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Sans Syd Barrett, Pink Floyd n'aurait jamais existé

Transcription de l’article Sans Syd Barrett, Pink Floyd n’aurait jamais existé de Bruno Lesprit, publié en page 21 du Monde du 29 Avril 2001. C’est une interview de Peter Jenner à propos de Syd Barrett.

Peter Jenner, manager et producteur

Né en 1943, Peter Jenner a été diplômé de l’université de Cambridge et de la London School of Economics avant de devenir l’un des acteurs méconnus parce que non musiciens, mais essentiels de la scène rock britannique des années 1960 et 1970. S’il s’est occupé des activités de Marc Bolan, du label Harvest, des Clash, et aujourd’hui du chanteur anglais Billy Bragg, c’est en tant que premier manager de Pink Floyd, avec son partenaire Andrew King, que l’histoire du rock a retenu son nom. Jenner se lie d’amitié, en 1966, avec Syd Barrett, fondateur du groupe, souvent considéré comme le créateur du rock psychédélique britannique. À l’occasion de la parution de la première compilation consacrée à Barrett 1, Peter Jenner évoque, pour Le Monde, la figure de ce musicien légendaire, qui devait quitter Pink Floyd dès 1968 à cause de problèmes psychiatriques. Après avoir enregistré deux albums solos au début des années 1970, Barrett abandonna sa carrière. Il vit depuis en reclus à Cambridge, sa ville natale.

Bruno Lesprit : « L’idée d’un best of Syd Barrett est surprenante. En dehors de The Piper at the Gates of Dawn, premier album de Pink Floyd, Barrett n’a jamais enregistré que deux albums. »

Peter Jenner : « Bien sûr. Mais l’essentiel est de rappeler à ceux qui ne le connaissent pas son importance. Sans lui, Pink Floyd n’aurait jamais existé. Il était son premier guitariste et chanteur, sa pin-up et son compositeur. Ce groupe était le sien. Ses chansons ont apporté les premiers succès commerciaux. C’est sur cette fondation que Pink Floyd a bâti sa carrière. Roger Waters et David Gilmour ont toujours reconnu leur dette envers Syd. David, par la suite, s’est toujours soucié de sa santé et l’a aidé à enregistrer. »

Bruno Lesprit : « Barrett a-t-il quitté le groupe ou a-t-il été renvoyé ? »

Peter Jenner : « Théoriquement, il a été viré. Mais s’il ne l’avait pas été, Pink Floyd n’aurait pas pu continuer. Il n’était plus capable de participer à un groupe. On a pourtant essayé de le garder. Pink Floyd a compté temporairement cinq membres : comme il était devenu imprévisible sur scène, David Gilmour était censé suppléer Syd. On a aussi songé qu’il reste chez lui pour écrire des chansons pendant que le groupe serait en tournée, comme les Beach Boys l’ont fait avec Brian Wilson. La décision finale n’a pas été agréable à prendre. Il devenait de plus en plus difficile de travailler avec lui, à mesure qu’il s’enfonçait dans l’autodestruction. »

Bruno Lesprit : « Quand vous êtes-vous aperçu que quelque chose ne tournait pas rond ? »

Peter Jenner : « Pendant l’été 1967. Le comportement de Syd devenait de plus en plus excentrique, étrange. Je n’ai pas participé à la tournée américaine, mais j’ai su qu’elle s’était transformée en cauchemar. Le succès du single See Emily Play et la célébrité l’ont profondément perturbé. Nous avions besoin d’un deuxième tube. La pression est devenue terrible pour lui, entre les interviews, les séances photo, les tournées, les enregistrements. Nous comptions sur lui sans nous rendre compte à quel point il était fragile. »

Bruno Lesprit : « Une histoire court pour expliquer son basculement dans la folie. Il aurait pris du LSD pendant des semaines contre son gré chez un couple londonien. »

Peter Jenner : « La rumeur raconte en effet qu’ils ajoutaient de l’acide dans son café chaque matin. Mais Syd savait qu’il vivait dans une acid house ! À l’époque, on attribuait à cette drogue des vertus positives, comme l’élargissement de la conscience. Syd en prenait sans trop savoir ce qui se passerait après. Que pouvait-on faire ? Il vivait sa vie, et on n’était pas des flics. »

Bruno Lesprit : « Vous avez choisi de suivre Barrett. Vous pensiez que sans lui, Pink Floyd n’aurait aucun avenir. Magistrale erreur. »

Peter Jenner : « Oui, mais c’est aussi la raison pour laquelle Roger, David, Rick (Wright) et Nick (Mason) ont tenté de le garder dans le groupe. Sur le moment, cela revenait à imaginer les Beatles sans Lennon, sans McCartney ! J’étais jeune, inexpérimenté, et je ne comprenais rien au business. Je n’ai pas vu que Roger et David deviendraient de grands chanteurs et compositeurs. Beaucoup de gens continuent d’ailleurs de penser que le Floyd n’a pas été aussi bon une fois Syd parti. Son talent était étranger aux conventions. Syd ignorait complètement ce qu’on ne pouvait pas faire.
Parmi toutes les personnes que j’ai rencontrées, Syd est celle qui avait le plus de facilités créatrices. Il a écrit quarante chansons en moins de six mois, avant la parution de The Piper at the Gates of Dawn, au printemps 1967. Les titres de The Madcap Laughs – son premier album solo – datent de cette période, notamment Golden Hair, d’après James Joyce, une chanson fantastique. Je suis resté avec lui parce que j’ai longtemps cru qu’il garderait sa force créatrice. Quand j’ai travaillé en studio pour The Madcap Laughs, on avait l’impression que l’inspiration revenait, puis tout se dissipait. On espérait qu’il reviendrait parmi nous, sur la planète Terre. Mais il est resté sur la planète Syd. »

Bruno Lesprit : « Quel est son héritage ? »

Peter Jenner : « Grâce à lui, Pink Floyd a établi le son psychédélique anglais vers 1966-1967, avec, dans une moindre mesure, Soft Machine. Des chansons longues, des improvisations, de l’écho. Le Floyd a une influence décisive sur la scène électronique jusqu’à aujourd’hui, y compris la dance, ce dont peu de gens sont conscients. Des groupes allemands aussi importants que Can ou Kraftwerk sont redevables du Floyd. »

Bruno Lesprit : « Êtes-vous toujours en contact avec lui ? »

Peter Jenner : « Non, je ne l’ai pas revu depuis une quinzaine d’années, quand il est venu dans mon bureau à Londres. Son premier intérêt était la peinture, et il y est retourné. Il vit de ses chansons et mène une existence très simple. Son souhait est de vivre seul et en paix. Je ne veux pas m’imposer.



Auteurs de la page : manu.

1 En réalité, 4 compilations sont déjà sorties : Syd Barrett (1974), Opel (1988), Octopus, the Best of Syd Barrett (1992) et Crazy Diamond (1993)

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