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Curiosité Spatiale

Scans et transcription de l’article Curiosité Spatiale de Jérôme Soligny paru en août 2007 dans le magazine Rock & Folk. Il s’agit d’un article sur les débuts de Pink Floyd.

Sacré LSD. Lorsque Norman Smith, producteur de The Piper at the Gates of Dawn, premier album de Pink Floyd enregistré en mars 1967 dans le Studio 3 d’Abbey Road, amène ses poulains dans le 2 pour les présenter aux Beatles, John Lennon est en plein trip. les yeux collés au plaf’, il pointe du doigt des ovnis. Quelques heures auparavant, Georges Martin, peu rompu aux hallucinogènes, l’avait laissé seul sur le toit d’Abbey Road (« pour qu’il prenne l’air… »). Après s’être rendu compte qu’il n’y avait là ni garde-corps ni parapet, Paul McCartney a préféré qu’on récupère son partenaire pour éviter que ce voyage soit son dernier. Selon Geoff Emerick, ingénieur du son des Beatles, et Hunter Davis, journaliste au Sunday Times sollicité par Brian Epstein et les Fabs pour rédiger leur biographie autorisée, et présent le 21 mars à cette séance de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, la rencontre des deux formations a manqué de chaleur. les Beatles, c’est bien connu, détestaient être dérangés en plein boulot. Des quatre Pink Floyd, seul Syd Barrett, atomisé lui aussi, n’a rien capté du malaise. Hilare, il a adoré se retrouver en présence de ses héros, sans toutefois échanger plus de deux syllabes avec eux, avant de retourner à ses oignons dans le 3: mettre la touche finale à l’autre disque crucial de la pop anglaise publié ce fameux été de l’amour.

Écrire que le premier Pink Floyd a vu le jour à Cambridge le 6 janvier 1946 n’est pas abusif. C’est là que Roger Keith Barrett, bien né, va grandir, dans les jupes de sa mère et lové dans l’univers fantastiques des contes qu’elle le lui lit. Adolescent, il apprend la guitare et, au début des sixties, sévit avec d’autres élèves de la Cambridge School For Boys au sein de Geoff Mott And The Mottoes, orchestre spécialisé dans la reprise de titres des Shadows. David Gilmour, un ami, gratte avec lui, et la paire se rendra même à Saint-Trop’ en stop, pour y faire la manche. A la Camberwell Art School de Londres, Syd Barrett rejoint ensuite les Abdabs, groupe de rhythm’n’blues monté par des étudiants en architecture. Il chante, joue de la guitare et suggère un changement de nom: Pink Floyd (en référence aux bluesmen Pink Anderson et Floyd Council). Les premières répétitions avec Roger Waters (basse), Rick Wright (claviers) et Nick Mason (batterie) sont chaotiques mais le groupe développe vite un style et un son très personnels, à la base d’instrumentaux pas toujours planants, de sonorités noyées dans l’écho et d’effets spéciaux rudimentaires. Sur scène, au Marquee ou à la Roundhouse, le groupe qui se dit avant-gardiste donne toute sa mesure lors de concerts marathons arrosés de projections psyché (à la base de diapositives peintes). Pink Floyd se produit également au club UFO, sur Tottenham Court Road, et son DJ résident, Joe Boyd, l’accompagne lors de sa première expérience studio, à Sound Technique en février 1967. Parmi les titres couchés sur bande ce jour-là, Arnold Layne, une merveille de chanson pop signée Barrett, sera publiée en face A du premier single de Pink Floyd. Elle contraste avec Interstellar Overdrive, instrumental débridé longuement mûri en live que Syd aime strier de larsens remontés des profondeurs de sa Telecaster. Avec ces deux titres, il dessine les contours du Floyd d’alors. Dans le même temps, Syd Barrett, vulnérable au plan émotionnel ébranlé par le décès de son père et versatile en amour, va trouver dans le LSD un refuge. Une taule en fait, un asile. Paranoïaque, terrorisé par l’idée qu’il se fait de la gloire, il est seul à ne pas jubiler lorsque EMI signe Pink Floyd et avance une fortune de l’époque: 5000 £. En fait, ce contrat marque le début de sa fin et même s’il va composer l’essentiel de The Piper at the Gates of Dawn, ainsi que le magique See Emily Play, second single publié la même année, l’éminence grise du groupe est déjà en partance. D’emblée, Norman Smith convainc Pink Floyd et ses deux managers que Joe Boyd ne sert à rien, puis prend la direction des séances à Abbey Road. Ex-ingénieur du son des Beatles, Smith a repris Parlophone quand George Martin s’en est allé fonder AIR, mais ses supérieurs lui ont vivement de ne pas se planter. Ses 5000 £, EMI entend bien les récupérer. l’histoire les lui rendra, au moins au centuple.

