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Jardin secret

Scans et transcription de l’interview David Gilmour : Jardin secret parue en décembre 2008 dans le numéro 177 du magazine Guitar part.

David Gilmour : Jardin Secret (page 1)

David Gilmour : Jardin Secret (page 2)

David Gilmour : Jardin Secret (page 3)

Transcription

Quelques semaines avant la tragique disparition du claviériste des Pink Floyd, Richard Wright, David Gilmour, son compagnon de route, livrait une interview vérité à l’occasion de la sortie de son Live in Gdansk, un alléchant coffret réunissant son œuvre solo & floydienne, enregistrée lors d’un concert donné à l’occasion de l’anniversaire de la révolution polonaise.

Le soleil brille sur les berges de la Tamise, près de Hampton Court, en cette fin d’été 2008, qui livre ses dernières chaleurs, offrant un jeu de reflets splendides. C’est dans ce paysage apaisant que l’on retrouve le guitar hero. De son paysage a lui, Pink Floyd à été gommé. Une fâcheuse tendance de la part des membres de ce groupe. Lors de l’interview, il ne sera question que de la sortie de son nouveau coffret album et DVD Live in Gdansk (Dantzig, en français), enregistré avec l’orchestre philharmonique polonais de la Baltique lors de l’ultime date de la tournée On an Island, en 2006. Une tasse de thé brûlante dans la main en signe de bienvenue, nous sommes invités à prendre place dans l’une des pièces art déco de l’Astoria, cette splendide péniche rachetée en 1986 par Gilmour. Dessinée par l’impresario Fred Kario au début du 20e, l’homme qui a fait connaître Charlie Chaplin et Stan Laurel, elle a été pensée pour accueillir un orchestre complet de 90 personnes sur le pont. Gilmour en a fait un studio d’enregistrement, un lieu lumineux, ouvert sur l’extérieur. A Momentary Lapse of Reason, Division Bell ou encore On an Island y ont été enregistrés.

David Gilmour est un animal farouche, de ceux qui se laissent difficilement approcher. Il est connu comme étant l’un des musiciens anglais les plus modestes, mais de fait, parmi les plus silencieux. Il essaye au maximum de préserver sa vie privée et semble encore plus secret sur tout ce qui touche à son glorieux passé au sein de l’un des plus grands groupes de rock, Pink Floyd. De fait, il s’est toujours senti beaucoup plus à l’aise derrière sa Stratocaster noire, laissant la musique parler pour lui, qu’à parler de lui-même. Nous emportons notre hôte vers le souvenir d’autres berges, celles des chantiers navals de Pologne et des grèves de Solidarnosc, qui ont changé la face du monde.


Guitar Part : « Vous avez donné ce concert dans le cadre de la célébration de l’anniversaire de la « révolution polonaise ». Quels sont vos souvenirs de cette époque, en 1976 ? Qu’avez-vous pensé quand vous avez vu les grèves et le tumulte dans les rues de Dantzig à cette époque ? »

David Gilmour : Cela fait longtemps. Je crois profondément en la démocratie. Chacun doit avoir son mot à dire sur la façon dont il souhaite que s’applique son système politique. La doctrine communiste telle qu’elle a été mise en application en Europe de l’Est et en URSS n’est pas ce que je considère comme un synonyme de liberté. Cette bataille pour la liberté, entamée par Lech Walesa et le mouvement Solidarnosc, a créé un moment de grande joie à cette époque. Un sursaut de joie et un grand sentiment de liberté qui on ensuite été salis par la purification ethnique, les combats et les tueries. Toutes ces années de tension… »

Guitar Part : « Au début du documentaire sur le concert, sur le DVD qui accompagne l’album, vous dites : “Voici le mémorial aux 16 hommes qui ont été abattus”. Puis, plus rien. Pas un mot sur vos sentiments sur le sujet, pas une réaction. Pour quelle raison ? »

David Gilmour : « Je pense que mon message personnel s’exprime le mieux quand je joue de la guitare et que je chante. J’aurais l’air ridicule si je devais m’exprimer sur le sujet. Cela n’a rien à voir avec moi. J’étais ravi d’y être. Ils m’ont invité a venir jouer à Dantzig. Et à me rendre au mémorial. J’ai un très grand respect pour tout cela, mais ce n’est pas vraiment mon histoire. Je ne faisais pas partie des gens qui ont fait la différence et je ne tiens certainement pas à m’attirer le moindre mérite en prenant le train en marche. »

