent tourne mal... pour lui. Cet adolescent en pleine crise revient sans cesse sur les deux seules choses qu'il aime au monde : Allie, son frère décédé, et sa petite soeur, toute mignonne et très attachante, Phoebe.
C'est un livre à lire absolument. Il faut lire ce livre pour son émotion, plus que pour ses actions. Pour le ton sur lequel le narrateur s'adresse à ses lecteurs. Il faut lire ce livre si on est adolescent, soi-même.
Ce que je trouve formidable à propos de ce livre, c'est le fait que, même s'il a été écrit dans les années 50, il reste très moderne. J'ai effectué la lecture de ce livre en langue originale (Anglais américain), et, en ce qui concerne le niveau de langue, il reste très courant, teinté de familier, et on peut y percevoir aisément les couleurs du décor, New-York.
C'est un livre très émouvant car il nous plonge véritablement dans l'esprit et le corps d'un adolescent déprimé et perturbé, tellement aimable, tellement conpréhensible (cependant, rarement compréhensif), tellement intelligent, tellement généreux, que l'on a envie de s'identifier à lui. On ressent alors tout ce qu'il ressent. On pense comme lui. Personnellement, la manière de Holden de s'adresser à son lecteur, m'a procuré l'impression qu'il était l'un de mes amis. Peut-être même mon meilleur ami. C'est un livre écrit par un adulte de trente-deux ans, il faut le rappeler, mais le style est si bien assimilé, si bien imité, que l'auteur n'est rien dans l'histoire, on l'oublie. Celui qui écrit, c'est un adolescent de dix-sept ans, qui raconte une période de sa vie, alors qu'il avait seize ans.
On retrouve cependant aisément des éléments autobiographiques de Salinger dans cette oeuvre. Par exemple, Holden Caulfield explique à un moment du récit que son nom est Irlandais. Or, la mère de J.-D. Salinger était Irlandaise.
Ce qui m'a le plus bouleversé dans ce roman, c'est quand Holden parle de son frère Aliie, décédé. Il nous parle des poèmes qu'il écrivait sur son gant de base-ball, de son extrême gentillesse.
Ce livre nous rend tellement attentif aux sentiments du protagoniste, que l'on ne porte plus tellement d'intérêt pour ses péripéties. Je pense que c'est un livre sur la psychologie d'un adolescent (peut-être parfois, Salinger se moque-t-il même un peu), plutôt qu'un récit.
La fin est très brève, l'avant-dernier chapître laisse une image imprimée bien fortement dans la tête du lecteur, indélébile. Pluie, manège, jeune homme, merveille, pour la résumer.
"Oh non, encore une biographie!"
Il ne faut surtout pas commencer par se dire cela. D'aileurs même le personnage, qui est aussi le narrateur dit que si vous voulez tout savoir de sa "putain d'enfance" et de toutes ces "foutues choses que l'on trouve dans David Copperfield" (roman biographique de Charles Dickens), abandonnez la lecture car il ne va rien faire de tout ça. Il raconte trois jours de sa vie. Trois jours à travers lesquels il laisse entrevoir, bien entendu beaucoup plus de sa vie. Mais ce n'est pas une réelle autobiographie, dans le sens où on y trouverait tous les éléments importants d'une existence, de la naissance au moment de l'écriture.
En bref, c'est un vrai "roman de gosse", dans le sens où il parle de la jeunesse, pour un public, à mon avis, de 15 à 50 ans. Ce livre ne se lit pas, il accompagne le lecteur pendant un petit bout de vie, il se vit.
Et je n'arriverai pas à me le sortir de la tête.
Trois adjectifs pour qualifier cette oeuvre :
Captivante, vivante, émouvante.
Petites anecdotes :
-L'assassin de John Lennon l'avait sur lui avant de tuer le membre des Beatles.

-Dans un épisode du comics du Punisher de Garth Ennis et Steve Dillon, le tueur Bullseye lit ce livre devant le Caïd.

-Salinger est un des rares auteurs à n'avoir jamais donné d'interview, ni participé à des conférences. Sa fille, dans un livre, a dit de lui qu'il parlait en langues (prononçait des prières dans une langue qu'il ne comprend pas, comme si un ange parlait à sa place), et qu'il buvait parfois sa propre urine.
« Ňous trouvoήs beau ce qui ήous est assez iлdifférent pour ʼnous permettre de voir ce que лous vouloήs à la place. ». - Boris Viaň ^^
"Elvis a libéré les corps alors que Dylan a libéré les esprits..." - Bruce Springsteen

MP

Pour lancer un peu ton topic Rick :D
J'adore ce livre, il fait certainement partit de mes préférés avec "1984" de George Orwell et "Le Procès" de Franz Kafka, en tout cas il s'agit du livre qui m'a donné envie de lire.

