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Set the Controls for the Heart of the Floyd

Traduction de l’article Set the Controls for the Heart of the Floyd publié en mai 2007 dans le journal anglais Uncut. Il s’agit d’une interview de Roger Waters.

Couverture d'Uncut, mai 2007


C’était lui le génie créatif stylé qui se cachait derrière les plus grands triomphes du Floyd, dont le départ colérique engendra une querelle de plus de 20 ans. Mais alors qu’il projette de ramener l’extravagance de son Dark Side of the Moon sur la scène britannique, Roger Waters raconte à UNCUT pourquoi il serait prêt à rejoindre son ancien groupe – s’ils acceptent de l’avoir en tant que patron.

Uncut : « Pensez-vous que les fans du Floyd vous en ont voulu d’avoir provoqué la “séparation” du groupe et ont pu oublier combien votre contribution à la musique était importante ? »

Roger Waters : « Il n’y a pas de doute que quand nous nous sommes réunis à l’occasion du Live8, les choses ont pris une tournure légèrement différente. De nombreuses personnes nous ont vus à la télé et je pense que ça leur a donné l’opportunité de dire, “Aha, c’est lui, le type qui a écrit ces chansons”, et d’établir ce rapport. Je pense qu’à travers les années qui suivent mon départ en 85, et quand ils ont tourné en 87 et 94, j’étais perçu comme le mec susceptible qui les a quitté sur un coup de tête. Après le Live8, je pense qu’ils ont fait “Eh bien, il n’est peut-être pas si rancunier, après tout”. J’ai complètement apprécié le Live8. J’y suis allé l’esprit et le cœur très très ouverts et j’ai décidé que j’allais tout faire pour que ça se passe bien, et qu’on allait le faire. Donc, oui, je pense que ça a pu changer l’opinion de certaines personnes, en quelque sorte. »

Uncut : « On aurait dit que vous vous étouffiez sur Wish You Were Here. »

Roger Waters : « J’ai placé ma voix un peu trop fort. Mais c’est une chanson que j’adore chanter. J’ai, ce soir-là, chanté seulement le second couplet. Mais j’ai toujours adoré la chanter quand nous partions en tournée, sur la route. Encore maintenant, j’aime beaucoup cette chanson. Je l’ai écrite en 1975, ou quelque chose comme ça, et elle a toujours énormément de sens pour moi. »

Uncut : « Est-ce que c’est plus difficile pour vous de chanter, depuis que Syd Barrett est mort ? »

Roger Waters : « Je fais Shine on You Crazy Diamond dans mon show, également – et je dois dire que c’était légèrement énervant de la jouer, dans les concerts qui suivaient immédiatement la mort de Syd. Je me sens toujours comme connecté avec Syd quand je joue ces morceaux. Shine on You Crazy Diamond, surtout, parle de Syd, mais Wish You Were Here est beaucoup plus générale. »

Uncut : « Le déclin de Syd était-il majoritairement dû à la prise de drogues ? »

Roger Waters : « Oh que oui. Je suis sûr que l’acide a amplifié des symptômes ; lesquels, j’en étais persuadé, allaient se manifester un jour ou l’autre. Mais je ne suis pas neurologue, alors je ne suis pas la personne la mieux placée pour vous répondre. Aux sessions de Top of the Pops que nous avons faites pour See Emily Play (Juin 1967), il commençait déjà à devenir bizarre. Il sortait des trucs comme “John Lennon ne doit pas le faire. Pourquoi le devrais-je?” Il commençait à disjoncter. A partir de ce moment-là, c’est allé assez vite. Vers la fin de 68, il n’était plus opérationnel du tout. »

Uncut : « Ensuite, il a refusé d’aller faire un concert, et vous l’avez renvoyé. C’est comme ça que cela s’est passé ? »

Roger Waters : « Pour être terriblement honnête là-dessus, il y a un concert pour lequel nous ne sommes pas aller le chercher. Un coup, on passait le prendre et on s’est dit “Nan !” On a fait demi-tour et on a assuré le concert sans lui. »

