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7 juillet 2006

Hommage à Syd Barrett, par Jnb.

7 juillet 2006 - part 1

Le téléphone sonna dans la boutique de mode de Carnaby Street. Quelqu’un décrocha, puis une voix : — Mr Layne ? On vous demande. Mr Layne ? Arnold Layne, 60 ans, sortit de son bureau, élégant gentleman, les cheveux gris et courts, vêtu d’un costume d’été léger. La boutique lui appartenait et il était fier de sa réussite. Il s’approcha du combiné téléphonique que l’hôtesse lui tendait. — Allo, Arnold Layne ,que puis-je pour vous ? La voix à l’autre bout du fil lui rappelait quelqu’un, mais il avait du mal à entendre les mots qu’on lui disait. Il dit — Je vous entends mal, madame, qui êtes vous ? Et la communication tout à coup fût claire. L’appel venait de Cambridge (un endroit où il n’allait guère). Une Mrs Barrett était au bout du fil. Il comprit en l’écoutant parler qu’il s’agissait de la sœur de ce type qui avait fait, autrefois, une chanson sur lui, Rose, Rosemary. Tout lui revenait maintenant. — Mr Layne, dit la femme, je voulais vous informer du décès de mon frère. Syd. Il est mort, hier.

Arnold fût parcouru d’un tremblement nerveux. Il reposa le combiné sans continuer la conversation. Il ne le raccrocha pas et il pouvait entendre la voix de la femme qui disait : « Monsieur Layne, pouvez vous venir à Cambridge ? Monsieur Layne ? » Layne reprit l’appareil. Il balbutia quelques mots, présentant ses condoléances ; dit que « oui, bien sur, il allait venir ».

Dans son bureau, Arnold rangea quelques affaires. Ce type était mort ! Bon sang ! Et ils avaient le même âge : 60 ans ! C’était beaucoup trop jeune,ça, pour mourir, aujourd’hui! Barrett il ne l’avait plus revu depuis des années. La dernière rencontre avait dû se produire incidemment en 1974 lui semblait-il. Syd était méconnaissable alors. Prématurément vieilli, hors du coup, il logeait dans un hôtel de Chelsea. Plus rien à voir avec le jeune homme brillant ; fascinant,de la fin des sixties. Ils s’étaient salués, avaient échangé deux ou trois mots mais le musicien était visiblement ailleurs. Arnold l’avait laissé et avait rejoint d’autres personnes présents à cette soirée de Chelsea… Il avait remarqué que Syd était sans chaussures, des traces de boue sur ses vêtements !

Tout ce temps qui était passé, depuis, et le chanteur qui s’était retiré dans sa ville natale, y vivait reclus,on le disait malade, ulcère ? diabète ? N’était-ce pas de cela que Rose avait parlé tout à l’heure ? Et lui qui avait ouvert sa boutique, avait réalisé son rêve, était devenu riche. Le destin est étrange.

Merde ! Barrett était mort. Mort. Et ça c’était définitif. Arnold chercha les clefs de la Saab. Prit ses papiers et sortit.

Arrivé à la gare, Arnold Layne gara sa voiture au parking gardé. Il n’aimait guère les voyages en province,ce qui lui convenait c’était Londres, ou Paris, Madrid, Turin aussi. Il appréciait les capitales européennes. Les villes de province anglaises ne lui disaient rien. Cambridge et ses banlieues, ma foi, n’était pas vraiment une destination excitante. Après avoir acheté son billet il repéra le quai qui était le sien. Le train ne partirait que dans une vingtaine de minutes. Il avait donc le temps. Au kiosque il acheta un magazine et le journal du jour. Y avait-il quelque chose sur Barrett là dedans ? Rien. Rien encore. Mais nous n’étions que Samedi et Syd était, avait dit sa sœur, décédé hier matin. Les articles viendraient sûrement avec l’édition du dimanche. Arnold souffla. Il faisait chaud sur le sud de l’Angleterre et sous la serre de la gare la température était bien trop élevée pour lui. C’est au moment où il grimpait dans son wagon qu’il aperçut un visage qui lui était familier. Celui d’une femme. Jolie, élégante quoique légèrement excentrique dans sa tenue ; âgée d’une cinquantaine d’année elle semblait agitée et tirait péniblement un bagage à main en venant vers lui. Arnold s’écarta par politesse pour la laisser passer et elle le remercia. — Je peux vous aider ? demanda Arnold en désignant la valise. — Oui, oui merci. Ce machin est horriblement lourd. On prend toujours trop de choses, n’est-ce pas? — Emily! lâcha alors Arnold à qui tout à coup la mémoire revenait et comme il se trouvait maintenant face à face avec la voyageuse. — Vous êtes bien Emily Young ? La voyageuse dévisagea Arnold, incrédule. — Nous connaissons-nous ? Le couturier tendit sa main en souriant — Permettez-moi de me présenter : Arnold Layne.

