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Juste une dernière Gdañsk

Transcription de l’article Juste une dernière Gdañsk paru dans Guitarist Magazine. Il s’agit d’une interview de David Gilmour par Mark Blake. Textes et traduction : Jean-Pierre Sabouret.

Transcription

A peine un an après le DVD “Remember That Night”, David Gilmour sort ce massif témoignage du concert historique de Gdaňsk, qui s’est déroulé le 26 août 2006. Le guitariste avait alors été invité dans le chantier naval aujourd’hui désaffecté pour le 26ème anniversaire de Solidarnosk, en présence de son leader mythique Lech Walesa. Ce sera au passage une dernière occasion de revoir le discret Richard Wright, décédé d’un cancer foudroyant le 15 septembre 2008. Accompagné par un garnd orchestre dirigé par le polonais Zbigniew Preisner, Gilmour se montre encore plus magistral, se laissant même aller à des titres de Pink Floyd plutôt rares, comme ce Fat Old Sun, première composition qu’il offrit naguère au groupe et qui a été rejetée d’un récent best-of. Interview Mark Blake.

Qu’est ce qui t’a amené à donner ce concert à Gdañsk ?
On nous a simplement invité à jouer en Pologne et cela nous a paru une excellente idée, surtout pour rendre hommage à ce premier grand mouvement vers la démocratie qui a eu lieu. C’était en outre la dernière date de notre tournée et nous étions très émus. C’était assez étrange pour moi de me retrouver dans cet ancien chantier naval délabré qui va bientôt être revendu à un promoteur immobilier.

Comment as-tu trouvé Lech Valesa ?
Très chaleureux et habile, les qualités qui lui ont permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui. Notre rencontre fut très agréable, mais il nous a offert cette boisson très forte, une sorte de schnaps. Juste après, je devais participer à une conférence de presse et, après avoir été obligé de trinquer deux ou trois fois, il fallait que je réponde sans dire de bêtises à toutes ces questions sur Roger Waters.

Te sentirais-tu capable de marier la politique et la musique ?
Je n’ai rien contre ceux qui veulent utiliser leur notoriété de musicien pour exposer leurs opinions politiques ou philosophiques. J’ai grandi avec les premières chansons politiques très engagées de Bob Dylan. Mais j’avoue que je ne me sens pas assez éloquent ni assez lucide. Je crains de passer le reste de mon existence dans un flou artistique.

Revenons sur ta carrière, te souviens-tu de ton premier concert rémunéré ?
Il ne me semble pas avoir joué pour de l’argent avant l’âge de 17 ans. Le premier groupe dont j’ai fait partie était The Newcomers, nous étions plutôt nuls. Avant cela, j’ai passé une audition et joué une tournée avec un groupe dont je ne me souviens plus du nom. Nous avons donné un concert au lycée d’un village dans le Cambridgeshire. Je n’ai trouve que ce que je faisais avait un tant soit peu de valeur qu’avec un groupe de reprise, Jokers Wild (en 1964), surtout grâce à cette idée de faire des harmonies vocales travaillées.

Quand as-tu commencé à composer ?
Mon premier groupe sérieux, Jokers Wild, était surtout spécialisé dans les reprises pour faire danser les gens. Cela devenait trop ennuyeux et j’ai essayé de composer lorsque mon groupe, qui s’appelait alors Blullit and Flowers, s’était installé en France, vers 1966-67. J’ai notamment le souvenir d’une chanson dont je ne vous parlerai surtout pas, j’ai trop honte. Je ne me suis jamais vraiment imaginé dans une carrière solo. C’était peut être par paresse, mais je ne me suis jamais senti capable de monter en première ligne avec des opinions politiques claires et tranchées comme un Bob Dylan. Ce n’est pas mon truc.

A cette époque, tu as vu Hendrix. A quel point t’as-t-il influencé ?
Il représente une influence majeure sur moi au niveau du jeu, mais il est plus difficile de préciser de quelle façon les gens que tu admires t’influencent lorsque tu commences à composer. C’est toute l’histoire de la musique que tu entends dans ta tête comparée à celle qui ressort lorsqu’on joue. La musique dans ma tête venait d’abord de Leadbelly, puis des Beatles, puis d’Eric Clapton et d’Hendrix. Ce que c’est devenu ensuite est une autre histoire.

Lorsque tu es revenu à Londres, quels étaient tes projets ?
Créer un nouveau groupe avec un répertoire original. Mais je n’avais pas la moindre idée de ceux avec lesquels je pouvais former un groupe. Je n’étais revenu à Londres que depuis deux ou trois mois lorsque j’ai reçu la proposition de Pink Floyd. C’étaient des mecs de ma région qui avaient réussi et j’avais déjà donné deux ou trois concerts avec eux à l’époque des jokers Wild.

