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L'alchimiste des émotions

Transcription et scans de l’article L’alchimiste des émotions de Mathieu Rocques, paru en avril 2008 dans le numéro 25 du magazine Guitare Xtreme. Il s’agit d’un article sur David Gilmour qui ravira les guitaristes puisqu’il décortique en détail le jeu et le matériel utilisé par Gilmour : guitares, micros, switchs, amplis, effets… tout y est ! Il y a également un passage sur l’évolution de sa black strat, de 1970 à aujourd’hui.


Il y a tout juste quatre décennies, le brillant David Gilmour détrônait le roi fou Syd Barrett, et prenait sa place au sein de Pink Floyd, pour changer l’histoire du rock et de la guitare. Mais, l’année 2008 fête, également, un autre anniversaire : celui des trente cinq ans de The Dark Side of the Moon, l’album du Floyd qui s’est vendu, à plus de trente million d’exemplaire. Il est aussi question de matos, puisque Custom Shop Fender devrait (ceci est sous réserve, mais comme on dit, il n’y a pas de fumée sans feu), réaliser en 2008 un modèle « reliqué » de la fameuse « Black Strat » de Gilmour. Les fans hardcore du guitariste sont, donc, sur le grill. Trois bonnes raisons, donc, pour Guitare Xtreme de retracer, pour vous, l’itinéraire d’un enfant gâté du rock. « Olive sur la pizza », GHS vient de mettre sur le marché deux jeux de cordes Signature. Décidément, 2008 sera l’année Gilmour !

Plus que tout autre musicien au monde, David Gilmour, le Guitariste de Pink Floyd , incarne, à lui tout seul, un son, un souffle, un chant universel capable de transcender la voix humaine, et de caresser les zones érogènes de nos oreilles et de nos souvenirs. Car enfin, il faut vraiment être anesthésié du palpitant pour n’avoir jamais versé de larmes, lorsque les doigts puissants de cet enfant prodige, certainement guidé par une inspiration supérieure, malaxent les cordes de ses Stratos pour donner vie aux solos aériens de Comfortably Numb, Time ou encore Shine On You Crazy Diamond. Nous parlons d’un homme qui a su, totalement, apprivoiser le blues, ses racines, sa vérité fondamentale, pour en faire un émetteur électrique géant, un véhicule émotionnel capable de transporter les gens dans un torrent de vibrations quadriphoniques (propulsées par les sonos géantes utilisées pas Pink Floyd lors de ses tournées, qui diffusaient le son à 180°). Derrière autant de goût et de talent, il y a, aussi, un travail colossal, un jeu de guitare faussement simpliste, s’articulant autour de multiples techniques très difficiles à maîtriser. Sans oublier, bien sûr, une armurerie plutôt bien garnie, côté guitare, amplis et effets. Guitare Xtreme vous invite à vous mettre en orbite autour de cet as(tre) de la guitare, et de découvrir son côté obscure, en vous approchant, le plus près possible, de ce rêve qu’il éveille en nous, à chaque fois que nous l’écoutons jouer.

1 – UN HOMME DE QUALITÉ

Toujours fidèle en amitié

Même après le décollage planétaire du Floyd, Gilmour a toujours pris soin de son ami Syd Barrett, malade et replié sur lui-même dans la maison de sa mère, à Cambridge. Il s’assurait personnellement que ses chèques de royalties lui soient dûment remis. Plus tard, après que la tyrannie de Roger Waters ait usé le moral et la santé de Rick Wright (clavier) et de Nick Mason (batterie), David leur a redonné courage et confiance pour continuer d’assumer leur rôle au sein du Floyd. Il n’a pas, non plus, oublié Dick Parry, le saxophoniste avec lequel il a commencé sa carrière en jouant dans les pubs. Outre sa participation à Dark Side of the Moon, Parry est devenu, grâce à lui, le sax attitré du Floyd.

Charisme et engagement

David soutient passionnément de nombreuses associations caritatives, et plus particulièrement, celle des sans-abri. Aujourd’hui, Vice-Président de l’œuvre de charité CRISIS, il a fait don à l’association d’une somme correspondante à la plus-value réalisée suite à la vente de sa maison londonienne. Durant sa carrière, il a participé à des programmes de musicothérapie, destinés à soulager les enfants atteints de cancer, ainsi qu’à de nombreux concerts caritatifs, afin de défendre des causes humanitaires (Amnesty International, Live 8).

