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A Pig's Tale

Roger Waters Traces the History of Rock’s Most Famous Prop

Traduction de l’article A Pig's Tale: Roger Waters Traces the History of Rock's Most Famous Prop (en) d’Austin Scaggs, publié le 21 mai 2008 dans le numéro 1053 du magazine Rolling Stone. Il s’agit d’une interview de Roger Waters.

L'histoire d'un cochon : Roger Waters retrace l'histoire de l'accessoire le plus légendaire du rock

Le cochon lors du concert de Roger Waters à Coachella en 2008

Dans son numéro 1053, Rolling Stone retrace l’histoire de ce qui est peut-être l’accessoire le plus fameux de l’histoire du rock ‘n’ roll : le cochon gonflable de Pink Floyd. De ses humbles débuts sur la pochette de l’album Animals (1977) à sa récente fugue imprévue de Coachella, le porc est devenu une icône de la culture populaire, méritant même une mention dans un épisode des Simpson. L’homme qui a rêvé ce porcin volant, Roger Waters, a partagé son histoire, de ses origines, à la fin des années 70, jusqu’à son avenir.

Parlons des débuts du cochon. Le premier a été fabriqué en décembre 1976 et s’appelait Algie ?

C’est fort possible. En fait, le premier cochon mesurait environ deux mètres cinquante de long. C’était un prototype que j’avais conçu pour une maquette de la pochette de l’album, afin de la montrer aux garçons. J’ai fait faire ce cochon de plastique et, en gros, je l’ai brandi devant eux sur un bambou afin d’exprimer l’idée d’un cochon gonflable survolant une centrale énergétique.

Pochette d'Animals


Quand avez-vous eu l’idée de cette image ?

Storm [Thorgerson] et [Aubrey] Powell, d’Hipgnosis, avaient réalisé toutes nos pochettes jusqu’alors, et ils avaient avancé quelques idées pour Animals. Nous avions eu les réunions d’usage, et les propositions n’avaient pas soulevé beaucoup d’enthousiasme. À ce moment-là, j’ai dit « Hé, laissez-moi cogiter là-dessus, et on verra si je peux trouver une idée ». J’avais toujours aimé la Battersea Power Station en tant qu’élément architectural. Et je pensais qu’elle avait des liens symboliques intéressants avec Pink Floyd tel qu’il était à l’époque. A) Je me suis dit que c’était une centrale énergétique, ce qui est assez évident. Et B) elle avait quatre cheminées. Si on la retournait, cela faisait comme une table. Et il y avait quatre bouts, comme les quatre membres du groupe. Mais elle était renversée, comme une tortue sur sa carapace : incapable de bouger, en fait. J’avais déjà commencé à penser à utiliser des ballons pendant les concerts, parachuter des moutons et des cochons volants et tout ça. Et donc, je me suis dit, pourquoi ne pas combiner cette idée pour les concerts avec ce symbole d’un groupe de rock décadent ? Et par-dessus le marché, l’aspect le plus évident des cochons volants 1, leur nature tellement absurde. J’ai fait cette maquette et je l’ai présentée au groupe et ils ont tous dit « Ouais, c’est vraiment bien. Faisons ça ! » Alors on a fait faire un gros cochon et on a passé quelques jours à la Battersea Power Station, à attendre les bonnes conditions pour prendre la bonne photographie.

Et vous avez fini par assembler la photographie morceau par morceau ?

Le premier jour, le ciel était parfait, mais le cochon s’est enfui. La corde s’est brisée et il a dérivé, tout droit dans les couloirs aériens d’Heathrow. Le jour suivant, nous avons fait voler un autre cochon, et il faisait un temps magnifique, et les photographies n’étaient donc pas aussi intéressantes que la veille. Donc, en fait, nous avons inséré le cochon du deuxième jour dans la photographie du premier jour, où il n’y avait pas de cochon, parce qu’il s’était déjà enfui. Et c’est ce qui apparaît sur la pochette.

Le cochon lors de la tournée « In the Flesh » de Pink Floyd en 1977


Combien de cochons ont suivi la tournée ?

Il y avait de nombreux cochons, étant donné que pendant la tournée Animals, j’utilisais beaucoup de ballons. Il y avait une famille gonflable : un homme, une femme et deux enfants virgule cinq. Il y avait un réfrigérateur gonflable, et une Cadillac géante. Et il y avait le cochon. Et le cochon était attaché au-dessus de la scène, avec le corps rempli d’hélium et les jambes, de propane. Ensuite, nous allumions le propane. Et le cochon s’enflammait donc chaque nuit, ce qui ajoutait un effet dramatique. Comme vous le savez, l’hélium est un gaz inerte, qui ne brûle pas, mais le propane partait bien, ce qui fournissait une boule de flammes sympathique, mais sous contrôle, à un certain moment du spectacle. Donc, pour Animals, nous utilisions un cochon par nuit.