Il existe une vidéo de Pink Floyd faisant semblant de jouer sur un play-back de “See Emilie Play” pour la télévision belge en 1968. Tu as l’air assez mal à l’aise. Quelles sortes d’idées te traversaient l’esprit à ce moment précis ?
J’essayais encore de m’adapter. Ces deux premières années ont été assez pénibles. Ce n’était pas facile pour moi de remplacer Syd (Barrett) et de savoir où nous allions ensuite. Je me souviens que s’était très différent en studio. J’y jouais très fort et j’étais très intransigeant. Je faisais clairement savoir que j’étais là et que je comptais bien participer.

Quand as-tu commencé à composer seul ?
Je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit avant “Fat Old Sun” (en 1970, sur “Atom Heart Mother”), y avait-il autre chose ?

Tu es crédité sur “The Narrow Way” de l’album “Ummagumma” (1969).
J’ai été pris de peur panique lorsque l’on m’a suggéré que nous composerions une chanson chacun en disant : “Voilà, vous avez dix minutes chacun à remplir !” “Quoi ?” …
Nous étions arrivés à une impasse avec “Ummagumma”. Nous n’avions plus la moindre idée de ce que nous pouvions faire ensuite. Roger progressait en tant qu’auteur pour les textes, et ma paranoïa, associée à la paresse, a installé cette pratique où je créais l’essentiel des musiques et lui, apportait les paroles.

Eprouvais tu de la jalousie envers les dons de Roger ?
Il n’existe pas de talent d’un autre que j’aurais échangé contre le mien. Il y a toujours des moments dans la vie où on peut éprouver de la jalousie, mais c’est généralement irrationnel.

Vous avez rencontré un succès immense avec “The Dark Side Of The Moon” et “Wish You Were Here”, après quoi il y a eu “Animals”, en 1977, où chacun s’accordait à dire que Roger dirigeait le groupe.
Roger a pris l’habitude de dominer, mais j’aime exprimer mes opinions, chose que j’ai faite sur Animals”. Je ne me suis pas senti écarté de cet album. 90% de la chanson “Dogs” est de moi. Cette composition occupait presque toute la première face, ce qui fait la moitié de l’album.

Six mois après la tournée “Animals”, tu es parti enregistrer le premier album solo signé “David Gilmour”.
J’ai été convaincu de le faire par Rick (Wills, basse, futur Foreigner) et Willie Wilson (batterie), les musiciens avec lesquels je jouais en France avant de rejoindre Floyd. Ca n’a pris que trois semaines. Une affaire rondement menée. “There’s No Way Out Of There” est agréable, mais j’ai très hante de certaines autres chansons de l’album.

Ne t’es-tu pas dit à l’époque qu’il pourrait bien ne plus y avoir un nouvel album de Pink Floyd ?
Non, jamais. Cet album solo avait surtout été motivé par la frustration que j’éprouvais et par l’aspect très fastidieux que prenait les choses lorsqu’il s’agissait de préparer un nouvel album de Pink Floyd (“The Wall”) qui a finalement été encore plus long à enregistrer que tout ce qu’on pouvait imaginer (rires).

C’est à cette époque que la discorde s’est installée entre vous ?
Oui, mais les engueulades ne concernaient que la musique. Je me revois assis avec Roger en studio, tous deux à nous dire : “Woaw, ce qu’on vient d’enregistrer sonne d’enfer!”. Mais la domination de Roger était devenue insupportable. Je ne crois pas qu’il cherchait à écraser les gens, c’était son caractère.

“About Face”, ton deuxième album solo, est sorti en 1984, à une époque où Pink Floyd faisait naufrage.
J’étais frustré de voir Pink Floyd s’écrouler et je voulais de nouveau m’évader, mais cette fois avec quelques noms connus pour s’éclater avec moi, comme Stevie Winwood. J’ai réuni cette fantastique équipe de musiciens et on s’est retrouvés à Paris pour mettre au point quelques morceaux ensemble.