Uncut : « Il paraît qu’il vous est apparu, comme ça, quand vous enregistriez Shine on You Crazy Diamond, et qu’il était assis devant le studio, c’est vrai, ça ? »

Roger Waters : « Oui. C’était à Abbey Road. Il n’était pas assis dehors. Il est carrément venu dans la salle de contrôle. »

Uncut : « N’était-ce qu’un accident ? »

Roger Waters : « Oh, non. Il savait exactement ce qu’il faisait et il savait que nous nous y trouvions. Syd se pointait à certains concerts, s’attendant à pouvoir jouer. Ce jour-là, je ne sais pas trop ce qu’il attendait. C’était une étrange coïncidence que nous travaillions sur Shine on You Crazy Diamond quand il s’est pointé. Je ne l’ai pas reconnu. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un pote à quelqu’un, ce gros type chauve, mangeant des bonbons, au fond du studio. Il me semble que c’est Dave qui a éventuellement dit “Vous avez toujours pas pigé, hein?” et tout à coup j’ai dit “C’est Syd!”. Comme c’était bizarre ! »

Uncut : « Avez-vous déjà partagé l’appétit de Syd pour la drogue ? »

Roger Waters : « J’ai eu beaucoup d’occasions de prendre de l’acide - en fait tout ce dont je pouvais avoir envie, vraiment. J’ai pris deux fois de l’acide. Une fois, je ne sais plus trop en quelle année, mais c’était sur l’île de Patmos, dans l’archipel Grec… C’était pas ce qu’on pouvait trouver sur des morceaux de papier buvard ou de sucre. C’était ce qu’on absorbait d’une bouteille avec une paille, et c’était du lysergique (LSD - n.d.t.) pur. C’était une expérience extraordinaire et ça a duré environ 48 heures. J’en ai pris un peu plus, un ou deux ans plus tard, à New-York. Je me souviens être resté planté comme un imbécile au beau milieu de la nuit sur la 8ème Avenue, cherchant de quoi manger et fixant des yeux les feux tricolores. Je me disais “Oh non, je ne recommencerai plus jamais. Non, ça suffit comme ça, assez!” Si vous voulez connaître l’historique intégral de ma prise de drogue, j’ai fumé de la dope pendant quelques petites années parce que ça me donnait l’impression de vaincre mon addiction au tabac. J’arrêtais de fumer la clope, mais je me roulais un joint tous les matins. J’étais complètement à côté de mes pompes, pendant un ou deux ans, à faire semblant d’avoir arrêté de fumer des cigarettes. Aussitôt que j’en avais enfin fini avec la nicotine, la dope s’amenait, et comme c’est une drogue extrêmement dangereuse… Ça te ralentit et t’empêche d’être productif. Ça influe très négativement sur la vie des gens. »

Page 44 d'UNCUT, Roger en plein chant sur la tournée Animals et le contour d'un prisme sur sa stratocaster.


Uncut : « Sur le DVD du Live8, les choses paraissent un peu tendues parmi le groupe, dans les images des répétitions. C’était le cas ? »

Roger Waters : « Un peu, oui. C’était obligé, de toute façon, après toutes ces histoires. Mais je suis arrivé dans ce truc déterminé à me rouler parterre s’il y avait une dispute. Je sais comment régler cela. S’il y a un conflit, je me mets immédiatement à faire le mort. Après, tout rentre dans l’ordre. Et c’est ce que j’ai fait et ça a semblé marché plutôt bien, je dois dire. »

Uncut : « Mais on ne peut pas se rouler parterre et faire le mort sur toute une tournée ? »

Roger Waters : « Non. Ceci n’est pas mon style. J’ai beaucoup trop d’attachement à ce métier, et beaucoup trop d’idées. Mon état naturel, c’est d’exprimer mes idées et sentiments, constamment, parfois à plein volume. Ne pas s’engager est une attitude qui m’est étrangère. »

Uncut : « Est-ce que Dave Gilmour semblait être aux commandes et que vous deviez faire ce qu’il vous demandait ? »

