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Rick Wright avec ou sans Floyd

Scans et transcription de l’article Rick Wright avec ou sans Floyd de Henry Dumatray, publié en automne 1996 dans le numéro 17 du magasine Rockstyle. Il s’agit d’une interview de Rick Wright.

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Rick Wright avec ou sans Floyd

C’est dans se maison située dans l’arrière pays niçois que Rick Wright a reçu les représentants de la presse française. Objectif : promouvoir Broken China, son troisième album solo. Après un chemin effectué dans deux voitures différentes, j’arrive sur place. L’endroit est magnifique : une résidence superbe avec piscine, jardin magnifiquement arrangé. Pas tape à l’œil, beau et de bon goût. Comme la musique que créé le propriétaire des lieux lorsqu’il œuvre avec son groupe, PINK FLOYD (petite précision réservée aux ignares notoires qui, comme chacun sait, ne lisent pas Rockstyle) ou en solo. Rencontrer un homme de 50 ans qui traîne derrière lui une carrière aussi brillante provoquera toujours chez le journaliste une petite appréhension que chacun tente de masquer à sa façon. Et curieusement, Rick Wright semblait aussi tendu que moi. Le sentiment d’être dérangé dans son intimité ? L’envie que sa démarche soit bien comprise et restituée ? Les deux sans doute, et durant toute l’interview, c’est un homme timide et d’une grande gentillesse qui a répondu à toutes les questions, même les plus dérangeantes. Comment imaginer que celui qui joue devant des dizaines de milliers de personnes depuis presque trente ans puisse faire preuve d’autant de réserve et de modestie alors que d’autres passent plus de temps à se chercher une attitude provocante pour que l’on parle d’eux, n’aimant pas la presse « officiellement » mais menant grand’ train grâce à elle ?
L’interview que vous allez lire (si tout va bien !) restera longtemps dans ma mémoire, parce que j’en attendais beaucoup, et que je n’ai pas été déçu et qu’il est bon parfois que la réalité des faits permette de conserver l’admiration que l’on ne peut manquer d’éprouver pour certains artistes, pour peu que l’on soit passionné par ce qu’on fait. Le claviériste de PINK FLOYD n’a pas besoin de se donner un genre, son œuvre et le succès qu’elle rencontre parle pour lui. Sa musique le prouve : Rick Wright a la classe, en toute simplicité.

Henry Dumatray : « Il se dégage de Broken China une atmosphère très intimiste. »

Rick Wright : « C’est effectivement un album très intime. L’histoire est celle d’une amie qui a souffert de dépression et comme elle m’était très proche, j’ai pu observer ce qui ce passait et je dois avouer que je n’avais jamais rien vu de semblable durant toute ma vie. Ça se passait alors que nous enregistrions The Division Bell. La dépression est une chose effrayante et celle de mon amie m’a beaucoup affecté. J’avais déjà l’intention de faire un album solo à cette époque, et il était inévitable que les émotions que j’ai pu éprouver ainsi que celles de mon amie constituent un véritable catalyseur. Il est toujours facile de dire “je vais écrire un album”, mais il est plus ardu d’en déterminer le sujet. Si tu es simplement un compositeur et que tu écris des morceaux de 4 minutes qui n’ont rien à voir entre eux, il n’y a pas de problème. Mais dans l’histoire de PINK FLOYD, des albums comme Dark Side of the Moon, Wish You Were Here, The Wall et d’autres ont toujours été bâtis autour d’un thème central. Je ne voulais pas faire un album avec simplement douze chansons dessus et la dépression m’a inspiré et poussé à créer une musique qui exprime les sentiments par lesquels je suis passé à cette période ainsi que ceux de mon amie qui traversait cette crise. »

Henry Dumatray : « T’es-tu senti concerné à ce point simplement parce que c’était ton amie ou t’es-tu identifié et as-tu pensé que tu pouvais toi-même être atteint de dépression ? »

