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Ummagumma mon amour...

L’incorrigible amateur d’expériences folles que je suis n’est jamais resté insensible aux charmes pour le moins ostensibles du troisième enregistrement du Floyd. Quand j’étais ado et que je découvrais ce groupe, je sentais bien qu’il y avait forcément des choses différentes contenues dans ce double boîtier arborant une pochette faussement sobre, mais tellement chargée de symboles… et de références (poupées russes, Warhol, Du Buffet, Breton, le 33tr de Gigi, surréalisme… la totale).

Pink Floyd est un groupe de paumés, du début à la fin, tiraillé entre le fantôme de Barrett, les problèmes d’ego et les pressions liées à leur succès colossal. Pensez plutôt, ces petits bourgeois propulsés sur le devant de la scène par un mentor qui n’est plus des leurs. On appelle ça du saut sans parachute. « Saut » c’est le mot qui me vient à l’esprit quand je pense à Ummagumma. Après la période 67 / 68, toute entière marquée par Barrett (qu’il soit encore ou non dans le groupe), il faut faire un choix : repartir sur les bases connues (Piper et Saucerful), ou se forger une nouvelle identité. C’est la seconde voie qui sera empruntée mais…mais où aller ? Quel est son style au carré de valets Waters/Wright/Mason/Gilmour ? Car après tout, tout ce qu’ils jouent depuis 2 ans n’est pas vraiment eux. Ummagumma, c’est ça, c’est l’album déchiré entre deux mondes : le passé (auquel il faut tourner le dos pour ne pas mourir) et l’avenir, totalement inconnu vers lequel, contraint et forcé, il faut aller.

L’album live est un visage qui regarde une dernière fois le passé Barretien : les quatre morceaux les plus « cosmiques » joués dans leur forme définitive, arrachés à leur petites versions studio étriqués, dynamités, explosés, atomisés… Pink Floyd déchainé et brutal… Pink Floyd est péchu !

Le disque studio est un saut dans le noir. Il faut s’extirper du cadre pop jusque là utilisé, il faut s’extirper du concept de groupe, du concept de mélodie… il faut s’extirper de tout ! Ummagumma, c’est la fuite royale, la fuite en avant. Ummagumma, c’est quatre gars qui ont peur du noir mais qui s’y poussent mutuellement pour être bien sûr de s’y enfoncer tout entier, de s’y perdre, d’y patauger « individuellement-ensemble ».
En cette fin de décennie, ce qui est à la pointe, ce qui, par définition « va de l’avant », c’est la musique contemporaine. Nos 4 gaillards ont une force : ils sont curieux, et ils ont déjà prêté des oreilles attentives aux musiques (dites sérieuses) électroacoustiques et concrètes… surtout celle de Pierre Henry (que je conseille chaudement aux amateurs de Pink Floyd !). En avant les bidouilles sur 4 ou 8 pistes. La musique consiste alors à monter des bandes magnétiques et non plus seulement à jouer ensemble en temps réel. Les esthètes et les plasticiens feront remarquer que ce disque est un loupé magistral (il n’y a aucune dynamique dans certains collages, contrairement à Zappa, les Floyd ne maîtrisent pas les sons en tant qu’objets sonores), mais ce disque possède un truc, un truc qui s’appelle une âme. Ici, Pink Floyd vit, gueule, pète les plombs et met la tête là où les autres ne mettraient pas les pieds. Ce disque est un joyeux bordel, anti étiquette, anti rock, anti intello, anti tout…un disque sans balises ni bouées, un suicide absolu, un disque enfin, qui cultive encore l’amour de l’étrangeté, du surréalisme et du non dit.

La force d’Ummagumma, c’est que le Floyd s’y cherche sans relâche, sans exclusive, sans certitudes, sans honte ni tabou. Son génie, c’est que jamais il ne s’y trouve.



Auteur de la page : Alistair.

article/ummagumma-mon-amour.txt · Dernière modification: 27/06/2011 à 13:34 (modification externe)