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You're listening to KAOS in Los Angeles...

Pochette de Radio K.A.O.S

1987, annus horribilis pour Pink Floyd ? L’année précédente avait vu naître une bruyante bataille juridique après l’annonce par David Gilmour de l’enregistrement à venir d’un nouvel album du groupe sans son bassiste, qui en avait après tout claqué la porte en 85. La querelle entre les deux hommes culmina cette année-là et dépassa le cadre des tribunaux : Waters comme Gilmour étaient bien décidés à prouver que Pink Floyd, c’était lui et pas l’autre, ce mégalomane impitoyable / cet opportuniste sans talent (rayez la mention de votre choix). Et quel meilleur moyen de revendiquer cet héritage qu’en sortant un album ?

Waters tire le premier : son deuxième album solo, Radio KAOS, paraît le 15 juin. Il trouve ses origines dans la rencontre du bassiste avec Jim Ladd, animateur d’une radio de Los Angeles, KMET, en 1979. La grève des mineurs britanniques de 1984-1985 et le bombardement de la Libye par les États-Unis de Reagan seront deux autres sources d’inspiration pour Waters, et tout au long de l’année 1986, il donnera naissance à un nouveau concept-album, provisoirement intitulé Home, à travers l’écriture d’une quinzaine de chansons, qui abordent divers thèmes bien watersiens : la communication, la perte des êtres chers, l’attachement à son foyer et la douleur des expatriés, et, bien sûr, une critique acerbe des pouvoirs en place, accusés d’agir dans le seul but de divertir les masses et d’empocher leurs voix. Le tout est enveloppé dans le cadre d’une fausse émission de radio animée par Jim Ladd, qui lance les chansons et répond aux auditeurs.

Rien de bien surprenant, en somme. Et pourtant, dès les premières notes de Radio Waves, on comprend que quelque chose ne va pas… Car si elle pouvait passer pour moderne en 1987, force est de constater que la production accuse sérieusement son âge, et Waters lui-même l’a depuis reniée. On ne peut qu’admettre qu’elle ampute bon nombre de chansons de leur potentiel émotif. Outre Radio Waves, elle se fait particulièrement sentir sur l’autre titre calibré FM, Sunset Strip, particulièrement insupportable avec ses chœurs ridicules (« ouh ouh, Billy come home! »).

Certes, cela ne fait que deux chansons… mais l’album n’en comporte que huit ! C’est son deuxième gros point faible : sur les seize titres originaux, la moitié ont dû être écartés afin de faire tenir le tout sur un seul disque. Le concept en devient d’autant plus confus, au point qu’un résumé de l’histoire est inclus dans le livret. Mais si encore les chutes étaient de mauvaise qualité ! Trois d’entre elles sont parues en face B des singles extraits de l’album, et elles se révèlent d’une qualité au moins égale, voire carrément supérieure aux titres parus sur le disque (Molly’s Song est particulièrement poignante). Et quand on voit que le titre à l’origine de tout l’album, Get Back to Radio, n’y finit même pas, on peut se demander comment a bien pu se faire la sélection… Heureusement, quelques-uns de ces titres reverront le jour lors de la tournée consécutive.

Mais tout n’est pas si noir : le fil rouge de l’album a beau être biscornu, il reste incroyablement fort, et on retrouve le talent de parolier de Waters intact sur la plupart des titres (Home est remarquable de ce point de vue). La production eighties réussit également à se faire suffisamment discrète sur certains titres pour les rendre agréables, comme Who Needs Information, Me or Him ou The Tide Is Turning, conclusion pleine d’espoir, probablement le meilleur titre de l’album. Quelques idées originales titillent encore l’intérêt de l’auditeur, comme l’absurde séquence du « Fish Report with a Beat », ou le collage sonore inattendu de Four Minutes.

Au final, sans doute le moins bon album solo de Roger Waters, mais pas aussi proverbialement nul qu’on s’accorde à le dire. Il est difficile de ne pas le comparer à A Momentary Lapse of Reason, les deux albums étant sortis la même année (leur production à tous deux en pâtit), dans un contexte de compétition qui tourna évidemment bien vite à l’avantage de celui des deux portant l’estampille « Pink Floyd ». Il me semble toutefois que Radio K.A.O.S. se révèle plus intéressant, simplement par la force de son concept, là où le Floyd tricéphale n’a à offrir que des chansons sans lien aux paroles bien faibles. Je dirais qu’il s’agit d’un album à (re)découvrir : il recèle de belles choses pour peu qu’on parvienne à s’affranchir de son emballage peu enthousiasmant.



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Auteur de la page : Wulfnoth.

article/you-re-listening-to-kaos-in-los-angeles.txt · Dernière modification: 27/06/2011 à 13:34 (modification externe)