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The Genius Next Door

Traduction de l’article The Genius Next Door publié dans le journal anglais The Mail on Sunday du 3 décembre 2006. Il s’agit d’un article sur Syd Barrett.

Cet article, qui a défrayé la chronique à sa publication, a fait l’objet d’un traitement un peu particulier. Étant donné l’usage abusif de la rhétorique – notamment du pathos – et le ton volontairement destiné à nuire, je me suis permis d’y ajouter quelques commentaires et de comparer les dires de M. Sore à ceux de sa sœur, Rosemary Breen. L’article original et son découpage n’ont pas été modifiés, mes commentaires sont retrait et en italique.

Il ne faut pas perdre de vue que cet article ne raconte que la vision des choses de Mr. David Sore. Ce n’est donc pas nécessairement une vérité d’ordre général et on ne sait pas si ce Mr. Sore dit vrai ou non.

Le Mail on Sunday (en) – journal dans lequel a été publié cet article – est un tabloïd. Autrement dit un journal à sensation, moins sérieux et crédible qu’un journal comme Le Monde ou Le Figaro. Il est tiré à 2,3 millions d’exemplaires chaque semaine. On ne sait pas si l’article est exclusivement rédigé de la main de Mr. Sore ou, plus probablement, s’il a été arrangé a posteriori pour pencher davantage dans le sensationnel.

Le génie d'à côté

Photographie de Pink Floyd avec Syd Barrett

Depuis 25 ans, David Sore vivait à côté d’une des figures les plus énigmatiques du rock anglais : Syd Barrett, la défunte star de Pink Floyd. Une semaine après la vente aux enchères de ses effets personnels par sa famille, David nous raconte ses peurs d’enfance, quand son voisin brisait des vitres et faisait de gigantesques feux dans son jardin. Et comment il réalisa que la souffrance de Syd, provoquée par le LSD, dépassait de loin ces quelques désagréments…

Portait de David Sore
Par David Sore.

Ses cris pouvaient commencer à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il me semble que ça commençait souvent au moment où j’allais au lit. Derrière la porte d’à côté, il y avait des bruits sourds, des bruits d’objets que l’on jette et un hurlement incessant, plus animal qu’humain.

Mr. Sore prétend que les cris pouvaient survenir à « n’importe quel moment », ce qui bien sûr introduit une notion de stress, d’oppression permanente. Mais une phrase plus tard (!) il se contredit magnifiquement : les cris avaient en fait lieu au moment où il se mettait au lit. Étrange… Mais pas tant que ça finalement. Car l’instant où un enfant va au lit est une image profondément ancrée dans l’imaginaire collectif, une image de douceur et de sérénité qui touchera à coup sûr le lecteur. Tout le monde a en tête cet image du petit enfant bordé par sa maman qui ne tardera pas à lui raconter une histoire pour l’endormir.
Les cris sont ensuite transformés en « hurlements bestiaux » et il y a « quelque chose derrière la porte ». On croirait lire le scénario d’un film d’épouvante ! On installe un climat d’oppression permanente puis un animal féroce « attaque » l’image d’Épinal du petit enfant qui se met sagement au lit… Cette stratégie de manipulation du lecteur ce cessera de se répéter tout au long de l’article ; nous voilà prévenu.

Cela pouvait durer deux heures, ce qui me terrifiait quand j’étais enfant. En général, c’était incohérent, juste des cris stridents de colère. Mais on pouvait parfois distinguer certains mots, toujours les mêmes : « Enc de Roger Waters ! Putain j’vais le tuer. » Ce n’était pas très drôle d’avoir Syd Barrett comme voisin.

On nous ressort encore l’image terrible de l’enfant martyrisé… passons. Que dire des affirmations qui suivent ? Les crises de colère de Syd étaient connues, ce n’est donc pas une invention. Dans une interview datant de 1994, Rosemary Breen, la sœur de Syd, en parle : « Parfois, il pique des crises de colère », « Ça n’arrive plus aujourd’hui, mais par le passé, il perdait tout contrôle quand il était frustré. »

Le passage sur Roger Waters est lui aussi plus que plausible. Toujours selon la sœur de Syd, « quelqu’un comme Roger Waters, avec qui il a grandi, n’était pas vraiment son meilleur ami. C’est quelqu’un d’étrange, et mon frère était bien content de n’avoir plus rien à partager avec lui. Mon frère a signé un papier disant qu’il acceptait de ne jamais demander un seul sou au groupe. Il a perdu des millions à cause de ça. » C’est, paraît-il, Roger Waters qui lui aurait fait signer ce papier qui contiendrait une close interdisant à Barrett de réclamer de l’argent pour l’utilisation du nom Pink Floyd. Or, comme chacun sait, c’était une invention de Syd. De quoi en vouloir à Roger Waters…