Roger Waters : « Non, bien sûr que non. C’était moi qui, en quelque sorte, maîtrisait la chose, sans rien faire. C’était un peu comme marcher sur du papier de riz. Je pense que ça représentait un petit souci pour lui. Je peux me tromper, mais il paraît qu’il a lâché des commentaires étranges, après le Live8, l’un d’eux étant : “Je ne sais pas ce à quoi rimait toute cette excitation. Ç’aurait été exactement pareil que Roger ait été là ou non.” Ça m’a fait comprendre qu’il ne saisissait pas tout à fait combien la symbiose entre nous quatre a été importante durant les belles années du groupe. Ensemble, nous étions géniaux. Nous apportions tous une contribution, mais la combinaison des talents de tous les quatre, c’était vraiment quelque chose de spécial. »

Uncut : « Qu’est-ce qu’il vous faudrait pour vous réunir encore une fois, à l’occasion d’une tournée ? De l’argent ? Une bonne cause ? »

Roger Waters : « Dave a été très réticent quant à le faire encore une fois pour la raison suivante : cela fait 20 ans que ce groupe est son petit bébé à lui. Il ne veut pas perdre cette position, et pourquoi le ferait-il ? Écoutez. Si toutefois, passant au-delà de tous nos ego, toute nos histoires ou je sais quoi encore, on pourrait revenir pour une raison - laquelle, je m’en fiche - et peut-être faire quelques concerts à Londres, à New-York, et à Los Angeles, en Palestine, n’importe où. Je serais prêt pour cela. Ce serait pas juste un concert, parce que faire tout ce boulot pour seulement un soir, ça vaudrait pas la peine. Mais plusieurs évènements qui soulignerait d’un beau trait le travail que nous avons fait à quatre me serait très satisfaisant. Je serais capable de me donner pendant 6 mois, en gros, en termes de préparation, pour un truc comme ça. Je suis sûr que Nick en ferait autant, mais je ne pense pas que Dave le souhaite. C’est son droit et je n’émets aucun jugement sur son choix. Si vous parlez de mettre en place un nouveau spectacle, ça satisfait mon appétit, malgré ce que j’ai dit, vers la fin des années 70, sur la médiocrité des stades, ce que je pensais à l’époque. Mais un truc signé Pink Floyd, ça nécessiterait d’y réfléchir sérieusement. Bien sûr, quand j’étais dans le groupe, toute la réflexion émanait de moi. J’écrivais la plupart des chansons et je concevais tous les spectacles. Donc ça pourrait être difficile. »

Uncut : « Nick Mason a déclaré qu’il y avait une plus grande collaboration de la part des quatre dans Pink Floyd que ce que vous aimez admettre. »

Roger Waters : « Nick et moi sommes devenus des amis très proches, donc je ne vais pas le froisser. En réalité, je ne suis pas sûr que j’en serais capable vu qu’on rigole tout le temps à propos de ça. La plupart des personnes qui verront cette interview auront connaissance de son livre, Pink Floyd, l’Histoire selon Nick Mason (Les souvenirs du Floyd de Mason ont été publiés en 2005). Il m’a montré le brouillon original – dont une bonne partie a été écrite durant les mauvaises années, quand j’étais le gros méchant ogre – et il attendait son dû en me demandant “Je pourrais avoir tes commentaires là-dessus ?”. Je l’ai parcouru des yeux et presque tout écrit au stylo bleu. Il a évidemment changé quelques petits passages bizarres, mais je vous conseille de le lire. Il écrit là la fiction la plus merveilleuse. Mais après, je préfère vous dire que ce n’est pas parce que je trouve qu’une partie de ce livre est très mauvaise, qu’elle l’ait nécessairement – nous savons que la mémoire humaine est un procédé extraordinairement curieux et bien faillible. Les gens se construisent sans réfléchir des mémoires qui arrangent et sont favorables à leur ego. C’est comme, là je peux, par exemple, me rappeler être assis dans mon cabanon, tout au bas de mon jardin à Londres, en train d’assembler les sons de machines à sous préenregistrés, dédiés au début de Money, tout seul. En fait, il était peut-être là aussi. C’est bien possible. Qui sait ? »