Rick Wright : « Tu connais mon histoire avec PINK FLOYD. Après The Wall j’ai quitté le groupe et je suis revenu pour Momentary Lapse of Reason alors que tout avait été écrit pour cet album. J’y avais simplement joué des claviers avant de partir en tournée. Pour The Division Bell nous avions commencé à composer à trois et par ce fait j’étais impliqué. Mais alors que nous étions en pleine réalisation de cet album (que j’aime bien), j’ai tout de même pensé que nous n’étions pas en phase avec ce que PINK FLOYD devait faire, selon moi. Je ne dis pas cela pour critiquer l’album… »

Henry Dumatray : « Tu penses qu’il manquait un concept ? »

Rick Wright : « Je déteste parler de concept album, mais en tant que musicien, et compositeur, j’ai besoin de savoir quelle optique générale aura l’album avant de commencer à travailler dessus. J’aime qu’il soit focalisé dans une direction précise. Je veux connaître la fin de l’histoire avant de commencer à la raconter, si tu vois ce que je veux dire. Donc parallèlement à The Division Bell, il y avait ces troubles qui affectaient mon amie et d’un autre coté, il faut bien admettre qu’il existe toujours une certaine frustration lorsqu’on fait partie d’un groupe. Par conséquent j’avais de toute façon décidé de faire un album solo. La dépression m’a inspiré même s’il faut bien préciser que je n’aime pas trop l’idée d’avoir en quelque sorte utilisé le malaise de quelqu’un pour ma création. J’étais trop impliqué et secoué émotionnellement pour ne pas écrire à ce sujet, et retranscrire cela en musique. »

Henry Dumatray : « As-tu impliqué ton amie dans ce processus ? »

Rick Wright : « Oui, parce que quand les paroles ont dues être écrites, je lui ai demandé ce qu’elle ressentait exactement. Je ne veux pas révéler l’identité de cette personne car je ne veux pas l’utiliser. Elle est très proche de moi pour que cela ait affecté ma vie à tel point que je n’ai pas eu véritablement le choix de parler d’autre chose pour mon album. Je devais vraiment exprimer toutes ces émotions qu’engendraient pour moi sa maladie. »

Henry Dumatray : « Tu as donc utilisé la musique comme thérapie ? »

Rick Wright : « En quelque sorte, oui. Si tu dois traverser des évènements que tu ne comprends pas bien, cela te fait réfléchir. Lorsque tu es proche de la personne concernée, tu vois aussi les docteurs, tu leur parles, et finalement tu t’interroges sur toi-même, sur ta personnalité. La dépression est d’abord physique, et les psy te donnent des médicaments pour compenser cela. Mais ce n’est pas la réponse au problème. La deuxième phase est donc la thérapie, le moment où tu commences à analyser les raisons de la dépression. Souvent on se rend compte (comme c’était le cas pour mon amie) que ça remonte à l’enfance. Des peurs cachées depuis des années qui ressurgissent. Il y a des gens qui ne peuvent éviter le malaise car ils n’ont pas été aimés durant leur enfance. Les quatre étapes sont donc en réalité : l’enfance, l’adolescence (moment où la personne tente d’échapper à ses peurs), puis vient la dépression pour finir par le traitement et la guérison. »

Henry Dumatray : « Ne penses-tu pas qu’il est impossible de soigner le malheur ? »

Rick Wright : « Si, et c’est bien évidemment la personne elle-même qui peut s’en sortir. »

Henry Dumatray : « Une autre condition pour s’en sortir n’est-il pas de pouvoir exprimer ses peurs, extérioriser ses angoisses ? »

Rick Wright : « Si, tout à fait. Personnellement je n’ai jamais souffert de dépression dans le sens clinique du terme, mais il m’arrive d’être touché moralement, d’être terriblement triste ou en colère. Dans ces moments là, je me mets au piano et je laisse mes sentiments s’exprimer à travers la musique que je crée. Je ne suis pas très enclin à parler dans ces circonstances mais je m’exprime par la musique. J’ai la chance de pouvoir relâcher toute cette tension en moi par le biais de la musique. »

Henry Dumatray : « La solution de tous les problèmes n’est-elle pas tout simplement l’amour ? »