À la question « Est-ce que Syd a déjà montré un sentiment de rancune envers quelqu’un ? », Rosemary répond « Oui, bien sûr. Envers Roger Waters ! Plus d’une fois, je l’ai vu se mettre en colère et hurler son nom en repensant au passé. »

À cette époque, je ne savais évidemment pas qui il était. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé qu’il était une légende du rock, un des membres fondateurs de Pink Floyd, qui comptait Paul McCartney, David Bowie et Pete Townshend parmi ses fans. Il a récemment été révélé que Syd, mort en juillet, avait laissé un héritage de 1,2 million de livres.

Merci de la précision. Et vous Mr. Sore, combien avez-vous touché pour vendre votre histoire à un torchon faussement journalistique ?

Il était le génie créatif derrière la plupart des chansons du Pink Floyd des débuts, comme See Emily Play ou Arnold Layne. Mais son comportement de plus en plus incompréhensible a entraîné la rupture avec le groupe en 1968, peu après la sortie de leur premier album.

Pink Floyd – avec Roger Waters, Richard Wright, Nick Mason et David Gilmour, le remplaçant de Syd – allait devenir l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps. La carrière de Syd s’est vite arrêtée après deux albums solos. Il a ensuite emménagé dans la maison d’à côté.

Beaucoup de raccourcis sont pris… Le texte laisse par exemple supposer que Syd a emménagé à côté de Mr. Sore peu de temps après la sortie son dernier album solo mais en vérité il s’est écoulé 11 ans (1970 – 1981).

Avec ma famille, je vivais au numéro 7 de St. Margaret’s Square à Cambridge. C’était un cul-de-sac paisible, avec une trentaine de maisons jumelles. Winifred, la mère de Syd, habitait à côté, au numéro 6. En 1981, quand j’avais six ans, son fils est revenu de Londres pour s’installer avec elle.

La première fois que je l’ai vu, je faisais du vélo dans notre rue. Il est sorti de sa maison avec des cisailles de jardinage et une scie. C’était un homme sans véritable caractère distinctif, la trentaine, avec une calvitie naissante. Sans dire un mot, il a commencé à abattre les arbres et les buissons devant chez lui. Le jardin était superbe – les anciens propriétaires travaillaient au Cambridge University Botanic Garden –, mais on aurait dit qu’une tornade avait tout ravagé après le passage de Syd. Il a coupé tous les troncs d’arbres, les a emmenés dans son jardin derrière sa maison et a tout brûlé dans un immense feu.

Quoi de plus normal pour un peintre que de vouloir faire rentrer un maximum de lumière chez lui ? Syd peignait dans son salon, qui donne sur ce petit jardin. Mais Mr. Sore en fait des tonnes et parvient à transformer une banale scène de jardinage en Massacre à la tronçonneuse. Chapeau l’artiste…

Mes parents étaient très irrités, mais on ne pouvait rien faire. Nous n’avions pas idée que ce n’était que le début d’un rituel qui se répéterait inlassablement. Chaque fois que les arbustes repoussaient, Syd les coupait et les brûlait. Il détruisait et brûlait aussi ses peintures psychédéliques, qui ressemblaient vaguement à du Jackson Pollock.

Il ne devait pas se répéter si souvent que ça ce « rituel » car dans la vraie vie, un arbre ça met un temps fou à repousser cher Mr. Sore… Et quel vocabulaire aussi : « Détruire », « couper », « brûler », « rituel » ! On visualise presque les petite cornes pousser sur la tête de ce pauvre Syd…

Les feux dans son jardin étaient immenses, avec des flammes de sept à huit mètres de haut. Ça plongeait la rue dans un épais nuage de fumée blanche. La maman de Syd, une amie de mes parents, leur présentait ses excuses mais elle ne pouvait rien faire pour le contrôler. Et nous avons vite appris qu’il était inutile de faire des reproches à Syd lui-même. A chaque fois qu’on essayait de lui parler de son comportement, il ne disait rien. Et parfois, il devenait odieux, voir effrayant.

Simulation d'un feu de 8 mètres sans le jardin de SydLa taille du foyer nécessaire à un feu de 7 ou 8 mètres parait bien trop grande au regard de la largeur réelle du jardin.