Guitar Part : « Au cours de votre carrière avec Pink Floyd ou en solo, est-il arrivé que des implications politiques vous empêchent de jouer quelque part ? »

David Gilmour : « Et bien, nous n’avons jamais joué en Afrique du Sud pendant toute la période où le pays pratiquait la ségrégation raciale. Par ailleurs, les autres pays qui pouvaient poser d’autres problèmes politiques n’avaient pas la capacité d’accueillir ce genre de concerts. Et les concerts n’auraient pas été viables, financièrement parlant. »

Guitar Part : « Avez-vous déjà usé de votre stature d’artiste connu pour des raisons politiques ? »

David Gilmour : « Je soutiens un certain nombre d’organisations de charité 1. »

Guitar Part : « Mais vous n’êtes pas vraiment Bono… »

David Gilmour : « Non, je ne suis pas pourvu de cette conviction qu’une chose est bonne et qu’une autre est complètement mauvaise. Je n’ai pas ce « don » que les Irlandais Geldof et Bono semblent avoir. S’ils font des choses bien, alors “Power to them”. Je n’ai rien contre les artistes qui incluent un discours politique dans leur musique, si c’est ce qu’ils souhaitent faire. Ils peuvent le faire d’une façon subtile, ou pas du tout. Quelquefois, quand ce n’est pas subtil, ça perd de son impact et de son pouvoir, parce que c’est trop surexposé. Mais nous sommes libres de faire ce qu’on veut avec ce “don” … »

Guitar Part : « Vous n’avez jamais cherché non plus à entretenir le mythe de rockstar autour de votre personne. »

David Gilmour : « Je traverse la vie à ma façon, c’est tout. Et ma façon à moi est de rester naturel et d’une certaine façon assez discret. Je tiens à rester capable de faire partie du monde réel. Je veux garder la possibilité d’aller à mon supermarché du coin tranquillement et pouvoir m’acheter à manger à moi-même. Et faire toutes les choses normales que font les individus normaux. Arrive un moment où la célébrité devient une chose très difficile à gérer, mais je pense que si tu maintiens cette normalité, tout cela ne compte pas vraiment. Mais évidemment, ça doit être plus facile pour quelqu’un comme moi que pour Paul McCartney, par exemple. »

Guitar Part : « En tant que musicien mondialement connu, partager le quotidien ordinaire des gens doit constituer une expérience d’humilité. »

David Gilmour : « C’est une ligne de conduite qui me paraît saine. Alors, évidemment, j’aimerais être considéré comme merveilleusement talentueux. Mais en même temps, je tiens vraiment à me fondre dans la masse. Je suis dans le microcosme des célébrités, mais j’essaie d’en rester éloigné le plus possible. »

Guitar Part : « Vous semblez très raisonnable et avoir les pieds sur terre. »

David Gilmour : « Je l’espère. »

Guitar Part : « Cela fait-il partie de votre héritage britannique ? »

David Gilmour : « (Rires) Il y a beaucoup d’Anglais qui ne se comportent pas comme ça… »

Guitar Part : « Peut-être est-ce votre éducation, alors ? »

David Gilmour : « Peut-être, oui. Je viens d’une famille de gens qui lisaient plutôt des journaux de gauche et qui étaient dans l’éducation. Mes parents se sont rencontrés à l’Université de Cambridge. Tous les deux s’intéressaient à l’art. Je suis certain que mon éducation a eu une influence sur moi. Je ressemble plus à mon père. Il était encore plus renfermé que je ne le suis et je pense que le voir être comme ça m’a forcé à être moins renfermé que lui ne pouvait l’être. »

Guitar Part : « Quelles sortes de valeurs ou quelles leçons de vie transmettez-vous à vos enfants ? »

David Gilmour : « Je ne peux pas vraiment dire quelles leçons j’ai reçues en particulier de mon père. Les leçons de la vie, je les ai apprises en la vivant. J’essaierai de transmettre mes conclusions du mieux que je pourrai à mes enfants. L’égalité des chances, être juste, traiter les gens de la façon dont vous aimeriez être traité… Toutes ces valeurs-là. »

Guitar Part : « Y a-t-il encore des choses susceptibles de flatter votre ego ? »