Rick Wright : « Si, bien entendu, l’amour peut tout sauver .C’est d’ailleurs ce qui est dit dans le dernier morceau de l’album qui s’intitule Break Through. Je n’ai pas écrit les paroles moi-même, c’est Anthony Moore qui l’a fait après m’avoir écouté et compris. Finalement, il a concrétisé ce que je voulais faire passer. Il s’est même carrément identifié à la situation. »

Henry Dumatray : « Le fait d’écrire des textes avec Anthony Moore signifie t’il que tu manques d’assurance sur ce point ? »

Rick Wright : « Quand j’ai décidé quel serait le sujet de Broken China, j’ai fait appel à Anthony qui a travaillé également sur les deux derniers albums de PINK FLOYD. Il n’est pas seulement parolier mais aussi programmeur, producteur… Il sait faire énormément de choses. Il a été très sympathique et nous avons travaillé en véritable équipe. Il m’a vraiment beaucoup aidé sur la partie technique mais s’est aussi impliqué dans la composition. Ce processus a duré plus d’un an. »

Henry Dumatray : « Tu as également décidé de ne pas impliquer Nick Mason et David Gilmour, pourquoi ? »

Rick Wright : « Pourquoi pas ? J’aime énormément ce que Dave fait à la guitare. J’aurais souhaité qu’il joue sur l’album et je lui ai d’ailleurs demandé. Dans un premier temps il m’a répondu par l’affirmative précisant cependant qu’il ne voulait pas jouer sur plus d’un morceau car il pensait que c’était mon album et qu’il ne devait pas être pris pour un nouveau PINK FLOYD. Dave est donc venu et a joué sur Break Through. Ce qui s’est passé, c’est qu’ensuite Dominic Miller est venu et s’est essayé sur le même morceau et au bout du compte ce qu’il a fait convenait mieux. Quand tu fais un album solo, ça doit avant tout être ton bébé, et pour moi il n’était pas question que Broken China soit trop affilié à PINK FLOYD. »

Henry Dumatray : « Pourquoi as-tu choisi Sinead O’Connor pour chanter sur deux titres ? »

Rick Wright : « Parce qu’elle possède une très belle voix. Quand j’ai fait cet album, je savais que j’allais être le chanteur principal. Cependant il y avait deux morceaux qui devaient absolument être chantés par une femme figurant la personne souffrant de la dépression. Le nom de Sinead m’est venu le premier en tête, je lui ai donc téléphoné sans y croire vraiment car je ne pensais pas qu’elle accepterait. Elle a entendu les morceaux en question et s’y est parfaitement identifié. Elle les a chanté avec beaucoup de conviction. Il y a un autre morceau qui finalement est devenu un instrumental pour lequel j’avais une idée de paroles et que j’aurais bien vu chanté par Peter Gabriel. Je lui ai fait la demande, et il a décliné mon offre,ce que je peux facilement comprendre. Sinead, elle, a accepté. Elle possède une voix formidable et le feeling qui s’en dégage capture complètement l’attention de l’auditeur. »

Henry Dumatray : « Tu chantes la majeur partie des morceaux de Broken China et il t’arrive également de tenir ce rôle à certains moments dans PINK FLOYD. Comptes-tu chanter d’avantage à l’avenir ? »

Rick Wright : « Je n’ai jamais vraiment aimé ma voix. Tu as l’air surpris de m’entendre dire ça, mais honnêtement je n’ai jamais été sûr de moi dans ce domaine. Je me suis souvent contenté de chanter des harmonies à plusieurs voix dans PINK FLOYD (Echoes etc), plus un couplet de lead dans le titre Time. Je ne me suis jamais considéré comme un chanteur à part entière, et mon opinion à ce sujet n’a guère évolué. Mais Broken China étant mon album, il était difficile pour moi de me soustraire à ce poste. »

Henry Dumatray : « Tu utilises ta voix un peu comme un instrument : il semble qu’elle soit fondue dans l’ambiance générale. »

Rick Wright : « Je suis content que tu dises ça et je pense que tu as raison. J’ai toujours considéré que ma voix ne devait pas être autre chose qu’un instrument parmi les autres. Au départ j’ai surtout fredonné en essayant de faire sonner ma voix comme certains instruments, un hautbois ou une trompette. Il ne faut pas généraliser cela à tout l’album mais seulement sur certains passages. »