British jusqu'au bout des ongles

Alors que la plupart des rock stars du Royaume Uni s’exile pour échapper au fisc, Gilmour reste fidèle à ses origines british, qu’il revendique par-dessus tout. En effet, comme il l’a souvent déclaré :

« Rien ne me fera jamais quitter mon Angleterre natale et la nouvelle propriété londonienne, dans laquelle je passe le plus clair de mon temps avec ma famille. »

Marin d'eau douce

David a installé son lieu de travail dans une péniche de 30 mètres de long, l’Astoria, sur les bords de la Tamise. C’est dans ce studio qu’il a enregistré les deux albums du Floyd, sans Roger Waters, A Momentary Lapse of Reason et The Division Bell, ainsi que son dernier opus solo. Des plongeurs / pirateurs ont même essayé de sonder la coque du bateau pour enregistrer des bribes de musique.

La loyauté incarnée

Toujours très fidèle à ses convictions quant à la non-reformation du Floyd, Gilmour refuse toujours de céder à l’appât du gain. Il a, même, décliné une offre de 150 millions de dollars faite par des promoteurs, pour une tournée de reformation du groupe suite au concert exceptionnel du Live 8. Tous les autres membres du groupe étaient pourtant enthousiastes à l’idée de repartir sur la route … Égoïste ou loyal envers lui-même. Toujours est il que le guitariste à préféré privilégier son album On An Island.

2 – SON JEU

Un toucher en or massif
En analysant le jeu de Gilmour en solo, on s’aperçoit rapidement, qu’il ne tourne qu’autour des gammes pentatoniques, et ce, dans leur forme la plus pure, puisque les chromatiques sont rarement utilisées. Les doigtés utilisés sollicitent très rarement l’auriculaire. Voyons tout cela plus en détail à l’aide de trois extraits de solos caractéristiques, choisis et relevés par nos soins.

TECHNIQUES PARTICULIERES

BENDING

Gilmour articule ses plans autour des bends. Non seulement cette technique lui permet d’étendre la palette expressive de son jeu, mais aussi de jouer sur l’ambiguïté des couleurs harmoniques (les fameuses blue-notes). Sa maîtrise des pré-bends (la corde est tirée avant l’attaque de la note) est spectaculaire, et sa justesse toujours irréprochable (4éme mesure de l’Ex-2). Mais, sa signature imparable, c’est le bend à plusieurs niveau (Ex-3). La corde est tirée pour atteindre une première note, tirée une seconde fois dans la foulée, pour en atteindre une seconde, puis relâchée.

GROOVE ET PLACEMENTS RHYTMIQUES

Pour donner du relief à ses solos, Gilmour use de son incroyable sens rythmique. En observant l’Ex-1, on constate que les motifs débutent rarement sur le premier temps, et que beaucoup d’attaques sont anticipées à l’aide de syncopes. Ce sont ces nuances, qui maintiennent constamment un effet de surprise chez l’auditeur.

VIBRATO

L’expressivité passe beaucoup par le vibrato. Gilmour raconte :

« Le vibrato mécanique et celui produit par la main gauche n’ont pas du tout le même rendu sonore. Personnellement, j’utilise les deux, sans même y penser. »

Sur l’Ex-1, les vibrés sont réalisés à l’aide du vibrato de la Stratocaster. Sur les guitares de Gilmour, il est réglé de façon à pouvoir être tiré légèrement vers l’arrière. L’action, quant à elle, est complètement standard :

« Suivant les strats, je monte trois ou bien quatre ressorts. Il faut juste que je trouve le bon feeling, en adéquation avec le tirant de corde, monté sur la guitare. J’ai quelques astuces pour améliorer la tenue de l’accord, mais rien de bien important. »

LE CHOIX DES NOTES

Peu de notes, mais toujours les bonnes : voilà comment résumer le jeu mélodique de ce génie. Au début de l’Ex-1, il reste dans la couleur de l’accord, attaquant ses phases par des tierces ou des quintes. Sur la 4ème mesure, il fait sonner le Fa# (quarte augmentée) sur l’accord de Do Majeur, suggérant la couleur du mode Lydien. Sur la mesure suivante, il réutilise le même Fa#, qui, sur le Sol, devient une septième Majeur. Bendée d’un demi-ton, cette note devient un Sol, c’est-à-dire la quinte de l’accord de Do Majeur. Penchons-nous sur l’Ex-2, qui est entièrement basé sur un accord de Ré mineur (mode Dorien). Gilmour attaque avec la septième de l’accord. Sur les doubles-stops de la seconde mesure, il fait intervenir une sixte mineure, qui met en valeur la couleur du mode. Sur l’Ex-3, on remarque que certaines extensions harmoniques, comme la quarte (Ré, première mesure) ou la neuvième (Si, deuxième mesure) peuvent être ciblées à l’aide d’un bend.