Je ne remercierais jamais assez mon prof de français de 4e de me l'avoir fait découvrir :amour:
Yoko Ono: "John, tu veux bien descendre la poubelle?"
John Lennon: "Naturellement chérie!" (5 minutes avant de mourir)

CrazyDiamond

Ouais mais bon, il a été étudié en Angleterre... donc logiquement c'est une merde, je passe mon chemin !
Un dictateur qui meurt... c'est une banque suisse qui ferme.

RickFloyd

Les auteurs anglais sont certainement plus cultivés que les auteurs suisses. C'est quand la dernière fois que la Suisse a gagné une guerre? :lol:
« Ňous trouvoήs beau ce qui ήous est assez iлdifférent pour ʼnous permettre de voir ce que лous vouloήs à la place. ». - Boris Viaň ^^
"Elvis a libéré les corps alors que Dylan a libéré les esprits..." - Bruce Springsteen

CrazyDiamond

Et la France ?

1914. C'est vrai, c'est toujours mieux.

Et puis quel rapport avec la littérature. On en a pas des masses, des auteurs, c'est vrai, mais bon y'a Ramuz, c'est toujours ça...
Un dictateur qui meurt... c'est une banque suisse qui ferme.

CrazyDiamond

J'ajoute qu'on est les grands vainqueurs de la guerre de 39-45... on s'est fait une montagne de thunes :humour:
Un dictateur qui meurt... c'est une banque suisse qui ferme.

RickFloyd

Ce serait pas plutôt les USA? :euh:   Ca leur a quand même permis de passer au rang de seule superpuissance, les fabricants d'obus se sont reconvertis en fabricants de biens de consommation sans transition, et rien n'a été endommagé sur leur territoire.
« Ňous trouvoήs beau ce qui ήous est assez iлdifférent pour ʼnous permettre de voir ce que лous vouloήs à la place. ». - Boris Viaň ^^
"Elvis a libéré les corps alors que Dylan a libéré les esprits..." - Bruce Springsteen

shana

J'ai lu ce livre il y a deux ans, il m'a boulversé. Le style, le vocabulaire, le personnage... On ne peut s'en détacher. Il a changé ma vision des choses, sur l'adolescence surtout, sur les garçons en general (oui, c'est con, mais je ne pouvais pas m'imaginer que l'un d'eux soit sensible, vraiment sensible). J'adore la scène du manège. Lorsqu'on la lit, on à l'impression d'être assis sur le banc juste à coté d'Holden. Et de regarder Phoebe tourner. Il semble s'accrocher à elle comme pour garder sa part d'enfance, sa part de rêve. Holden nous ressemble tous un peu. Pour moi c'est son coté fou/impulsif qui decide de tout quitter pour partir avec son amie d'enfance... On ne peut lire ce livre sans s'attacher au personnage. Au fait, savez vous où l'on peut trouver la fameuse chansons qui explique le titre? Existe t-elle vraiment?
Merci d'avance.

RickFloyd

Le passage que tu décris (très très bien d'ailleurs), m'a également bouleversé tant il est réaliste et émouvant. J'ai lâché une ou deux larmes, alors que je n'avais jamais pleuré pour un livre ou même un film... Seul ce livre a eu ce pouvoir sur moi.
Quant à la chanson, rien ne prouve qu'elle existe. J'avais moi-même fait une petite enquête sur des forums américains, et j'ai trouvé deux titres éventuels : l'un est tout à fait improbable : il date de 1997, mais contient tout de même les bonnes paroles. L'autre est plus plausible : ~1790, mais les paroles diffèrent. Bref, un vrai casse-tête...


-'Coming Through the Rye'
by Robert Burns
(1759-1796)

Il te faut savoir non seulement que Burns à la base était un poète, mais aussi qu'il a vécu il y a plus de 200 ans. Alors impossible de trouver une version chantée du morceau.

-'Cruel Sister'
by Clandestine

Facilement accessible sur le net. Mais je doute un peu que ce soit ça.

Cependant, le vinyl que Holden achète à Phoebe existe bel et bien, je connais quelqu'un qui l'a. :D


En espérant t'avoir aidée ;)
« Ňous trouvoήs beau ce qui ήous est assez iлdifférent pour ʼnous permettre de voir ce que лous vouloήs à la place. ». - Boris Viaň ^^
"Elvis a libéré les corps alors que Dylan a libéré les esprits..." - Bruce Springsteen

RickFloyd

Citation de: CrazyDiamondOuais mais bon, il a été étudié en Angleterre... donc logiquement c'est une merde, je passe mon chemin !
Tu devrais le lire, toi qui aimes le Cinéma et les scénarios. Tu en aurais un beau devant toi! Je ne déconne pas.
« Ňous trouvoήs beau ce qui ήous est assez iлdifférent pour ʼnous permettre de voir ce que лous vouloήs à la place. ». - Boris Viaň ^^
"Elvis a libéré les corps alors que Dylan a libéré les esprits..." - Bruce Springsteen

Nephtys

je remonte ce topic, même si notre RickFloyd national n'est plus là...