Henry Dumatray : « Il peut sembler étrange que quelqu’un qui chante devant des centaines de milliers de personnes avec PINK FLOYD ne soit pas sûr de ses capacités vocales ! »

Rick Wright : « J’aime chanter le couplet de Time en concert, mais c’est en harmonie avec Dave. Maintenant il est vrai que j’ai d’avantage confiance en ma voix depuis Broken China car j’ai enfin trouvé le bon moyen de l’utiliser. Je sais comment faire pour mon prochain album ! »

Henry Dumatray : « Quand tu parles d’un prochain album tu évoques un autre album solo ou le prochain PINK FLOYD ? »

Rick Wright : « Ha ha, tu tournes autour du pot ! L’un ou l’autre. La vérité, c’est que David est le chanteur de PINK FLOYD même si j’ai chanté Wearing the Inside Out sur The Division Bell. Je sais que je peux réitérer cela à l’avenir. »

Henry Dumatray : « PINK FLOYD a toujours compté plusieurs chanteurs en son sein. »

Rick Wright : « Oui : David, Roger et Syd. Pour ma part je ne me suis jamais considéré comme un chanteur à part entière. Dave peut moduler sa voix, être puissant ou doux sans problème. Si ma voix peut convenir à ce que PINK FLOYD fera dans l’avenir, je l’utiliserai. »

Henry Dumatray : « Broken China est ton troisième album solo. Peux-tu nous parler un peu des deux autres ? »

Rick Wright : « J’ai fait Wet Dream parce que j’en ressentais alors le besoin mais je n’étais pas vraiment préparé à cela et je ne savais pas bien où j’allais. Au bout du compte cet album me plait assez malgré le coté “amateur” de sa production et de ses textes (car je ne suis pas un parolier). Je trouve que cet album me touche un peu quelque part. Ensuite il y a eu le “Zee Project” qui n’était rien d’autre qu’une expérimentation. J’avais quitté PINK FLOYD, je n’étais pas au mieux à cause de mon divorce, et je ne savais pas bien quoi faire. J’avais fait l’acquisition d’un Fairlight et j’ai tenté de faire un album avec cette machine ancêtre des samplers. Au bout du compte, je me suis aperçu que cette expérimentation n’avait pas fonctionné comme je le souhaitais et j’ai émis le souhait que l’album ne soit pas publié… Mais il le fut tout de même. Pour Broken China je savais où j’allais, j’étais confiant et je suis heureux du résultat. Avec Broken China, je peux affirmer que c’est la première fois que je suis vraiment satisfait d’un album solo. Je sais désormais que je vais continuer dans cette voie et travailler peut-être sur des bandes originales de films, des albums solo, et quand le FLOYD sera prêt… j’y retournerai. »

Henry Dumatray : « Tu as déjà accompli beaucoup de choses, avec PINK FLOYD, comment peux tu affirmer que tu viens seulement de découvrir tes capacités ? »

Rick Wright : « C’est vrai que PINK FLOYD est une partie de ma vie, je découvre simplement ce que je peux faire de mon coté. Il y a toujours une part de frustration personnelle lorsque tu travailles avec d’autres personnes, mais au bout du compte PINK FLOYD a produit de bons albums même si je ne suis pas toujours d’accords à 100% avec ce qui est dessus. Quand tu es dans un groupe, tu es porté par le contexte, tu fais des albums et des tournées qui s’enchaînent sans fin. Puis arrive un moment où tu te dis que tu dois t’exprimer peut-être de façon plus personnelle. C’est ainsi que Broken China a vu le jour. »

Henry Dumatray : « Tu as dit précédemment que tu avais quitté PINK FLOYD après The Wall… »

Rick Wright : « L’histoire a tellement été racontée… »

Henry Dumatray : « Mais on n’a toujours pas entendu LA VRAIE version ! »

Rick Wright : « Ce que tu vas entendre, c’est juste ma version. »

Henry Dumatray : « Et je ne me doute pas que tu me diras la vérité ! »

