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Les rythmes et l'espace

Transcription de l’article Les rythmes et l’espace publié en janvier 2005 dans le n°9 de Batterie Magazine. Il s’agit d’une interview de Nick Mason.

Couverture de Batterie Magazine

40 ans après l’envol du Floyd, Nick Mason, batteur et seul membre restant depuis la toute première répétition du groupe, nous livre à travers sa biographie Pink Floyd, l’Histoire selon Nick Mason l’histoire de l’un des plus grands groupes de rock de la planète. Une occasion en or qu’il nous était impossible de rater !

Bon nombre de batteurs ne se sont jamais remis de la vidéo Pink Floyd - Live at Pompeii, récemment rééditée en DVD. Dans ce décors antique et poussiéreux, Nick Mason, sans s’en douter, a réalisé sans conteste, sa plus belle performance de batteur. Pourtant, le drummer du Floyd n’a jamais été qualifié de virtuose. Si ses deux grandes forces ont été sa créativité et sa musicalité, il est toujours resté plutôt discret sur les disques. Sa grande intelligence a été de créer de somptueux tapis rythmiques qui laissaient les chansons couler de source, ménageant de l’espace pour les envolées invraisemblables des autres musiciens. Car, Mason est probablement l’un des seuls batteurs de ce monde à pouvoir faire décoller un morceau en épurant ses patterns (la fameuse introduction du solo de Another Brick in the Wall), là où d’autres auraient eu une fâcheuse tendance à débiter des kilos de notes inutiles. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de rendre hommage à celui qui, tout au long de sa carrière, nous a fait rêver du bout de ses baguettes.

« Pink Floyd est-il toujours en vie ? »

Nick Mason : « Nous ne nous voyons pas beaucoup en ce moment. Nous n’avons, pour l’instant, aucun projet concernant l’avenir, mais qui vivre verra. »

« Dans ton livre, tu fais beaucoup d’allusions aux problèmes du groupe avec Roger Waters. »

Nick Mason : « Oui, à plusieurs reprises. Nous savions que Roger était un homme connu pour sortir parfois de ses gonds. Les concerts dans les grands stades, lors de la tournée The Wall, l’ont rendu dépressif, et il a pété les plombs. Il a fini par ne voir que le côté négatif des choses, ce qui le rendait invivable. De plus, il tentait de plus en plus de prendre le contrôle du groupe et imposait son dictat, ce qui nous rendait malheureux. Lorsqu’il est parti, nous étions complètement anéantis. Moi-même, je me demandais si je savais encore jouer de la batterie. La réalisation de A Momentary Lapse of Reason (87) a été pour nous une bonne thérapie. »

« Mais, aujourd’hui, es-tu toujours fâché avec Roger ? »

Nick Mason : « Non, nous sommes redevenus amis, et avons même rejoué ensemble une fois, à l’occasion de l’un de ses concerts. Je suis particulièrement heureux et fier de ça. Pouvoir montrer à mes enfants que l’ont peut renouer une amitié après s’être fâché à ce point avec quelqu’un, c’est une leçon de la vie. Donc oui, nous communiquons à nouveau, et je lui ai même envoyé une copie de mon livre. »

« Donc les rumeurs d’une reformation possible avec Roger Waters pour 2005 sont vraies ? »

Nick Mason : « Non, ces rumeurs de tournée en 2005 avec Roger sont complètement farfelues, et ont été répandues par un magazine anglais. Personnellement, je ne pense pas que ce serait souhaitable. La possibilité d’une tournée sans Roger n’est, en revanche pas exclue. Qui sait ? »

« Si David Gilmour et Rick Wright décidaient de ne plus remonter sur scène, irais-tu jouer avec d’autres personnes ? »

Nick Mason : « Avec qui donc ? Roger Waters ? Syd Barrett ? (rires). Je ne pense pas pour l’instant à la fin du Floyd. J’aurais tout le temps d’y penser si le moment venait. »

« Quel est le premier concert que tu as été voir ? »

Nick Mason : Celui du guitariste Tommy Steele. Je pense que c’était en 1956, ça remonte ! Je l’avais entendu à la radio, ce qui a été ma première expérience avec le rock’n’roll. Après cela, il a absolument fallu que j’aille le voir. »

« Tu te souviens des débuts du Floyd ? »

Nick Mason : « Tout ce dont je me rappelle, c’est que comme tous les gamins de l’époque (66), nous voulions devenir des rock stars. Notre répertoire était constitué de chansons des Rolling Stones et de Bo Diddley, plus quelques standards du blues. Les Beatles étaient une grande influence également. Syd Barrett avait déjà composé 3 ou 4 chansons, et nous avons tous été d’accord pour commencer à les jouer immédiatement, car il s’agissait de bonnes compos. Je me souviens surtout que nous n’étions pas très bons musiciens. »