Uncut : « Pendant des années, les gens se sont penchés sur vos conflits avec Dave, mais n’y a-t-il pas également, de votre part, des bons souvenirs de travail avec lui ? »

Roger Waters : « Dave est un excellent chanteur. Il a une acuité et une sensibilité d’oreille très bonnes, indispensable à l’harmonie. Beaucoup de ces doubles pistes et les chœurs où il chante, dans Dark Side… ou sur beaucoup de disques – je me posais dans un coin pendant qu’il faisait ça et il suivait son instinct et produisait ces supers chœurs. C’est quelque chose que j’admirais toujours. Cela requiert beaucoup de talent, et j’apprécie vraiment cette chose-là. »

Uncut : « Une des plus grosses chamailles, bien sûr, c’était à propos de Comfortably Numb »

Roger Waters : « Il y a eu une dispute, oui. On a découpé la piste, on l’a envoyé à Michael Kamen à New-York, qui a écrit les lignes de cordes, et les a enregistrées. Ca sonnait de façon vraiment fantastique, quasiment la meilleure chose que Michael n’avait jamais faite. J’ai beaucoup apprécié. Dave disait qu’il trouvait la piste trop lente, ou quelque chose comme ça, et qu’il désirait re-découper la batterie, la basse, ceci, cela, et autres. A l’époque, je bossais dans le studio de Jacques Louissier, pour le chant, parce qu’on a réalisé qu’il nous fallait partager les tâches. Dave était toujours dans le studio Bear (à Berre-des-Alpes), s’affairant aux claviers. Il a re-découper la rythmique de base du morceau et a tout recollé et a fait “Okay, c’est bon, tiens.” J’ai écouté la chose, et j’ai carrément détesté. Ca me paraissait soudainement, comme de bois : ça ne bougeait pas du tout. Et c’était ça, la grosse dispute. J’ai fait “Non, comme c’était avant, c’était parfait. Là c’est mauvais.” Il était là : “Non, c’était horrible. Là c’est géant !” Alors, du coup, la chanson a fini par être composée de la façon suivante : quatre de ses mesures/ensuite quatre des miennes/quatre des siennes/quatre des miennes… C’est comme ça que le morceau entier est fait. C’était une étrange sorte de dispute pour trouver un compromis entre lui et moi. »

Uncut : « Alors, c’était une petite guerre ? »

Roger Waters : « Oui, c’est en est devenu une. Le morceau final et un compromis entre deux points de vue différents. Qui peut dire – si nous retournions dans le passé et que nous écoutions les deux versions différentes – si nous pourrions remarquer une différence quelconque. Le compromis final est tellement bon que j’imagine que les deux versions initiales étaient excellentes. »

Uncut : « Vous avez dit, à l’issue de votre première tournée en solo, que le spectacle que vous présentiez était un spectacle de Pink Floyd, mais interprété avec un autre batteur, un autre guitariste et un autre pianiste. »

Roger Waters : « Ah bon ? J’ai dit ça ? Que c’est provocant de ma part ! »

Uncut : « Pensez-vous que cela s’applique à votre tournée actuelle ? »

Roger Waters : « Absolument pas. Je joue, en grande partie, mes chansons à moi. Quelques unes ont été co-écrites, évidemment… certaines de Dark Side… notamment. Et, aussi, je traite Dark Side… comme quiconque traiterait une œuvre classique. Alors, bien sûr, nous reproduisons certains solos de Dave. Je me dois de vous dire que Carol Kenyon, qui fait partie de mon groupe, fait un super boulot sur Great Gig in the Sky. Elle est assez fidèle à la prestation originale de Clare Torry, sur l’album. Le public devient fou de joie parce qu’il reconnaît ce morceau, mais il voit qu’elle la réinterprète sans trop s’écarter des notes originales. C’est pas facile. J’ai déjà vu d’autres personnes essayer de faire la réplique de Great Gig in the Sky, notamment à certains concerts que Dave, Rick et Nick ont fait ensemble. Leurs filles ne s’approchaient même pas de l’originale. »