J'ai lu, relu, et j'adhère .....

Jetez vous sur ce bouquin si ce n'est pas déjà fait...!
"Nous ? Bah on est des moutons. Mais pas des moutons cons ! Des moutons intelligents. On suit parce qu'on veut pas s'prendre la tête, tu vois ?" ADFD

Keep Talking

Je ne lis pas. Ni les romans, ni les bios, ni le reste...






Je me suis contenté de lire attentivement l'analyse de Rickfloyd, et sans avoir lu le livre, je peux tout de même dire que l'exposé ci-dessus est remarquablement bien ficelé, et qu'il invite à la lecture (pour ma part ce sera chaud mais bon, le décorum est bien implanté :) ).



Cet ouvrage séduit.
It doesn't have to be like this
All we need to do is make sure we keep talking

Nephtys

nan mais en plus il est pas long à lire, une heure à peine.
"Nous ? Bah on est des moutons. Mais pas des moutons cons ! Des moutons intelligents. On suit parce qu'on veut pas s'prendre la tête, tu vois ?" ADFD

Keep Talking

Ok, si j'ai le temps d'une part, et si je le croise d'une autre :D
It doesn't have to be like this
All we need to do is make sure we keep talking

Nephtys

"Nous ? Bah on est des moutons. Mais pas des moutons cons ! Des moutons intelligents. On suit parce qu'on veut pas s'prendre la tête, tu vois ?" ADFD

Tommy The cat

Je viens de le commencer en V.O je vous en dirai plus quand je l'aurai fini, je lis très TRES lentement
To be is to do said Socrates
To do is to be said Sartre
Do be do be do said Sinatra

Hereward_the_wake3

La Mestria de cette flanerie au sens rousseauiste du terme (road movie dirait-on aujourd'hui) tient dans la structure du chef d'Oeuvre qui n'a rien à envier à DH Lawrence, Gustave Flaubert ou Hawthorne en terme de méta-liitérature, c'est à dire qu'entre les lignes le roman parle de l'art d'écrire un roman. "that David Copperfield kind of crap". Le péché originel de Cauldon est d'écrire un essai descriptif pour son pote d'internat, qui lui vaudra une expulsion, chatiment qu'il s'inflige à lui-même.

Cauldon, ce petit ado fragile qui est la matière même du roman, se prend alors des envies d'adultes: SEDUIRE. Séduire des prostituées, séduire des mères, séduire des LECTEURS en créant l'empathie. La fin du livre va pourtant les décevoir. C'est une spirale sans fin qui se boucle en queue de poisson, le petit génie rebel va s'éduquer au théâtre et revenir bien gentiment dans les jupons de maman.

L'Attrappe-Coeur est un cours de littérature par l'exemple, souvent copié ou plutôt caricaturé car il ne suffit pas d'écrire n'importe quoi au fil de la plume en couchant un "goddamn" tous les 3 mots pour faire Catcher in the Rhye.



"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"

Hereward_the_wake3

Citation de: Hereward_the_wake3 le 05 Mai 2012 à 17:53
La Mestria de cette flanerie au sens rousseauiste du terme (road movie dirait-on aujourd'hui) tient dans la structure du chef d'Oeuvre qui n'a rien à envier à DH Lawrence, Gustave Flaubert ou Hawthorne en terme de méta-liitérature, c'est à dire qu'entre les lignes le roman parle de l'art d'écrire un roman. "that David Copperfield kind of crap". Le péché originel de Cauldon est d'écrire un essai descriptif pour son pote d'internat, qui lui vaudra une expulsion, chatiment qu'il s'inflige à lui-même en fuguant un soir de noel.

Cauldon, ce petit ado fragile qui est la matière même du roman, se prend alors des envies d'adultes: SEDUIRE. Séduire des prostituées, séduire des mères, séduire des LECTEURS en créant l'empathie. La fin du livre va pourtant les décevoir. C'est une spirale sans fin qui se boucle en queue de poisson, le petit génie rebel va s'éduquer au théâtre et revenir bien gentiment dans les jupons de maman.

L'Attrappe-Coeur est un cours de littérature par l'exemple, souvent copié ou plutôt caricaturé car il ne suffit pas d'écrire n'importe quoi au fil de la plume en couchant un "goddamn" tous les 3 mots pour faire Catcher in the Rhye.
"Baby, baby, baby oooooo, baby, baby, baby, oooooo"