« A ce point-là ? »

Nick Mason : « Oui, nous étions surtout à un stade d’expérimentation. Les gens devaient se farcir des phases d’improvisation interminables pour avoir droit à quelques minutes de bonne musique. À Londres, cela se passait sans trop de problèmes; le public étaient tolérant, et prêt pour ce genre d’expériences. À la campagne, on se prenait des vestes. Des titres tels que Interstellar Overdrive étaient très mal perçus. Mais, cela nous a permis d’évoluer. »

« Tu as toujours voulu être batteur ? »

Nick Mason : « Aussi loin que je me souvienne, les percussions m’ont toujours fasciné. Très tôt, ma seule ambition était d’être batteur dans un groupe de rock. Mon premier contact avec la musique s’est fait via le piano et le violon, mais ces instruments n’étaient pas fait pour moi, et ne m’excitaient pas plus que ça. Puis, on m’a offert une paire de balais, et l’aventure a commencé.  »

« Aujourd’hui, on dirait que tu as consacrés plus de temps à tes voitures de course qu’à la batterie ? »

Nick Mason : « Pas vraiment, non. Je joue toujours. Mais, j’ai beaucoup de choses à faire. Je dois principalement m’occuper de ma famille, de ma nouvelle maison et puis je viens de finir mon livre. »

« Ton père était, paraît-il, tout comme toi, à fond dans les sports mécaniques. »

Nick Mason : « Exact, mon père était coureur automobile. Il a réalisé des films sur les sports mécaniques. C’est là que j’ai attrapé le virus, parce que je l’accompagnais. J’ai assisté à ma première course lorsque j’avais six ans, je m’en souviens comme si c’était hier. »

« La légende veut que la première des chansons que vous ayez jouée soit Astronomy Domine. C’est vrai ? »

Nick Mason : « Absolument pas. Le premier titre que nous avons répété s’intitulait, si mes souvenirs sont exacts, Lucy Lee in Blue Tight. Nous l’avons même enregistré, mais nous n’avons jamais souhaité le sortir. Le premier disque à paraître a été le single Arnold Layne. Mais, nous n’étions pas un groupe à single. »

« Comment êtes-vous tombés dans le psychédélisme ? »

Nick Mason : « À la base, l’interaction entre les animations visuelles et la musique nous intéressaient beaucoup, alors, nous nous sommes impliqués à fond dans ce concept, qui, par chance, est devenu très populaire à Londres. Notre approche était très avant-gardiste pour l’époque. Ensuite, nous sommes allés plus loin dans cette voie en expérimentant la projection de la lumières à travers les liquides. C’est comme cela que nos shows sont devenus psychédéliques. Ensuite, d’autres groupes ont suivi. »

« Tu expérimentais les drogues à ce moment ? »

Nick Mason : « Non, je dirai que Rick Wright et Roger Waters non plus. Pour nous, c’est venu plus tard, même si à l’époque, cela se faisait très facilement. En revanche, nous buvions beaucoup, mais de là à dire que cela influençait notre son, non. »

« Roger Waters a souvent dit que vous utilisiez le psychédélisme uniquement pour percer. »

Nick Mason : « Il n’a pas tort. La preuve, par la suite, nous avons beaucoup changé. Nous, ce que nous voulions, c’était faire des disques, jouer, et être reconnus. Nous voulions devenir des rock stars, comme les Beatles. La scène psychédélique était le seul contexte où nous pouvions jouer facilement, je pense à un club comme l’UFO par exemple. Nous nous en sommes servis, oui.  »

« Pourtant, vous n’avez jamais renvoyé une image de rock stars. »

Nick Mason : C’est vrai, mais nous sommes quand même rentrés dans ce jeu durant plusieurs années. Aujourd’hui, nous trouvons cela ridicule, car nous étions naïfs, et un peu poseurs. En fait, nous avions aussi l’attitude que l’on nous disait d’avoir. Aujourd’hui, j’aime ma position. Je ne suis pas célèbre. J’appartiens à une entité qui est célèbre : Pink Floyd. C’est complètement différent. »

« Comment Syd a-t-il quitté le groupe ? »

Nick Mason : « Le simple fait de communiquer avec lui était devenu impossible. Il ne venait plus aux répétitions, et a commencer à oublier de se rendre aux concerts. Nous devions jouer sans lui. Au bout d’un moment, nous n’avons plus été le chercher pour aller en tournée. Cette situation nous tracassait énormément. »