Combien coûtaient les cochons ?

Je n’en ai absolument aucune idée. Je ne sais même pas combien ils coûtent actuellement. Tout ce qu’on fait pour accroître le potentiel théâtral d’un concert de rock, tout ça revient assez cher. Et nous avions des discussions assez houleuses, dirons-nous, à ce sujet. Certains d’entre nous ne voulaient rien dépenser là-dedans. Et d’autres voulaient. Cela a donc toujours été un sujet de dispute. Dans tous les cas, le cochon apprécia la tournée, et cette tournée donna naissance à The Wall. Et donc, le cochon fit partie intégrante des représentations de The Wall. Il est passé du rose au noir, et a vu son flanc arborer le logo des marteaux croisés. Il est donc devenu plus maléfique, et bien plus représentatif des forces des ténèbres. Il a acquis des yeux rouges et des rails, ce qui lui permettait un petit séjour au milieu du public, pendant Run Like Hell, je crois. Par la suite, je pense qu’il a eu un moment de repos : je n’ai pas utilisé de cochons dans [les tournées] Pros and Cons ou Radio Chaos. Il fut alors ressuscité : je pense que son nom était officiellement « Pink Floyd 1987 Limited ». Ils ont utilisé un cochon en 1987, pendant cette tournée, et ils ont fait de gros efforts pour que je ne les attaque pas en justice [Waters a quitté le Floyd en 85, emmenant avec lui les droits sur le cochon].

Tournée A Momentary Lapse of Reason


En ajoutant des testicules au cochon.

Ils semblent lui avoir ajouté des testicules, à ce qu’on m’a dit. Je n’ai jamais vraiment vu ce cochon, mais ils pensaient que ça suffisait pour que je ne puisse pas les attaquer pour avoir volé mes idées et concepts. Bref, peu importe. Donc, mon p’tit cochon semble avoir participé à cette tournée, à laquelle je n’ai jamais assisté.

L'énorme cochon du concert de Roger Waters à Berlin en 1990


Puis vous l’avez ressorti en 1990 ?

Je crois. Ou Berlin [The Wall Live in Berlin, 1990], où nous avons produit une moitié de cochon. Il était construit sur une sorte d’échafaudage adossé au Mur de Berlin. Je crois que l’échafaudage faisait quelque chose comme 18 mètres de côté, un putain de truc ! Vraiment énorme. Il était gonflé par d’énormes ventilateurs en contre-bas, et il s’agissait simplement d’une tête de cochon. Mais il était si énorme qu’il a renversé une tonne de briques en haut du Mur quand on l’a gonflé. C’était vraiment un chef-d’œuvre d’ingénierie de la part de Mark Fisher et Jonathan Park. Telle fut son incarnation suivante. Il ne s’est jamais enfui, parce qu’il n’avait pas de fesses. Juste une tête et des épaules. Aucune chance de s’envoler, malheureusement.

Un cochon en train d'être décoré pour un concert de Roger Waters.


Avez-vous envisagé d’amener le cochon au Live 8, lorsque Pink Floyd s’est réuni ?

Je voulais le réutiliser, vu qu’il est encore dans un carton quelque part, mais l’idée fut quelque peu déconsidérée, et cela n’aurait sans doute pas été si bien, de toute façon. Avant même le Live 8, quand j’ai commencé à faire ces spectacles il y a près de 10 ans, j’ai recommencé à utiliser des cochons gonflables. Je me suis dit « Hé, je devrais écrire quelque chose sur ce cochon », alors je me suis rendu au concert, j’ai vérifié la sono, j’ai enfilé des gants et j’ai commencé à peindre ce que je voulais sur le flanc du cochon – ce que j’ai fait personnellement pendant une dizaine de concerts. Je garde un étrange souvenir de la première fois que j’ai fait ça à Camden, dans le New Jersey, le même jour où nous avons joué pour la première fois Leaving Beirut. Je faisais mon graffiti, et je me suis dit que c’était absurde, étant donné qu’il y avait des gens vraiment doués pour ça. Alors j’ai commencé à chercher des graffeurs dans chaque ville où nous jouions, et je les ai engagé. Pas seulement pour qu’ils écrivent ce que je voulais sur le cochon, mais pour qu’ils écrivent ce qu’ils voulaient dessus. Une fois, nous étions en Nouvelle-Zélande, et il était couvert de joyeux messages de résistance, de magnifiques dessins, et de paroles d’indigènes qui évoquaient les mauvais traitements qu’ils avaient subi.

Donc, vous aviez un nouveau cochon à chaque fois.