3 – SON MATOS

A – Les guitares

L'épopée de la Black Strat tout au long des années

Le Custom Shop Fender devrait, normalement, réaliser une copie « reliquée » de la guitare favorite de David Gilmour, la Back Strat, qui est réapparue en 2003, lors d’un documentaire sur l’enregistrement de The Dark Side of The Moon à la BBC, mais aussi en 2005, à l’occasion du concert de reformation du Floyd pour le Live 8. Retraçons chronologiquement l’épopée de cette Fender d’exception.

  • 1970 – La Black Strat est achetée en mai par Gilmour à New York chez Manny’s, célèbre échoppe très prisée par un certain Hendrix. Le corps, en aulne, date de 69. Le guitariste inaugure le bijou au festival de Bath.
  • 1972 – Le manche d’origine est temporairement remplacé par un modèle en palissandre. David l’utilise abondamment durant les séances de The Wall.
  • 1973 – Un humbucker Gibson est installé entre les micros aigu et milieu.
  • 1974 – Le pickguard blanc d’origine est remplacé par un noir à un seul pli.
  • 1977 – Le micro aigu est remplacé par un Di Marzio FS-1 avant les séances d’Animals. Celui-ci restera en place pour la tournée, et les enregistrements du premier album solo de Gilmour et de The Wall.
  • 1978 – Un switch additionnel est installé, permettant à David de mélanger les deux micros grave et aigu.
  • 1979 – Le single coil aigu est, à nouveau, remplacé par un Seymour Duncan SSL-1 pour la tournée de The Wall. Le micro est toujours en place sur la guitare.
  • 1980 – Pour la tournée The Wall, le manche de 1963 est remplacé au profit d’un * Charvel à 21 frettes. Pour brouiller les pistes, Gilmour fait graver un faux logo Fender sur la crosse.
  • 1982 – le Charvel est remplacé par un manche custon 22 frettes réalisé par *Grover Jackson* (créateur des guitares Jackson).
  • 1983 – Sacrilège : Gilmour perce la table pour équiper l’instrument d’un vibrato khaler.
  • 1986 – La guitare est mise en exposition dans la chaîne Hard Rock Café aux USA.
  • 1997 – David récupère sa guitare. Il fait retirer le chevalet Khaler, et réinstalle le vibrato d’origine.
  • 2005 – Sur le concert du Live 8, le manche d’origine a été replacé sur la guitare. Petit détail : le logo “Original Contour Body” a été retiré.
  • 2006 – David installe le manche 1957 de sa Stratocaster crème, celui dont il préfère le profil.

THE BLACK STRAT BOOK

L’ouvrage ultime.
Le guitar tech de David, Phil Taylor, a sorti, l’année dernière, Le Black Strat Book, un livre retraçant toute l’histoire de l’instrument. Illustré par plus de 170 photos montrant la guitare sous toutes ses coutures, l’ouvrage vaut vraiment le détour (Editions The Black Strat.com).

THE RED STRAT, le son Gilmour d'aujourd'hui

Il s’agit d’une Strat Vintage Reissue 1957, montée avec un kit de micros Actifs EMG (trois single coils SA à basse impédance, équipés d’aimants Alnico). Pour la plupart des sons rythmiques, il fait installer sur la guitare un circuit conçu par EMG, l’EGX, qui joue, en quelque sorte, le rôle d’un égaliseur qui taillerait le signal en V, en relevant les basses et les aigus. Un autre circuit EMG, le SPC, booste généreusement le gain des fréquences médiums, transformant le single coil chevalet en humbucker rugissant. La barre de vibrato a été légèrement raccourcie, de façon à ce que David puisse bien la tenir en main et moduler les notes lorsqu’il attaque les cordes.

La Stratocaster 0001, sa pièce la plus précieuse

La 0001 a vu le jour en juin 1954, et est donc, l’un des premiers modèles fabriqués. L’instrument appartenait à Leo lui-même, et fût racheté par le technicien de Gilmour pour neuf cents dollars.

LES AUTRES GUITARES

Sur les concerts de sa dernière tournée, David utilisait, outre ses Stratos, deux Telecaster Reissue 1952, deux acoustiques Gibson (une chet Atkins et une J-200, ainsi qu’une Martin D35). Petite note historique : contrairement à ce que l’on pense, le solo légendaire d’Another Brick in the Wall n’a pas été joué avec une Strat, mais avec une Gibson Les Paul Gold Top de 1955.