« Il était votre principal apport en chansons. »

Nick Mason : « Oui, pour nous, son départ était quasiment le chant du cygne. Nous avons tout fait pour le retenir dans le groupe, jusqu’à l’emmener suivre une thérapie. Mais, il n’a jamais franchi le pas. On se disait, qu’éventuellement, Syd pourrait rester chez lui, à écrire des chansons, pendant que nous serions en tournée. Il a été mal conseillé par son entourage, et a finalement choisi de s’orienter vers une carrière solo. Mais déjà, pendant l’enregistrement de A Saucerful of Secrets, il n’était plus avec nous. Sa chanson Jugband Blues avait été enregistrée quelques mois après la sortie de The Piper at the Gates of Dawn. »

« Finalement, sais-tu ce qui lui est arrivé ? »

Nick Mason : « Non, et je pense sincèrement que personne ne le saura jamais. Les excès d’acide et le succès n’ont rien arrangé, mais sont-ils la cause de son anéantissement ? Car son équilibre psychologique était, de toute façon, très instable. Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis vingt ans. »

« Vous avez tout de même tenté de le garder et de jouer à cinq. »

Nick Mason : « Oui, c’est comme cela que David Gilmour est entré dans le groupe. Nous le connaissions, mais c’était surtout un pote de Syd. Il nous fallait un nouvel élément, quelqu’un capable d’assurer à la guitare, et de chanter. Tout le monde était d’accord pour le choisir, y compris Syd, qui comprenait bien la situation. »

« Tu n’as jamais beaucoup composé pour le groupe. Pourquoi ? »

Nick Mason : « Parce que je ne suis pas un songwritter. Mais, je participe aux arrangements, je suis plutôt du genre à suggérer des choses, en faisait de mon mieux. C’est pour cela que je suis souvent crédité comme co-compositeur sur les chansons. »

« Comment avez-vous eu l’idée du live à Pompeii ? »

Nick Mason : « Le réalisateur Adran Maben nous a présenté un projet, qui nous a tout de suite interpellé. À la base, plutôt intéressé par l’aspect photographique des choses, il souhaitait que nous jouions en playback par dessus les chanson. De notre côté, nous voulions vraiment faire vivre notre musique dans cet environnement magnifique. Nous avons donc amené tout le matériel nécessaire pour jouer live. »

« Considères-tu The Dark Side of the Moon comme votre meilleur album ? »

Nick Mason : « Non. Nous n’avons jamais pensé, après avoir enregistré un disque, que nous avions atteint notre sommet. À chaque fois, nous nous demandions plutôt ce que nous allions faire après. Je considère que chaque album est une étape, faisant partie d’une évolution générale. Ce n’est pas possible de les étiqueter de la sorte. »

« Comment a été conçu Dark Side ? »

Nick Mason : « Un peu en réaction à nos disques précédents, tel que Atom Heart Mother, pour lequel nous avions loué les services d’un grand orchestre. L’idée maîtresse était de redevenir un groupe de rock dans sa plus simple expression, qui compose et joue des chansons. La production était plus ambitieuse, et nous y avons travaillé longtemps. Nous sentions que ce disque allait être un tournant ! »

« Vous avez quand même été vernis question carrière, crois-tu en Dieu ? »

Nick Mason : « Non, du tout. Comme tout le monde, il m’est arrivé de me poser des questions, notamment par rapport à la mort, dont j’ai une frousse bleue. Mais non, je crois en mon dieu Dylan. »

« Sans être morbide puisque tu nous parles de la mort, quelle musique aimerais-tu pour ton enterrement ? »

Nick Mason : « Inna-Gadda-Da-Vida par Iron Butterfly. L’une des grandes parties de batterie qui m’ont marqué. Ce serait un peu sadique de faire écouter ça à toute une assemblée dans ces circonstances, mais sûrement intéressant. »

« Bon, soyons plus gais, dans l’absolu quelles personnalités aimerais-tu pouvoir réunir pour un dîner ? »

Nick Mason : « Tout d’abord, Ayrton Senna, que j’ai eu la chance de rencontrer une fois. Et puis Groucho Marx et Igor Stravinsky. Ce serait une rencontre intéressante et amusante. »

« Quels conseils donnerais-tu aux batteurs ? »

Nick Mason : « Trouvez un bon avocat, ça peut servir dans le métier. Sinon, lorsque vous faites une erreur sur scène, fixez toujours le bassiste du regard… »



Auteur de la page : Julien Gilmour (transcription et scans),

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