7 juillet 2006 - part 2

Le voyage en train jusqu’à Cambridge ne fut, finalement, pas trop désagréable. Arnold et Emily s’étaient assis côte à côte et ils parlèrent de SYD. Emily s’était mariée en 73 puis avait divorcé dix ans plus tard. Elle avait une grande fille de 26 ans qui vivait aux États-Unis. Emily y avait vécu elle aussi, avec son nouveau compagnon,mais ils avaient préféré Londres où désormais elle résidait à Kensington.
Arnold lui demanda ce qu’elle faisait et elle avait répondu qu’elle publiait des livres pour enfants.
— Le créneau rapporte, dit-elle avec un sourire.

Finalement ils avaient réussi tous les deux. Leurs vies étaient agréables. Ils étaient dans la maturité de l’âge et tirés très largement d’affaire. Ils pouvaient profiter des choses de la vie, goutaient à un certain luxe, étaient confortables.

Emily n’avait, elle non plus, plus jamais revu Barrett. Elle s’était de toute façon irritée du ton moqueur de la chanson où il l’avait décrite… Mais, oh! c’était si loin,maintenant !
Les autres membres du groupe, elle ne les avait jamais revus non plus et ce depuis 67. Quelqu’un lui avait envoyé une invitation pour leur prestation de l’été dernier, ce concert caritatif. Ça l’avait beaucoup étonné, dit-elle. Mais elle n’y était pas allée. Tout ça ne l’intéressait plus beaucoup et elle se demandait même si cela intéressait encore les membres du groupe eux-mêmes…

— Tout de même,finit par dire Arnold, je me demande comment Rose a pu retrouver nos numéros ? Comment elle a fait pour savoir où nous étions aujourd’hui? Et surtout, pourquoi elle nous a convié chez Syd ?

Emily opina du chef. En effet c’était étrange. Syd avait, paraît-il, tout oublié de son passé ou bien refusait de s’y intéresser quand on le questionnait à ce sujet. Et puis Syd était mort. Emily sortit de son sac à main une coupure de journal datant d’une année où on voyait l’homme chauve et très amaigri. « Un mort vivant! dit-elle. Je me rappelle avoir eu un pressentiment quand j’ai vu ce truc en Juillet dernier. »
Arnold regarda la photo. Il y avait quelques lignes de commentaire. C’était pris quelques jours avant le Live 8. Oui Syd avait l’air mal en point là dessus. Il pensa aux traits de son propre père qui était mort d’un cancer quelques années auparavant. Il y avait cette maigreur,les traits du visage creusés.

— Syd n’a pas eu de chance, dit-il. Vraiment pas de chance.

Le train arrivait en gare de Cambridge. Arnold aida Emily à sortir sa valise (comptait-elle rester ?) et ils descendirent tous deux sur le quai.
Arnold ressentit à nouveau un tressaillement nerveux dans tout son corps. Une boule d’angoisse lui nouait la gorge.
— L’adresse! fit Emily, vous avez l’adresse?
Arnold hocha la tête positivement.
Puis Emily, nerveusement se mit à rire. Elle dit:
— Il y avait une chanson là dessus, non ??