Uncut : « Pourquoi, à votre avis, Dark Side… est toujours aussi populaire ? »

Roger Waters : « Cet album est musicalement sophistiqué et pourtant simple. La structure des chansons et très simple. Au niveau des paroles, ça s’adresse directement à des générations successives qui continuent à se sentir concernées par les mêmes choses, encore et encore. Malheureusement, un titre comme Us and Them paraît étonnamment adapté, autant à la politique d’aujourd’hui (2006), qu’à celle de 1979. Aussi, une chanson comme Time exprime des sentiments qu’ont beaucoup de jeunes quand ils atteignent un certain âge et qu’ils recherchent un sens. J’ai horreur d’avoir à vous dire ça, à vous tous, les jeunes, mais ça se poursuit ! Nous réexaminons sans cesse notre vie et nos relations avec nos amis, notre famille, avec les autres êtres humains. Cela ne fait pas de doute que les gens s’attachent énormément à une œuvre qui parcourt des tas de générations, ce qui est très enthousiasmant quand on la joue en live. Dans mon spectacle, je vais jusqu’au bord de la scène pour m’approcher des gens. Je ressens de la compassion de toute part, particulièrement sur les côtés, sur les ailes où les places sont un peu moins chères. Les gens ont de 10 à 80 ans, et c’est grandiose. »

Uncut : « Quand avez-vous pour la dernière fois tourné sur le même modèle que ce spectacle ? »

Roger Waters : « La dernière grosse tournée que j’ai entreprise, c’était en 87 –- le Radio K.A.O.S. Tour. Ensuite j’ai fait The Wall à Berlin, en 1990. Qu’y a-t-il eu ensuite ? J’ai divorcé et je me suis déplacé çà et là. J’ai donné un concert en 1992 pour Don Henley et son projet « Walden Woods », à l’Amphithéâtre Universel de Los Angeles. Il m’a demandé si je voulais bien chanter quelques chansons. Il y avait Don, moi, John Fogerty et Neil Young. Super soirée. Le public dégageait une immense sensation de chaleur. Je me suis dit “Waouh ! C’est pas trop mal. Je devrais peut-être recommencer un truc dans le même genre, un coup.” C’est resté au fond de mes pensées dans les années 90, puis, finalement, en 99, j’ai décidé de me jeter à l’eau et de voir si ça pouvait le faire. Et ça s’est bien passé. Alors j’ai remis ça en 2001. Maintenant, là, je pars en tournée avec The Dark Side Of The Moon, et tout va bien. »

Page 51 d'UNCUT, Roger en 73 à Los Angeles - David et Roger ensemble en 1976 - Roger en 2007.


Uncut : « Pink Floyd ont toujours été considérés comme des pionniers musicaux. Pensez-vous que vous êtes encore un innovateur. Sur quoi travaillez-vous actuellement, qui pourrait, selon vous, être dans le vent ? »

Roger Waters : « Il se trouve que je recule jusqu’à une expression musicale plus simple. Il y a une partie de moi qui cherche désespérément à ressembler à Neil Young, John Prince ou Bob Dylan. Quand je me pose avec une guitare, chez moi, bien souvent je cherche la mélodie mère d’une séquence mélodique simple de structure. On cherche tous son petit Knockin’ On Heaven’s Door ou Heart Of Gold. Il y a ces petits morceaux, caches dans les 12 cordes, disponibles, immobiles. En parlant de ça, j’ai déjà dit aux gens que j’allais produire un nouveau LP, que ce soit pour dans 13 ou 14 ans. J’ai écrit une tonne de chansons et elles sont toutes en attente. La motivation d’aboutir un projet ou de retourner dans un studio sera politique. J’ai un fort pressentiment que ce qui peut me pousser à faire ça sera ma passion pour la politique. »

Uncut : « Il y a une de vos nouvelles chansons, que vous jouez lors de ces spectacles, qui s’appelle Leaving Beirut, que vous avez originellement écrite sous forme de nouvelle, il y a 25 ans. Ce titre rend explicite votre opposition à la guerre en Irak. »