B – Les amplis

Le premier ampli de Gilmour, celui que l’on entend sur A Saucerful of Secrets, est un combo Selmer de 50 Watts. Mais très vite, il adopte les fameux Hiwatt (DR.103, puis AP-100), dont le “headroom” (réserve de dynamique avant la saturation) est hallucinant. Ils fournissent à Gilmour une base claire, lui permettant d’expérimenter toutes sortes de grains différents, à l’aide de Fuzz et d’autres unités d’overdrive. À l’époque, ses enceintes favorites étaient les 4x 12” WEM, qui délivraient un son haute fidélité.
Après la tournée Animals (77), Gilmour tombe irrémédiablement amoureux d’un ampli pour basse Alembic BF-2, appartenant à Roger Waters. L’appareil est modifié, avec l’ajout d’une lampe supplémentaire, dont le rôle était d’ajouter du drive et d’abaisser l’impédance de sortie, et le remplacement de plusieurs condensateurs, de façon à couper les fréquences extra basses. Le signal attaquait les sections de puissance des deux Hiwatt, reliés à une série de deux ou quatre enceintes WEM. Gilmour utilisait toujours les têtes Hiwatt durant les tournées A Momentary Lapse of Reason et Divion Bell, ainsi que des enceintes Marshall 4 x 12” (les WEM ayant fait leur temps), et des speakers rotatifs Doppola pour l’effet Leslie. En studio, afin d’obtenir des textures supplémentaires, des Fender Twin Reverb et Delux Reverb étaient souvent utilisés, et, plus récemment, des Gallien Krueger 250 L :

« Le son de ma guitare sur les disques semble provenir d’amplis vraiment énormes. C’est parfois le cas, mais il ne faut pas se fier aux apparences. Il y a de petits amplis capables de produirent des sons incroyables, pourvu que l’on sache comment les placer et les enregistrer. »

Les amplis du maître sont montés avec des lampes de puissance Mullard E-34, dont la qualité est inimitable, mais qui qui sont devenues quasiment introuvables, et surtout, hors de prix. Heureusement, son backliner, lui en a mis tout un stock au chaud!

C – Les effets

Sur la tournée The Dark Side of The Moon, le pédalier de Gilmour comprenait trois pédales de grain : une Dallas Arbiter Fuzz Face, et deux boosters Colorsound. Les effets leslie étaient obtenus via une pédale Univibe. Pour les délais, deux chambres d’écho à lampes Bison étaient posées sur les enceintes WEM. Pour finir, une wah wah Univox et une pédale de volume.

Les années Cornish

En 1976, le technicien Pete Cornish entre en piste, et devient l’allié sonique de Gilmour. Il conserve, dans un premier temps, la base de son système, mais ajoute une seconde fuzz custom de sa propre conception, et une wah Cry Baby modifiée par ses soins (un switch permettait d’inverser le sens de l’effet). Il ajoute une MXR Phase 100, une MXR Dynacomp et une noise gate MXR.

L'avénement du delay digital

En 77, les échos à bandes sont délaissés au profit de delays digitaux MXR, plus fiables et maniables. Un second phaseur, le Small Stone d’Electro Harmonix, est adopté en plus du MXR Phase 100 (un switch sur le floorboard, permettait de sélectionner l’un ou l’autre), ainsi qu’un flanger Electric Mistress.

Un mur de matos

En 83, pour la sortie de The Final Cut, les pédales Boss débarquent dans le rig de Gilmour, avec un compresseur CE-2 et une disto DS-1. Le circuit de la Fuzz Face est modifié. A l’aube des années 90 (A Momentary Lapse of Reason), Pete Cornish rempalce les delays MXR par des Boss DD-2. Le guitariste allait rentrer dans l’ère des pedalbords géants, entièrement patchés et customisés.

Le pédalier "All Tube Effet System"

Agacé d’entendre son signal détérioré par sa chaîne d’effets, Gilmour imagine un pedalbords qui lui offrirait une pureté sonore identique à celle d’une guitare directement branchée sur un ampli. Le system actuel utilise quatre boucles send / return. La majorité des effets sont branchés dans la seconde boucle (égaliseur Boss GE-7, simulateur d’écho à bande P. Cornish, chorus stéréo P. Cornish, Chandler Tube Driver, delay MXR).Δ



Auteurs de la page : Mnzaou (scan, transcription, mise en page), manu (mise en page).

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