David Gilmour : « La meilleure chose c’est clairement de réaliser un super show, que le public applaudisse à tout rompre à la fin du concert. C’est surtout ça qui me fait plaisir. Je n’ai pas d’objectif plus précis que ça, bien que je sache que j’ai encore beaucoup de choses à prouver. La sécurité en chaque chose n’est jamais absolue. Je veux que des gens écoutent ma musique. Et ce que j’aimerais par-dessus tout, c’est que les gens ressentent ne serait-ce qu’un dixième du plaisir que j’ai pu éprouver au moment ou je l’ai composée et enregistrée. Il y a des petits moments comme ça, où quand tu composes, au milieu des notes, une partie de musique sort de nulle part, que tu arrives à capter et que tu enregistres en studio et là, tu te dis : “putain, c’est génial !” Et là, tu dis “merci” à Dieu ou à la force supérieure qui t’as guidé ce morceau de musique vers toi. J’ai envie de sentir que le public, que les autres personnes dans ce monde sont capables de ressentir cette même émotion, ou ne serait-ce qu’une partie de cette émotion rien qu’en écoutant la musique que je crée. »

Guitar Part : « Est-ce que réciproquement, il y a des musiques qui arrivent toujours à vous émouvoir, jusqu’à à vous tirer les larmes ? »

David Gilmour : « Pas vraiment, ces temps-ci. Juste la mienne. Mais je n’écoute plus des masses de musique aujourd’hui. Je suis trop occupé. Quand j’étais adolescent, et plus tard, quand j’avais une vingtaine d’années, je n’avais pas d’enfants, ni d’engagement. Je n’avais à m’occuper que de ma personne et je n’avais pas grand-chose à faire, donc à cette époque, j’écoutais beaucoup de musique. Mes enfants, eux, sont obsédés par la musique, de la même façon que je l’étais à l’époque. Des fois, je me dis que je suis las, que je suis asséché, que rien ne m’émeut plus : c’est un constat désarmant. Et puis, il y a environ un mois, je suis allé voir Léonard Cohen à Londres. Et là je me suis dit : “Non, Jésus-Christ, je suis encore capable d’être ému !” Mais la plupart du temps, ça m’arrive plutôt en écoutant mes propres morceaux. Quand je suis à la maison en train de les écouter avec Polly 2 sur des enceintes de qualité. Ça me le fait particulièrement sur un morceau comme The Blue, par exemple. Je ne veux pas du tout paraître vantard aux yeux de votre lectorat, mais il y a vraiment des moments où je me dis : “C’est vraiment génial !” Je rêverais de faire un album où chaque instant, chaque moment me procurerait cette sensation. »

Guitar Part : « Êtes-vous en accord avec la théorie qui dit que la bonne musique est celle qui reflète le caractère ou la personnalité de l’artiste ? »

David Gilmour : « Je le crois, oui. C’est probablement le cas. »

Guitar Part : « Je suis un fan de Prince et j’ai cette petite théorie qui se vérifie souvent et qui consiste à savoir si le concert va être bon ou pas en entendant le solo de Purple Rain. Selon la façon dont il est joué, on sait tout de suite si ça va être un grand concert ou pas. Est-ce pareil pour vous ? »

David Gilmour : « Exactement. En ce qui me concerne, je sais que je me sens vraiment dans un bon soir et que je suis inspiré, mes solos vont être les plus éloignés possibles de ce qu’ils sont sur l’album. Et si je ne suis pas très inspiré, je vais me rabattre sur la sécurité, en jouant l’original. Donc si vous m’entendez faire un solo vraiment identique à celui qui est sur l’album, c’est que je ne suis pas franchement inspiré ce soir-là ! »

Guitar Part : « Qu’est ce qui se passe dans votre tête lors de moments comme ça ? Est-ce que votre esprit se met à vagabonder et est-ce que vous vous mettez à penser à ces choses comme laver la voiture le lendemain, ce genre de choses ? »

David Gilmour : « Je suis très professionnel. J’essaie donc de garder l’esprit concentré sur ce que je suis en train de faire. C’est très facile en effet de se déconcentrer et de jouer une chanson tout en se mettant à penser qu’on a la voiture à nettoyer le lendemain, mais je me suis entraîné au fil du temps à focaliser toute mon attention sur mon instrument. Les gens qui sont venus me voir ont payé pour ça et non pour que je pense à mes taches domestiques du lendemain. »