Rick Wright : « En tout cas ma vision de la vérité. Je suis de bonne humeur et je vais t’en parler librement. Cela a commencé pendant l’enregistrement d’Animals qui est un album sur lequel j’ai été très peu impliqué au niveau de la composition car j’étais alors comme bloqué créativement et je n’écrivais plus guère. J’ai joué sur l’album et je pense même avoir bien joué. A cette époque Roger commençait à avoir des problèmes d’égo et croyait qu’il était PINK FLOYD à lui tout seul. Cela a posé des problèmes à Dave qui n’a d’ailleurs pas beaucoup contribué non plus à l’écriture d’Animals. Ensuite vint The Wall… »

Henry Dumatray : « As-tu vraiment joué sur The Wall ? On a souvent dit que c’était David qui avait assuré les claviers ? »

Rick Wright : « Oui j’ai joué sur l’album. Bob Ezrin le producteur a aussi joué du piano. Roger avait vraiment des problèmes d’égo et ça a clashé entre lui et moi. Si tu demandes à Bob Erzin ce qui c’est passé pendant l’enregistrement de The Wall, il te dira avec le recul que Roger ne m’a donné aucune chance de faire quoi que ce soit. J’étais là et Roger me disait simplement : “non”. Roger avait tout écrit à part Comfortably Numb et Run Like Hell qui sont à mon avis et dans cet ordre les deux meilleurs titres de l’album. Nous étions obligés de travailler à l’étranger parce que nous étions fauchés et nous devions recouvrir les dettes que nous avions en Angleterre. Nos conseillés financiers avaient dépensé tout ce que nous avions : le succès de Dark Side of the Moon et l’argent qu’il avait généré était perdu. La loi est ainsi faite en Angleterre que si tu travailles à l’étranger pendant un an tu n’as pas à payer d’impôts. Donc au même moment Roger avait fait part de son désir de ne plus me voir faire partie du groupe. Je lui ai répondu que j’allais rester malgré sa volonté et lui ai demandé ce qu’il comptait faire en conséquence. Il a alors menacé de reprendre ses compositions et ainsi l’album n’aurait pas vu le jour. Il y a toujours eu des problèmes entre Roger et moi. Je l’énervais et c’était réciproque. Après qu’il ait proféré cette menace, j’ai simplement dit que si nous ne sortions pas l’album nous ne toucherions pas l’argent non plus. Cependant je savais déjà que je ne pourrais plus travailler avec Roger à l’avenir. On m’a alors plus ou moins forcé à partir. Nick et Dave n’étaient pas non plus très à l’aise à cause de cette situation mais d’un autre coté ils avaient peur de ne pas toucher d’argent du tout. Ensuite les choses ont empiré durant The Final Cut. Roger s’était mis en tête de virer Nick et de faire de Dave un simple guitariste sans plus d’implication dans le groupe. Il pensait vraiment être PINK FLOYD… la suite prouva d’ailleurs parfaitement qu’il avait tort. Et moi, je savais quels étaient ses plans. Pendant The Final Cut ça a vraiment chauffé très fort entre Roger et Dave au sujet du choix du producteur et de bien d’autres choses encore. Roger a pensé à arrêter PINK FLOYD, croyant qu’il n’aurait qu’à continuer seul puisqu’il était PINK FLOYD alors que dans son esprit Dave et Nick étaient finis. C’était sa vision. Moi, je regardais ça de loin puisque je n’en faisais plus partie, et je trouvais la situation franchement ridicule. Ensuite tu sais ce qui s’est passé. Roger avait tort de penser qu’il était PINK FLOYD et Dave aurait tort de le croire aussi. PINK FLOYD, c’est Dave, Nick et moi, et Roger aussi, mais il est parti. Voilà l’histoire de la séparation. La seule personne qui pouvait ressusciter le groupe c’était Dave (moi n’étant plus là) et après The Final Cut il y a eu cette bataille entre lui et Roger à propos du nom. Finalement Dave a gagné. »

Henry Dumatray : « On a aussi dit que PINK FLOYD pourrait à l’avenir se reformer avec Roger. Rumeur ou réalité ? »