Ouais. On les lâche. À chaque concert en extérieur, on coupe la corde, et le cochon disparaît dans le soleil. Parfois, cela agace les gens : je crois qu’à L.A., ils ont menacé de m’envoyer en prison si je recommençais. Je ne suis pas prêt à aller en prison pour l’amour du cochon ! Vous savez, j’ai dit « D’accord, attachez-le à un très long fil et donnez l’impression qu’il s’envole », mais ramenez-le au sol pour que je ne fasse pas de prison. Il n’y a pas de valves dessus : au fur et à mesure que la pression interne augmente, ils s’élèvent de plus en plus, et finissent toujours par éclater et par retomber. En général, il ne reste que quelques lambeaux de plastique au sol.

Le cochon avant le concert de Roger Waters à Coachella en 2008


Alors que s’est-il passé à Coachella ? Quand le cochon s’est enfui, les organisateurs du festival ont offert une récompense de 10 000 dollars pour son retour, et un morceau du cochon s’est retrouvé dans l’allée de quelqu’un.

J’ai eu cette idée à Coachella, et je l’ai soumise à l’organisateur et à la communauté locale. Cela consistait à lâcher des confettis par avion sur la foule, des confettis portant le nom d’Obama, avec une case cochée. Vous comprenez, juste pour montrer mon support à Obama, pas seulement dans cette campagne pour la nomination démocrate, mais aussi pour novembre, parce que cet homme pourrait bien se révéler une sorte de sauveur pour ce grand pays.

Le cochon pendant le concert de Coachella


Bref, ils ont dit « Certainement pas. Vous ne pouvez pas lâcher des confettis, cela mettrait le bazar. Oubliez ça ! » Mais on l’a fait quand même. Nous avions prévu de lâcher une tonne de confettis ; je crois que ce pilote était un peu casse-cou. Il a largué 30 ou 35 kilos de confettis, qui ont bien sûr manque leur cible pour finir dans les piscines des gens. Ils ont fini par se plaindre que leurs filtres et leurs moteurs étaient bouchés ! Je me suis excusé à plusieurs reprises, parce qu’ils doivent garder de bons rapports avec la communauté locale. C’est un grand festival, et il serait dommage qu’il doive foirer. Alors, ils ont envoyé une centaine d’équipes nettoyer les piscines des gens. Je pense que dans une certaine mesure, c’était [la récompense] une histoire de relations publiques : ils ont dit « Nous vous donnerons 10 000 dollars si vous trouvez le cochon. » Je pense que c’était une tactique de diversion, mais ça s’est révélé très bon, parce que deux personnes ont découverts deux morceaux du cochon, l’un drapé dans un arbuste, et l’autre dans leurs poubelles, et leurs enfants on dit « Vous avez vu de la toile plastique couverte de graffiti par ici ? », et ils ont fait « Ouais, on l’a mise à la poubelle ! » Et ils ont répondu « Sortez-la de là, parce qu’elle vaut dix briques ! » Et j’ai entendu une histoire selon laquelle l’une des femmes qui a découvert un bout du cochon portait un T-shirt Wish You Were Here, ce qui est une coïncidence amusante.

À quoi ressemblait ce cochon ?

Il était particulièrement bien décoré ce cochon. Le type qui l’avait peint est un graffeur très, très doué, et il y avait cette image d’Oncle Sam avec deux hachoirs à viande dans les mains, avec la phrase « Ne cautionnez pas les massacreurs ». C’était tout à fait incroyable, vraiment. Donc, le cochon volera encore au moins jusqu’à St. Petersburg, notre dernier concert, le 6 juin, et nous en aurons donc un particulièrement gros. Mais évidemment, je n’écrirai rien de trop révolutionnaire sur celui-là, sans quoi vous risquez de vous retrouver avec un parapluie empoisonné aux fesses ; c’est comme ça que ça se passe en Russie.

Sauvez notre bacon ! Le cochon lors d'un concert de Roger


Jusqu’à quelle altitude vole le cochon avant d’exploser ?

Eh bien, ça dépend entièrement des conditions météorologiques. À Bombay, par exemple, il est monté tout droit jusqu’à n’être plus qu’un point minuscule, presque invisible. À Coachella, il semble être monté jusqu’à 2000, 2500 mètres. C’est toujours différent. Il voyage là où le vent l’emporte. J’aurais aimé avoir photographié chacun d’entre eux ces trois ou quatre dernières années, juste pour la façon dont ils étaient peints. J’ai reçu des répliques en porcelaine de dix centimètres de long du cochon du Chili et du Pérou, mais avec tous les graffitis en espagnol, reproduits exactement à l’identique. Ils sont vraiment magnifiques. Ils sont sur la cheminée, chez moi. J’y tiens énormément.



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Auteurs de la page : Wulfnoth (traduction, mise en page), manu (images, mise en page), ZeZapatiste (orthographe).

1 NdT : en anglais, l’expression « when pigs fly », « quand les cochons voleront », est équivalente à notre « quand les poules auront des dents ».

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