Roger Waters : « Ça parle de moi, quand je sortais de la ville de Beyrouth, âgé de 19 ans. Je voyageais alors au Moyen-Orient, avec quelques amis à moi, et la voiture s’est mise à tomber en panne. J’ai dû rentrer chez moi en autostop. Ç’a été une aventure extraordinaire et grandiose. Bref, le premier soir de ce trajet, j’ai été invité par une famille arabo-libanaise. Ils ont dormis à même le sol, derrière le rideau, insistant que je dorme dans le seul lit de la baraque. Ça m’a profondément remué, alors quand Bush et Blair décidèrent d’envahir l’Irak en 2003, je me suis senti si mal, j’étais si triste et si incendié par cette étrange, évidente, extraordinaire, stupide et inhumaine erreur que j’ai été poussé à écrire quelques strophes exprimant mon désaccord. J’ai enregistré la nouvelle et y ai adapté les couplets. Après j’ai mis ça sur le web avec une autre chanson que j’ai écrite en même temps, To Kill the Child. Celle-là parle de la manière dont j’ai perçu l’invasion de l’Irak – laquelle je ne comprends toujours pas. Nous savons que ça n’a rien à voir avec les armes de destruction massive ou le “11 septembre”. Nous savons que ça n’a rien à voir avec le terrorisme. Est-ce qu’on est allé là-bas juste pour l’argent, les affaires ? Était-ce pour installer une base militaire américaine dans cette partie du Moyen-Orient ? A l’heure qu’il est, je l’ignore encore. »

Uncut : « Il y a eu des réactions mitigées à cette chanson, pendant la tournée. Ça vous a surpris ? »

Roger Waters : « Bien sûr. Il n’y a pas eu un seul retour négatif à la chanson, en Angleterre, parce que même lorsqu’on a envahi l’Irak en 2003, 75 % de la population britannique était contre cette invasion. Deux millions de personnes ont manifesté dans les rues de Londres. Comment se fait-il que Blair soit toujours au pouvoir, je n’en ai aucune idée. Le premier concert que j’ai donné sur le territoire américain a eu lieu à Holmdel, dans le New Jersey, et on s’est un peu fait siffler à la fin. Plus tard, j’ai su par quelqu’un qu’il y avait plusieurs bases de l’US Army près de Holmdel, donc peut-être qu’il y avait quelques militaires dans le public. Beaucoup de gens ont fait l’erreur de penser que cette chanson offense les officiers américains. On ne peut pas être plus loin de la vérité ! Ma pensée va à ces gars, qui partent faire leur devoir du mieux qu’ils peuvent, dans des conditions très rudes. Mon cœur va à leurs familles. Le fait que je pense que cette guerre est inutile et insensée ne se trouve ni ici, ni là. Je ne meurs pas d’envie de critiquer les officiers de l’armée. Ce que je critique, c’est la politique étrangère de la grande Administration. Certaines personnes présentent aux dates que j’ai faites aux États-Unis m’ont écrit. Il y avait un couple fabuleux qui a assisté au spectacle d’Hollywood Bowland. Leur lettre disait : “Nous avons déboursé six cents balles pour nos tickets. Ma femme a toujours été une grande admiratrice de votre travail, ainsi que de l’œuvre de Pink Floyd. Comment avez-vous pu oser ruiner notre soirée en l’ayant transformée en course politique ?” Et ils continuaient : “Comment osez-vous vous amener chez nous pour critiquer notre président. Vous n’êtes même pas citoyen américain” Attendez, quoi ? Je ne peux pas critiquer Bush parce que je ne suis pas un citoyen des États-Unis ? Est-ce que ça veut dire qu’il faut être citoyen allemand pour pouvoir critiquer Hitler, ou irakien pour critiquer Saddam Hussein, ou chinois pour critiquer la politique de génocide de Mao Zedong ? L’idée est risible. Ils ont attaqué Neil Young pour la même chose. Il est Canadien. C’est clairement insensé. »

Uncut : « De quelle façon aimeriez-vous que les gens se souviennent de vous ? »