Smith, qui a rencontré le groupe quelques semaines seulement avant la signature, apprécie son audace et va développer pour lui des techniques apprises chez les Beatles, notamment le placement des sons dans la stéréo. Il va également pousser le Floyd à s’impliquer lors des différents stades de la création de Piper…. Barrett est ainsi autorisé à « toucher à la table de mixage » dès son premier disque, chose impensable lorsque les Beatles ou les Stones avaient commencé à enregistrer. Selon Nick Mason, l’enregistrement s’est déroulé sans heurt, mais Smith pense autrement. Lorsqu’il planait à 15 000, Syd était ingérable et, en redescente, jamais moins qu’excécrable. Souvent, on lui faisait enregistrer voix et guitare seul, puis les autres se greffaient sur ses prises. Il fallait se montrer très persuasif pour convaincre l’acariâtre de la justification d’une option. Mais le jeu en vaudra la chandelle et McCartney, passé en voisin durant le mixage, qualifiera The Piper… de… « stupéfiant ».

Western intergalactique

Le disque démarre par Astronomy Domine curiosité spatiale que Peter Jenner, un des deux managers du Floyd, ponctue d’interventions distordues au mégaphone. Le texte traduit la paranoïa qui engonçait Barrett à l’époque, et une autre version, plus longue, sera enregistrée sans lui en 1969 pour Ummagumma. A peine plus orthodoxe, Lucifer Sam (une référence au chat de Syd et à sa petite amie Jenny) sonne comme un générique de série dont le refrain, tiré vers le haut, soulève toutes les questions. Dans Matilda Mother, Syd évoque ses peurs d’enfant et notamment celle du noir. La touche orientale de Rick Wright contribue à l’étrangeté de ce titre capital puisqu’il aborde le thème de la mère, chez qui Barrett ira finir en légume humain. Flaming est une des comptines déjantés dont il avait le secret et qui feront le charme vénéneux de ses disques solo. Pow R. Toc H., référence à une organisation caritative, est un instrumental aux accents jazzy, signé par les quatre membres du groupe, qui dégénère façon western intergalactique en croulant sous les beats costauds de Mason. Celui-ci martèle également dans Take Up Thy Stethoscope and Walk, seule composition de Roger Waters (qui partage le micro avec Syd lors des rares interventions vocales), autres cavalcade délirante dont le groupe s’était fait le champion. La version de Interstellar Overdrive de The Piper…, déclinaison d’un riff chipé à My Little Red Book de Love, est la troisième enregistrée par le groupe et renvoie à ce qu’il était sur scène à l’époque. The Gnome, à ranger dans les ballades enfantines de Barrett et qui doit autant à Tolkien qu’aux nains de jardin, débute comme See Emily Play. Dans Chapter 24, Syd fait rouler les r et les allusions au fameux I Ching, livre des prophéties chinois très en vogue durant les années 60. Dominée par des claviers lancinants et des harmonies éclaboussées de reverb, la chanson hypnotise et introduit idéalement Scarecrow, comptine aux percussions pannées à l’extrême et dont la montée en puissance meurt dans l’œuf. Bike, qui clôt The Piper…, est en apparence plus naïve encore, mais ses effets spéciaux (la sonothèque d’Abbey Road), sa structure hachée et sa fin abrupte lui confèrent un caractère quasi solennel.

Rêve inachevé

Si Sgt Pepper… est le concept-album révolutionnaire et fédérateur de la pop anglaise, The Piper at the Gates of Dawn est monumental car c’est le disque d’une fracture ouverte, béante, hurlante : un testament en guise de coup d’essai, un rêve inachevé et terrible. Dès l’année suivante, Pink Floyd, sans Syd et avec Gilmour, s’envolera pour ailleurs mais jusqu’à aujourd’hui, et davantage encore depuis son décès, les quatre survivants ont vécu avec cet album traumatisant en travers de la gorge, du cœur et de la gloire.

Dans ses rêves

See Emily Play, titre crucial pour Pink Floyd, qui lui ouvrira les portes les portes médiatiques, au départ, se nommait Games of May 1. Il sort en 45 tours le 16 juin 1967. ce titre est, d’après la légande, sorti tout droit d’un rêve de Syd Barrett : « Je dormais dans un bois, après un gala dans le Nord, lorsque je vis venir, à travers les arbres, une jeune fille qui criait et dansait, c’était Emily. » En fait, Emily a bien existé et fréquentait le club UFO, où se produisait The Pink Floyd Sound, ainsi baptisé à l’époque.



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Auteurs de la page : Tsointsoin (scans), Sydalie (transcription), manu (mise en page).

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