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Starless and Bible Black

Scan et transcription de la chronique de l’album Starless and Bible Black par François Ducray, parue dans Rock & Folk en mai 1974.

Scan

Scan de la chronique de Starless and Bible Black

Transcription

KING CRIMSON

STARLESS AND BIBLE BLACK
Island 9101 626 (dist. Phonogram) (P)

« Starless And Bible Black », septième album de King Crimson, l’un des groupes les plus importants. Et pourtant, Robert Fripp : « Je continue à penser que King Crimson n’est pas la plus importante des choses que je fais »… Crimson, un simple véhicule indispensable, le nerf d’une recherche tous azimuts de sons alambiqués ? On a peine à l’admettre, surtout depuis ce nouveau groupe, collectivement responsable de « Larks Tongues In Aspic » et de certains concerts étourdissants de cohésion, d’énergie et de splendeur. Et ce nouvel album ne dément rien, bien au contraire, même s’il provoque un grosse question (la musique et King Crimson est bien trop réfléchie, consciemment fabriquée, pour que le moindre hasard ne dupe, ou que nous la gobions d’un coup, sous prétexte qu’on aime tant le Roi Pourpre). Les deux faces de « Starless And Bible Black » procèdent de deux démarches différentes, mais que l’orchestre veut complémentaires.

Sur la première, six thèmes de quatre à cinq minutes chacun, savamment construits en studio. Sur la seconde, deux longs morceaux captés l’un et l’autre en une seule prise. « The Great Deceiver » et Lament », deux titres parfaits, purement crimsonniens, l’un réminiscent de « Schizoid Man », l’autre plus proche du second album. Wetton chante avec Blub, et de mieux en mieux. « We’ll Let You Know », presque un blues, mais haché par les quatre instruments, Fripp glacial et coupant. « The Night Watch », peut-être la plus belle chanson de King Crimson, cinq minutes chargées d’une émotion irrépressible, comme lorsqu’on pleure soudain après des mois d’une trop bizarre souffrance. Le violon du distingué David Cross grimpe et descend les octaves et la pénible vitesse du flux et du reflux de la douleur (et douloureux celui qui ne comprend pas encore tout à fait assez pour bouger). Une très violente émotion. « Trio », qui suit, exprime l’intelligence des mêmes sentiments, pour vivre cette fois, et les musiciens fignolent encore une thème d’une richesse inouïe, mais… trop court. Et « The Mincer », qui clôt la face, surprend un peu par son étrange arrangement. Quelque chose de magnifiquement inachevé.

Enregistrés live, les deux titres de l’autre face laissent d’abord pantois à cause de la prodigieuse démonstration technique de l’orchestre. Mais les écoutes successives créent une certaine gêne : « Starless And Bible Black », signé en commun (?), semble manquer d’un axe directeur, d’une trace, comme dans « Trio » par exemple. Qui, développé, prendrait une dimension qu’on devine (et regrette) justement en comparant les deux titres. Et les premières minutes de « Fracture », si elles paraissent tout de suite plus consistantes, moins gratuites (relativement, il s’agit de Crimson, et non d’un groupe aussi pesamment vain que Yes) que « Starless », n’empêchent d’évoquer l’album Fripp/Eno, que Robert s’acharne à dire très important, mais dont les pérégrinations paraissent bien éloignées de la rigueur crimsonienne. Mais un break somptueux, digne au moins de « Larks Tongues In Aspic » (part2), vient à point reconquérir toute notre passion jusqu’à la fin du disque. Great.

La question est celle-ci : Fripp, chef d’orchestre King Crimson, peut-il diviser son énergie créatrice sans dommage ? La légère vacuité d’une partie de la seconde face de « Starless » nous oblige au moins à le craindre. Mais l’orchestre en a vu d’autres, et les questions qu’il pose ne prouvent que sa vitalité. Ils sont quatre…

- FRANCOIS DUCRAY



Auteurs de la page : Alistair (scan), Mnzaou (transcription).

king-crimson/starless-and-bible-black.txt · Dernière modification: 27/06/2011 à 13:36 (modification externe)