Guitar Part : « La partie solo de Comfortably Numb est considéré par tous comme l’une des plus grandes que vous ayez jamais écrite. Mais lorsqu’on écoute l’album live, on peut considérer que celles Castellorizon et The Blue, issues de votre dernier album solo, sont au moins aussi impressionnantes. »

David Gilmour : « Peut-être est-ce parce que j’ai joué le solo de Comfortably Numb beaucoup trop de fois. C’est très difficile de ne pas se laisser au fil du temps, en jouant ce solo. Mais malgré tout, tu essaies de faire preuve de bravoure, de casser tes habitudes et d’essayer quelque chose de différent dessus pour te renouveler. »

Guitar Part : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas joué la moindre chanson de vos deux premiers albums solo lors de votre dernière tournée ? »

David Gilmour : « J’ai bien essayé de les intégrer, mais pour certaines raisons, ça ne collait pas vraiment. »

Guitar Part : « La plupart des gens vous considèrent comme un guitar hero du rock progressif, mais il y a également un côté guitariste de blues dans votre jeu de guitare. »

David Gilmour : « Vous savez, quand j’étais jeune, j’avais beaucoup de disques de blues. Ce style représente une grande partie de mes influences et de mon jeu, c’est vrai. Mais on peut trouver beaucoup d’autres choses aussi. Mon dernier album On an Island, est un album de blues. Disons, une sorte de blues, du blues à ma sauce. Le blues, c’est vraiment la folk noire-américaine. Je suis un pauvre petit blanc d’Angleterre. Enfin, pas si pauvre… Mais qui essaye de s’exprimer de la meilleure façon qu’il peut. Et je pense que c’est ça le blues, le sujet du blues. Je ne veux pas me restreindre à un blues traditionnel en douze mesures ou quoi que ce soit de ce genre. »

Guitar Part : « Où en êtes-vous de vos futurs projets ? Peut-on envisager un nouvel album solo prochainement ? »

David Gilmour : « Ce n’est pas encore dans les tuyaux dans l’immédiat. Tous ces projets pénètrent la conscience du public durant une très courte période. L’album est sorti en mars 2006, six moi plus tard, je donnais le concert à Dantzig. Après, j’ai disparu pendant quelques temps, le DVD est sorti… Mais dans l’intervalle, les gens ne le voient pas, mais il y a beaucoup de travail. Aujourd’hui, je veux prendre un peu mon temps, tranquillement, aider mes enfants à grandir, passer du temps à la maison avec eux. Il y a pas mal de choses qui sont en route pour un possible nouvel album solo, mais je ne tiens pas à précipiter les choses et a me remettre à travailler sans relâche. »

L’hommage de Gilmour à Wright

« Personne ne peut remplacer Rick Wright. Il était mon partenaire musical et mon ami. Dans le fatras de conjectures sur qui on qu’est-ce qu’était Pink Floyd, l’impact de Rick était fréquemment oublié. Il était doux, modeste, discret, mais sa voix transcendante et son jeu étaient les composantes magiques du son reconnu de Pink Floyd. Je n’ai jamais joué avec quelqu’un comme lui. Le mélange de nos voix et notre télépathie musicale a atteint son premier apogée en 1971 sur Echoes. De mon point de vue, tous les plus grands moments de Pink Floyd portent son empreinte. Après tout, sans Us and Them et The Great Gig in the Sky, qu’il a écrites, qu’auraient été The Dark Side of the Moon? Sans sa touche apaisante, l’album Wish You Were Here n’aurait pas marché. Lors des années qui suivirent, pour certaines raisons, il a un peu perdu sa route durant quelques temps, mais au début des années 90, avec The Division Bell, sa vitalité, son étincelle et son humour sont revenus. Par la suite, ses apparitions sur ma tournée en 2006 étaient incroyablement motivantes et elles provoquaient des standings ovations de la part du public. Il était d’une telle modestie que chacune de ces ovations était une énorme surprise pour lui (pas pour nous). Comme Rick, je trouve difficile d’exprimer mes sentiments par les mots, mais je l’aimais et il me manque énormément. » — David Gilmour.



(Interview : Edwin Ammerlaan/IFA/FASTIMAGE)
Traduction : Romuald Ollivier.



Auteurs de la page : Mnzaou (scans, mise en page), Strangers (transcription).

1 plus de renseignements sur www.davidgilmour.com, ndj
2 sa femme, ndt

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