Roger Waters : « J’aimerais qu’on se souvienne de moi comme un homme qui a dit toute sa vérité et s’y est tenu, qu’il pleuve ou qu’il vente, et qui n’a jamais été diverti par les imprévisibles courants de mode ou de popularité ni rien. Je peins ce que je vois. »

Uncut : « Quelle est la plus grosse erreur que vous ayez pu faire dans votre carrière ? »

Roger Waters : « Oh mon Dieu ! Je pense que c’est dans la période qui a suivi mon départ de Pink Floyd en 1985, lorsque je me suis permis de me mêler aux débats publics et que j’ai dit des choses désagréables à l’encontre des autres. Si j’avais été plus sage, j’aurais fermé ma gueule. C’était assez laid, et je regrette cet épisode-ci. »

Uncut : « Pensez-vous avoir déjà composé votre chef-d’œuvre ? »

Roger Waters : « Chef-d’œuvre est un grand mot. Je pense que j’ai participé à quelques disques qui sont plutôt bons. Je citerais Dark Side Of The Moon, The Wall et Amused to Death, dans le top 3 des œuvres dont je suis le plus fier. »

Uncut : « Êtes vous actuellement en train de réécrire The Wall ? »

Roger Waters : « Je suis en train de m’occuper de la réécriture de The Wall pour en faire une pièce d’opéra théâtre musicale. Espérons qu’il sera présenté sur Broadway dans les prochaines années. Je travaille avec un auteur anglais qui s’appelle Lee Hall. On s’amuse beaucoup. Ce qui m’a motivé pour revisiter cette pièce, c’est que, à la fois le disque et le film, sont sombres et ternes. Je ne suis ni sombre, ni terne ! L’humour a toujours été quelque chose de très important dans ma vie. Je ris beaucoup avec ma famille et mes amis. Alors, j’essaie de mettre un peu de rires dans The Wall. »

Uncut : « Vous avez également écrit un opéra, Ça Ira, dont le premier enregistrement est sorti en 2005. Ça s’est passé comment de passer du rock à la musique classique ? »

Roger Waters : « C’est technique. La musique reste la musique, quel que soit le genre. Que je mixe une chanson de rock’n’roll ou que j’écrive et mixe pour un orchestre, les difficultés éventuelles sont les mêmes. C’est comme peindre avec une palette différente. On essaie d’interpeller les gens. La musique, c’est très très simple. Tout ce que tu fais c’est ordonner des sons afin d’essayer de susciter une émotion de la part de l’auditeur ou du spectateur. »

Uncut : « L’opéra traite de la Révolution Française. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à ce sujet ? »

Roger Waters : « La trame textuelle originale a été écrite par des amis à moi, un couple de Français, Étienne et Nadine Roda Gil. Bien que c’est un historique spécifique des débuts de la Révolution Française, cela traite aussi de tyrannie et de comment on y réagit. Ça parle d’égalitarisme… de liberté, d’apprentissage, de raison. Comment on peut utiliser sa connaissance de l’Histoire, et les données de l’Empire que nous avons à portée de main, pour se frayer un passage dans le monde moderne et ressortir à l’autre bout en essayant au passage de rendre heureux le plus de gens possible, et ce, le plus durablement que l’on peut. »

Uncut : « Y a-t-il une chanson, que vous avez écrite, qui résume tout ce que vous vouliez faire passer par la musique ? »

Roger Waters : « Deux chansons me viennent soudainement à l’esprit : Us and Them et Wish You Were Here. »

Uncut : « Que prévoyez-vous de faire, une fois cette tournée achevée ? »

Roger Waters : « C’est beaucoup de travail de faire en sorte que ce spectacle soit cohérent et fonctionne. J’aime ce qu’on a fait. J’y travaille toujours et je vais continuer à travailler dessus. Mais quand on arrivera à la fin de cette prochaine saison, le 14 Juillet, ce sera fini pour un petit moment. J’ai tant de choses que j’ai toujours voulu faire à réaliser. Je ne repartirai pas en tournée en 2008. Je sais que non. Je ne poursuivrai pas. »



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Auteurs de la page : RickFloyd (traduction), manu (mise en page).

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