Tu as même co-écrit deux chansons avec Pete Townshend (The Who).
Nous avions enregistré une partie de l’album “The Final Cut” aux studios Eel Pie de Pete et il en avait profité pour me dire qu’il avait beaucoup aimé mon premier album solo. Je n’en revenais pas, mais il a ajouté qu’il avait du mal à composer alors qu’il avait des tonnes de textes. Je lui ai fait parvenir deux ou trois morceaux et il est revenu avec les paroles de “Love On The Air”, “All Lovers Are Deranged”, ainsi qu’une troisième chanson, “White City Fighting”, qui s’est retrouvée sur son album solo (“White City : A Novel”)

Pensais tu vraiment te lancer dans une carrière solo à ce moment précis ?
J’imagine que oui. Avec des moyens très réduits, j’ai tourné pour défendre “About Face” et on a même gagné de l’argent. La vérité, c’est qu’il y avait de fortes probabilités pour qu’une carrière solo soit ma seule chance de gagner ma vie. Roger n’avait pas encore quitté Pink Floyd, mais nous ne pouvions plus nous supporter les uns les autres dans le groupe. Ce n’est finalement qu’en décembre 1985 que Roger a envoyer une lettre à EMI (la maison de disques de Pink Floyd) expliquant qu’il plaquait tout. Il n’y a pas eu un instant après cela où j’ai pensé que nous ne pouvions pas continuer sous le nom de Pink Floyd.

Ton caractère résolu a alors repris le dessus ?
Oui, je suis une vraie tête de mule. Mais ce sont souvent vos qualités peuvent devenir vos pires défauts. Pas moments, ces traits de caractère se sont révélés très bénéfiques, et à d’autres ils étaient destructifs. Mon refus de me soumettre au bon vouloir de Roger a été nuisible pour l’unité du groupe.

Tu imagines ce à quoi aurait ressemblé l’album de Pink Floyd si tu avais fini pas t’entendre avec Roger Waters ?
Dieu sait ce que ça aurait donné … Mais, personnellement, j’en avais trop marre de me battre pour défendre mes opinions musicales.

En 1986, tu t’es retrouvé aux commandes de Pink Floyd, faisant revenir Nick Mason puis Rick Wright (lequel avait quitté le groupe en 1981). Roger te manquait-il en tant que co-compositeur ou en studio ?
Si s’était le cas, je ne crois pas que je m’en souviendrais.

Avec le recul, que t’inspire l’album “A Momentary Lapse Of Reason” aujourd’hui ?
Il y a des passages merveilleux (“Sorrow”, “On The Turning Away”, “Learning To Fly”). Mais, comme tant d’autres, nous nous étions laissé piéger par le style années 80. Nous étions un peu trop éblouis par toute cette technologie qu’on nous offrait sur un plateau, et Rick et Nick n’étaient pas assez présents. La vérité, c’est qu’au bout d’un mois de la tournée Lapse, Nick et Rick étaient enfin de retour au meilleur niveau, mais, bien évidemment, il y avait encore d’autres personnes dans l’équipe, le percussionniste Gary Wallis, le second clavier Jon Garin … Oui, Jon est excellent, mais Jon n’est pas Rick.

Tu as remonté Pink Floyd en 1994 pour “The Division Bell”, et trouvé au passage une collaboratrice à l’écriture en Polly Samson, que tu as épousé en juillet de la même année …
Je ne peux évoquer quoi que ce soit à partir de “The Division Bell” sans citer Polly pour toute l’aide qu’elle m’a apportée. Mais il nous faut toujours affronter les critiques. Je suppose que c’est le bon vieux syndrome Yoko Ono. Nous avons créé certains classiques de Pink Floyd dans notre dernière incarnation. “High Hopes”, de “The Division Bell”, que Polly et moi avons composé, en fait certainement partie.

Rick Wright a déclaré que la tournée “On An Island” a été la plus agréable qu’il ait jamais faite.
Au début des années 80, on pouvait sous-estimer le talent de Rick dans la mesure où il avait retrouvé ses esprits depuis. Il s’est toujours montré grincheux (comme Manu) sur ce que nous faisions. Il disait souvent des choses du genre : “Hum, ce n’est pas tout à fait la direction musicale que je pensais que nous prendrions”. Il a répété ça à chaque album que nous avons enregistré. Il était comme ça.

Quelles sont les chances de voir un jour un nouvel album de David Gilmour ?
Je ferai certainement un autre album. Je ne me sens pas prêt à prendre ma retraite. Il reste des tonnes de chutes des enregistrements de “On An Island”. Je continue aussi à enregistrer des idées et un de ces quatre je réunirai tout ça et j’y jetterai une oreille.

Et un album de Pink Floyd ?
Je comprends ce que peut représenter tout ce business Pink Floyd pour les gens. Mais cela ne me concerne plus. J’y ai vécu certains des meilleurs moments de ma vie et nous avons créé des musiques merveilleuses, mais vouloir refaire ça serait une imposture. A mon âge, je suis devenu complètement égoïste et j’ai uniquement envie de me faire plaisir. Je ne supporterais pas une nouvelle tournée Pink Floyd.



Auteur de la page : Mnzaou (transcription, mise en page).

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