Rick Wright : « Je n’ai rien entendu de semblable. Je pense simplement que cela correspond aux espoirs de certains. Mais je dois dire que même si j’ai eu de nombreux points de désaccord avec Roger et même s’il est vraiment devenu un tyran à une époque, je le respecte pour ce qu’il a fait et tout ce qu’il pouvait offrir. Je le vois comme un membre du groupe, pas comme le groupe à lui seul. »

Henry Dumatray : « Cela signifie donc que son retour demeure malgré tout impossible ? »

Rick Wright : « Non, rien n’est impossible et je suis même certain que notre maison de disques adorerait cela ! Mais nous avons fait et The Division Bell et je crois que ce qui manque à ces deux albums et ce qui nous manque depuis que Dave, Roger et moi composions ensemble, est cette focale que possédaient tous nos albums les plus réussis. »

Henry Dumatray : « C’est Roger qui a donné la direction de Dark Side of the Moon, Wish You Where Here, Animals et The Wall ! »

Rick Wright : « Absolument, enregistrer Dark Side of the Moon avec lui fut une expérience fantastique et j’affirme qu’il était alors une grande partie de PINK FLOYD. Je ne dirai pas qu’il manque, parce que le groupe a changé. Pour Momentary Lapse of Raison Dave a gardé le nom du groupe et a utilisé différents musiciens. Pour moi c’est un bon album mais ce n’est pas du vrai PINK FLOYD. Pour The division Bell, Nick et moi avons été davantage impliqués. Si tu me demandes aujourd’hui dans quelle direction nous devrions aller, je répondrais simplement que nous devrions faire un autre album de PINK FLOYD ce qui implique que Dave et moi-même devons nous consulter, nous écouter et faire chacun des concessions à l’autre. Si cela se produit, nous aurons un bon album de PINK FLOYD. »

Henry Dumatray : « Mais ne penses-tu pas qu’à ce moment là, l’aide de Roger pourrait s’avérer décisive ? »

Rick Wright : « Tu essaies de me pousser dans les cordes ! J’ai beaucoup de ressentiments personnels envers lui, cependant je dois reconnaître que si nous pouvions surmonter cela, lui, Dave et moi pourrions faire un très bel album. Je ne le nie pas, mais il devra y avoir beaucoup de discussions avant d’en arriver là. »

Henry Dumatray : « Pour cela un premier contact doit être établi. Est-ce déjà le cas ? »

Rick Wright : « Non, ça n’a été ni essayé ni réalisé. La prochaine étape sera que Dave et moi nous contactions et commencions à discuter. Je lui tiendrai alors à peu près ce discours : “Dave, je voudrais faire un nouvel album de PINK FLOYD car j’aime ce groupe et qu’il fait partie de ma vie. Quoi qu’il en soit je pense que tu devrais davantage écouter ce que j’écris et être plus ouvert à mes idées concernant ce que je pense que le groupe devrait faire”. Dave a pris le poids de PINK FLOYD sur ses épaules, il lui a redonné vie et je crois qu’il pensait mériter d’être devenu le boss. Il faut qu’il apprenne… Euh non, il n’a pas besoin d’apprendre, il peut continuer ainsi mais en aucune façon je ne continuerais avec lui si je dois être simplement un joueur d’orgue Hammond, tout simplement parce que j’ai le sentiment d’avoir apporté autant au groupe que lui, avant que tout ce désordre intervienne entre Roger et moi. Je comprends ce que Dave ressent mais c’est psychologiquement compliqué à gérer. C’est pourquoi j’ai souhaité faire un album solo parce que dans un groupe il y a toujours de la frustration. Je me souviens que Roger arrivait toujours avec des idées complètement folles et Dave et moi devions le ramener à certaines réalités. C’est comme ça que nous avons fait Dark Side of the Moon ! Lorsque tu es en solo, tu peux pousser les choses plus loin. Broken China ne s’est absolument pas fait dans la douleur mais dans le plaisir et la joie. »

Henry Dumatray : « Aimerais-tu tourner avec cet album ? »