Pour vérifier cela, j’ai fait cette petite simulation. Elle est basée sur une longueur de terrain de 33,5 mètres, spécifiée dans l’annonce de mise en vente de la maison : 110 pieds. La largeur hors-tout a été évaluée à un peu plus de 8 mètres, d’après la mesure de la longueur et une vue satellite de la maison. La photographie montre le jardin de Syd, vu depuis la maison. L’image du feu est celle d’un feu d’environ 8 mètres de haut. Si les calculs précédents se révélaient faux, alors cette simulation ne vaut rien. Toujours est-il que le résultat est assez édifiant ! C’est purement et simplement impossible. Le feu risquerai de se propager à tout le voisinage au moindre mouvement de flamme, au moindre coup de vent.

D’autre part, ce ne sont certainement pas les quelques mètres carrés de jardin devant la maison qui auraient pu alimenter de tels feux pendant si longtemps… Ni Syd qui devrait alors ramener des tonnes de bois sur son vélo (il n’avait pas de voiture). Pas de trace non plus sur le gazon. Et pour de si grands feux aussi fréquents, les pompiers auraient certainement été alertés ! Tout ceci semble complètement absurde. Il faut plutôt chercher du côté de ses tableaux, car Syd les brûlaient presque systématiquement. Mais beaucoup plus vraisemblablement dans de classiques feux de jardin ou dans sa cheminée…

Quand Syd faisait une de ses crises incendiaires, nous n’avions d’autre choix que de nous enfermer chez nous, porte et fenêtres closes. Syd s’en moquait pas mal.

Encore cette notion de danger omniprésent… Avec une petite nouveauté, cette fois-ci la « victime » est obligée de se barricader chez elle. Mais que fait la police !?

Mais ces feux de jardin n’étaient pas grand-chose comparé au reste. Le silence était fréquemment interrompu par des bruits de verre brisé. Quels que soient les démons qui rongeaient Syd, ils prenaient le dessus sur lui et il jetait des objets par les fenêtres. C’est arrivé une bonne centaine de fois. Sa pelouse était souvent recouverte d’éclats de verre, de tasses, de casseroles et autres objets.

À écouter David Sore, les bris de vitre étaient vraiment monnaie courante. Mais un simple calcul nous montre que cela ne se produisait en moyenne que 4 fois par an ! (100 divisé par 25 = 4) Son « témoignage » est donc largement abusif et alarmiste, comme le reste de l’article.

Parfois, cela arrivait en plein milieu de la nuit. J’étais effrayé et je restais dans mon lit sans trouver le sommeil. J’avais peur qu’il ne s’en prenne à notre maison. J’étais convaincu qu’un jour ou l’autre ça arriverait. Quand une fenêtre était réparée, elle était de nouveau cassée le lendemain. Avec ses seules mains, Syd faisait marcher le commerce des vitriers.

Encore cette image du petit enfant poursuivit par la bête féroce… Mais combien de fois va-t-il nous la ressortir encore ?! Rappelons aussi à Mr. Sore que 3 ou 4 bris de glace par an ne suffisent pas à faire marcher un commerce…

Mais le plus dérangeant étaient sans conteste ses hurlements. C’était terrifiant pour moi et mes deux sœurs d’entendre cet adulte gémir et hurler pendant des heures.

Ça n’a pas traîné… Cette fois-ci il a même souscrit à l’option « petite fille ». Redoutable. Bravo, joli travail ! Quoique ça commence à être un peu redondant là…

Nous ne savions pas ce qu’était une maladie mentale. Pour nous, nous vivions à côté d’un détraqué lunatique et potentiellement dangereux. Une nuit, nos craintes se trouvèrent confirmée lorsque Syd fut emmené dans une camisole de force.

Mr. Sore, toujours aussi peu documenté et prompt au jugement rapide, prétend que Syd était un « détraqué », un « malade mental ». Hors sa sœur ne cesse de répéter que cette croyance est fausse et le diagnostic des médecins le confirme : « Troubles de la personnalité ». Selon Rosemary, dans le diagnostic « il n’y avait rien concernant une quelconque maladie mentale, sinon ils ne l’auraient pas laissé sortir. » Elle a également rapporté ce que disaient les médecins : « Il n’est pas fou, il est seulement extravagant. Il a emmagasiné trop de frustrations. Nous n’avons aucune raison de le garder ici. » Toujours selon sa sœur, Syd n’est resté deux nuits dans cet hôpital et aucun traitement ne lui a été prescrit. Il a donc bien été à l’hôpital psychiatrique cette fois-là, oui, mais parce qu’il cassait le mobilier de sa maison. Pas parce qu’il était dangereux pour son entourage comme on nous le suggère.