7 juillet 2006 - part 3

Arnold connaissait mal Cambridge. Combien de fois était-il venu ici ? À peine trois, ou quatre, tout au plus. Il fallait la mort de Barrett pour qu’il y remît les pieds.
Aux alentours de la gare centrale une certaine agitation régnait.
Emily, tirant sa valise, cherchait les stations de taxi. Arnold flanait. Ainsi Syd était resté ici depuis plus de 30 ans ! Sans en sortir. Sans retourner à Londres, sans aucun voyage hors d’Angleterre… Extraordinaire. Le signe,pensa t-il, d’une réelle maladie mentale… Il y avait un cirque qui s’installait sur une place. Les voyageurs qui débarquaient regardaient les caravanes, les camions, le chapiteau qui avait été dressé.
— Ce genre de truc existe encore ? fit Emily. C’est à peine croyable. On a l’impression que c’est quelque chose d’un autre temps, non ? Arnold Layne ne répondit pas. Son attention était, depuis un instant, attirée par une sorte d’enclos, aménagé sous des arbres. Il y avait à l’intérieur un éléphant gris qui semblait tourner en rond.
— Ces cirques me fichent le cafard ! déclara Emily. Trouvons un taxi, je vous en prie Mr Layne. Finissons-en.
Une voiture arriva et prit les deux passagers. Arnold indiqua l’adresse au chauffeur.
Le taxi démarra, quitta bientôt le centre ville pour atteindre les banlieues de Cambridge. La radio était allumée et on entendait un truc des Strokes. Le chanteur clamait « qu’il voulait être oublié ». Puis le taxi s’arrêta.
— Vous y êtes m’sieurs-dames.
Arnold paya la course.
— Vous êtes de la famille, n’est-ce pas ?
Arnold Layne regarda le chauffeur.
— Que voulez-vous dire ?
— Eh bien, du type qui habitait là, non ? Celui qui est mort hier. Vous êtes le deuxième voyage que je fais jusque ici. Depuis ce matin… Je me suis dit que vous aussi vous deviez le connaître, non ? Comment il s’appellait déjà ?
Arnold paya sans répondre. Le taxi redémarra.
Emily avait déjà traversé la petite pelouse qui séparait la maison de la rue. Une maison banale , en briques brunes, adjacente à une autre tout à fait identique. Arnold laissa le taxi s’éloigner et rejoignit Emily. Un vélo était appuyé au mur. Arnold sonna.

C’est Rose qui ouvrit. Elle était pâle. Elle sourit dans un effort visible aux deux voyageurs qu’elle avait elle-même conviés.
-Mme, Mr , soyez les bienvenus! Mon frère a tant insisté. Entrez, entrez donc!

Un linoléum beige recouvrait le sol du couloir.
— Voulez-vous le voir tout de suite? demanda Rose.
Emily et Arnold ne répondirent rien. Rose rajouta :
— Vous savez il est parti très paisiblement… Arnold prit la parole , sa voix était aussi claire que possible :
— Mme, hum, Rose, je m’excuse mais pourquoi nous avoir appelés?
— Mon frère. Syd… enfin Roger a beaucoup insisté vous savez. Vraiment. Il voulait…
Mais elle ne pût terminer sa phrase. Un barrissement retentit dans le jardin. Un barrissement énorme. L’éléphant ! L’éléphant du cirque était là qui approchait sa grosse tête grise de la fenêtre au bout du couloir.
— Mon Dieu! s’exclama Emily. Regardez Arnold ! Regardez !
Et l’éléphant, comme il poussait ses cris longs et lugubres laissait échapper de sa trompe de drôles de bulles. Des bulles transparentes et multicolores à la fois. L’éléphant effervescent !!
Arnold secoua la tête.
— Syd , dit-il, Syd !
Et il ouvrit la porte de la chambre.Il y avait ce corps sur le lit. Étendu. Recouvert d’un drap blanc. Le corps d’un homme qui semblait reposé et qui, dans la mort, paraissait sourire.
Arnold se mit à rire. Tout cela était fou. Mais la vie était folle. Puis tout, dans cette pièce,se mit à danser.

On annonçait David Gilmour à la porte d’entrée.
— Mr Gilmour ! Oh monsieur Gilmour !
La voix de Rose parvenait aux oreilles d’Arnold.
— Syd, murmura t-il, Syd, Syd…Oh Syd !


Fin de l’histoire. Nîmes le 13/07/06.
En hommage à Syd Barrett.



Auteur de la page : Jnb.

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