Rick Wright : « J’adorerais cela car je pense que l’histoire de Broken China pourrait donner de très belles choses visuellement sur scène. Je n’ai pas de projet précis pour l’instant mais si l’album marche bien et génère assez d’argent je le réinvestirai certainement dans une tournée. Ce sera encore un ambiance intimiste, plus un spectacle musical qu’un véritable rock show. »

Henry Dumatray : « Je me suis toujours demandé ce qu’on ressentait sur une scène devant 50.000 personnes, se sent-on tout petit ? »

Rick Wright : « Non, on ne se sent pas petit. Tu veux savoir ce qui serait le plus difficile pour moi (et Dave et Nick partagent ce sentiment) ? Ce serait de jouer dans une pièce devant six personnes qui me regarderaient dans le blanc des yeux. En fait tu peux te cacher derrière les jeux de lumière et les effets pyrotechniques. »

Henry Dumatray : « Et éventuellement prendre le temps d’admirer la vue sur le château de chantilly ? »

Rick Wright : « (rires) Quand même pas. Par exemple j’adore l’Earl’s Court qui contient 4.000 personnes, à peu près comme Bercy je crois ? »

Henry Dumatray : « Bercy ? Mais on peut y compter jusqu’à 16.000 personnes ! »

Rick Wright : « !!! Quoi qu’il en soit, il y a une différence avec Versailles. J’adore l’Earl Court parce que j’y ressens comme une atmosphère intimiste alors que quand nous jouons devant 80.000 personnes, je me demande souvent ce que doit ressentir ce pauvre spectateur perdu dans la foule à plus de 600 mètres de la scène, ce qu’il entend… En fait je n’aime pas ça. La raison pour laquelle nous faisons ce style de concerts dans des stades ou des endroits gigantesques, et je vais être très franc à ce sujet, c’est pour gagner de l’argent. D’un autre coté, les gens savent que nous ne pourrions pas mettre sur pied une infrastructure aussi gigantesque si nous jouions dans des endroits trop petits. Quand nous sommes sur scène, la seule chose que nous entendons, ce sont les 10 premiers rangs. C’est avec eux que j’ai le plus d’échanges. La scène elle même est un endroit assez intime, nous sommes entre musiciens, je regarde Tim Renwick, Nick, Dave, Guy Pratt… Je suis juste concentré sur la musique et si je pensais à tout ce qu’il y a devant la dite scène… je crois que j’arrêterais de jouer sur le champ ! »

Henry Dumatray : « Faisons maintenant un peu de prospective. Il y a la possibilité d’une tournée en solo, un autre album solo et un éventuel album de PINK FLOYD. Quel serait le planning pour tout cela ? »

Rick Wright : « Avant tout, maintenant que j’ai fait Broken China j’ai pris confiance en moi et je sais désormais que je rééditerai cette expérience quoi qu’il arrive. Je suis d’ores et déjà en pourparler dans le but d’enregistrer une bande originale de film. Je veux continuer à travailler avec Anthony Moore car tous les deux nous formons non pas un groupe mais une équipe et j’ai déjà des idées pour un prochain album solo très différent de celui-ci. En ce qui concerne PINK FLOYD, j’appelle ce groupe “un album tous les sept ans”. C’est un peu près à ce rythme que nous avons travaillé ces derniers temps. Je plaisante à ce sujet car si Dave m’appelle l’année prochaine et me dit qu’il voudrait commencer à travailler sur un nouvel album j’en discuterai alors avec lui, à moins que ce ne soit moi qui l’appelle avant. Mais si nous respectons la cadence alors le prochain album sortira en 2001 ! Là encore je plaisante. »

Henry Dumatray : « Ce serait une bien mauvaise nouvelle pour les fans ! »

Rick Wright : « Peut être allons-nous changer la fréquence, je pense d’ailleurs que se serait une bonne chose. Mais personne de la maison de disques ne va venir nous “forcer” à enregistrer un nouvel album. Nous avons fait cela pendant trente ans, je veux faire un nouvel album de PINK FLOYD dès demain, mais si Dave ne ressent pas le même besoin nous attendrons. Tu ne peux pas pousser les gens. Entre temps, je vais continuer à travailler. »



Auteurs de la page : Lbs44 (scans), Mnzaou (transcription), manu (mise en page).

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