Nous avions appelé la police une ou deux fois avant. Ils venaient, échangeaient quelques mots avec la maman de Syd et repartaient, sans rien faire de concret. Mais cette fois-là, sa crise était plus violente que d’habitude. Plus tard, nous avons découvert que c’est à sa mère qu’il s’en était pris. C’est elle qui avait appelé la police.

Que ce soit sa mère qui ait appelé la police, ça paraît normal. Mais que Syd ait pu lever la main sur elle, là c’est autre chose ! Avec sa sœur, sa mère était la seule personne sur Terre en qui il avait confiance. Dans tous les témoignages de Rosemary que j’ai pu lire, il n’est jamais mentionné une quelconque dispute entre eux. Jamais mentionné non plus de violences physiques tout court : « Il était violent à la maison mais il n’a jamais été capable de faire du mal à qui que ce soit. »

Je me souviens que je regardais par la fenêtre et que j’avais vu Syd partir avec une camisole. Sa maman était très énervée et le suppliait de se calmer. Mais il déblatérait tout un tas d’insultes. J’espérais ne jamais le revoir.

Mais quelques jours plus tard il est revenu et sa mère est partie habiter chez sa fille Rosemary. Elle n’arrivait plus à s’occuper de Syd. Après ça, c’est Rosemary qui s’occupait de lui. Elle l’emmenait faire des courses à Sainsbury une fois par semaine.

Selon Rosemary, elle ne « l’emmenait » pas une fois mais 2 à 3 fois par semaine pour faire des courses et se promener ensemble : « Deux ou trois fois par semaine, nous sortons ensemble. On va faire des courses en ville puis au parc ou dans la campagne. »

Le magasin était à dix minutes. Elle passait le prendre en voiture et le promenait dans les allées du supermarché, comme on le ferrait avec un enfant. Ensuite elle le reconduisait ici. Il restait dans la voiture jusqu’à ce que Rosemary lui ouvre la porte et le raccompagne à l’intérieur de la maison. On avait l’impression qu’il ne savait ni ce qui se passait, ni où il était.

Après le départ de sa mère, son comportement n’a pas changé. Quand il devenait incontrôlable, notre famille téléphonait à sa sœur. Elle venait sur place et calmait les choses.

On a souvent dit que Syd se souciait peu de Pink Floyd après avoir quitté le groupe. Pourtant, les feux de joie et les vitres brisées ont connu un pic en 1986, quand le Floyd faisait la une des journaux à cause d’une querelle judiciaire entre Roger Waters et les autres membres du groupe. C’était peut-être une coïncidence, mais Syd semblait en vouloir à Roger Waters. Car c’était uniquement son nom qui revenait quand il se mettait à hurler.

Ce n’est pas que « Syd se souciait peu de Pink Floyd après avoir quitté le groupe » mais l’inverse. Ce passage de sa vie le préoccupait beaucoup et lui causait des peines terribles qu’il essayait par tous les moyens d’oublier. Rosemary : « Il veut oublier son passé car certains souvenirs sont très douloureux pour lui. Tout ce qui lui rappelle cette période le plonge dans un fort sentiment de tristesse. Il préfère ne pas en parler. Quand il le fait, il ne les appelle jamais “Pink Floyd” mais “le groupe”. Pour lui, ils sont “le groupe”, son groupe. »

Je me demandais souvent comment on pourrait se protéger s’il devenait totalement incontrôlable et nous attaquait. Syd me faisait penser à Jack Nicholson dans Shining.

Mais comment ose-t-il… Rappelons que Jack Nicholson incarne dans ce film un dangereux psychopathe qui veut tuer toute sa famille à coup de hache ! Tiens ça me fait penser qu’il faut que j’aille racler le fond de mes chiottes…

Pendant toutes ces années, il ne me disait jamais plus de trois mots. Si on se croisait dans la rue, il lui arrivait de marmonner un « bonjour » mais la plupart du temps il passait sans rien dire, tête baissée. Parfois il changeait même de trottoir pour m’éviter.

Syd n’aimait pas les adultes et leur parlait le moins possible. Au vu du spécimen qui vivait dans la maison d’à côté on comprend un peu mieux… D’après Rosemary Breen, Syd « adore les enfants. Dans la rue, il dit toujours bonjour aux enfants, mais pas aux adultes. » « Il s’entend merveilleusement bien avec les enfants. Il connaît le nom de tous ceux qui vivent dans la rue. Je me demande comment il a fait pour tous les rencontrer. À l’inverse, leurs parents ne l’intéressent pas du tout. Les adultes ont pour habitude de juger les gens sur leur apparence et Roger ne rentre pas vraiment dans le moule. »

Toujours selon Rosemary : « Il est toujours courbé, la tête entre les jambes presque, et il parle aux gens dans cette posture ! » Avant de dire cela, Rosemary insistait sur le sens de l’humour de Syd et qu’il faisait cela pour s’amuser.

Et, personnellement, les raclures de bidet je les évite également.

Les fans défilaient pour lui rendre hommage. Il toquaient souvent à notre porte en demandant « Est-ce que Syd Barrett vit ici ? » Ce à quoi nous répondions par la négative. Nous savions qu’il ne voulait pas être dérangé et que s’il l’était, il pouvait piquer une autre de ses crises.

Parfois, les fans ne se satisfaisaient pas de notre réponse négative. Et il allaient frapper à sa porte. Le plus souvent ils n’obtenaient aucune réponse. Mais parfois il ouvrait la porte, sûrement par erreur. Dès qu’il avait réalisé à qui il avait à faire, il leur claquait la porte au nez.

Après le départ de sa mère, son état physique s’est dégradé. Il ne boutonnait plus sa chemise, quand il en portait une. Il portait des pantalons bien trop grands pour lui. Il s’habillait n’importe comment. Parfois on le voyait marcher dans la rue avec pour seul habit un bas de pyjama.

On avait l’impression qu’il ne se nourrissait que de friture, et sa poêle à frire prenait souvent feu. On voyait des flammes jaillir jusqu’au plafond de sa cuisine mais aucun trace de Syd. Il avait une approche très relax de la sécurité en matière d’incendies.

Il buvait beaucoup, probablement une bouteille de whisky par jour. Syd était également un fumeur invétéré. Quand j’étais adolescent, je travaillais chez le marchand de journaux du coin. Syd venait presque tous les jours chercher ses cigarettes. Il en achetait toujours 60, avec parfois du tabac à rouler ou à priser. Il faisait un choix différent à chaque fois. Il demandait par exemple « 20 Rothmans, 20 Benson & Hedge et 20 Embassy Number 1 » ou bien « 20 JPS, 20 Embassy Regal et 20 Marlboro. » Il prenait les cigarettes et ressortait, sans rien ajouter. Il n’avait jamais d’argent liquide, il laissait s’accumuler des dettes que sa sœur venait ensuite combler.

Ah l’alcool… C’est vrai qu’il manquait un ingrédient essentiel à la « recette » que nous a mijoté Mr. Sore. Donner une estimation aussi précise des habitudes de quelqu’un que l’on ne connaît pas et sur une période aussi longue, là Mr. Sore fait très fort ! Je crois que nous aimerions tous connaître son secret… une certaine madame Irma peut-être ? Ou peut-être que le chiffre d’ une bouteille par jour « ça fait bien » ? C’est vendeur et facilement mémorisable pour les êtres unicellulaires qui constituent la majeure partie des lecteurs de ce genre de journaux… S’il avait été français, il y a fort à parier que la bouteille de whisky se serait transformée en vin rouge, ça fait encore plus poivrot, plus misérable, plus vendeur !

Seulement il y a un hic. Apparemment l’auteur de l’article semble ignorer le diabète dont souffrait Syd car au rythme d’une bouteille de whisky par jour, il serait mort depuis des lustres.

À cette époque, je savais qui il était. Et j’avais du mal à superposer l’image de cet homme d’un certain âge, vivant reclus et qui avait de gros problèmes relationnels, avec ce jeune musicien souriant que j’avais vu sur des photos. Comment l’auteur de paroles si poétiques, débordantes d’imagination, avait-il pu devenir quelqu’un arrivant à peine à formuler une phrase ? Je me suis suffisamment documenté pour savoir que la critique attribue ses problèmes à la prise de LSD lorsqu’il était au sommet de sa gloire. Syd était un terrible avertissement sur les dangers de la drogue.

Toujours cette utilisation du pathos si chère à David Sore. Pour la retenue par contre… il a un peu plus de mal ! On constate qu’il s’essaye aussi à l’humour : « Je me suis suffisamment documenté » À quand un one man show ?

Une fois, il est venu à la boutique alors qu’un magasine affichait en couverture une photo du Pink Floyd période Barrett. J’ai dit à Roger – son véritable prénom, Syd était un surnom – « Tu fais la couverture de Mojo aujourd’hui Roger. » Il avait l’air surpris. « J’le prendrai. » a-t-il dit. J’ai eu l’impression qu’il était content.

Très étonnant quand on sait que Syd essayait à tout prix d’oublier son passé avec Pink Floyd. Tellement étonnant que ça en devient louche…

Durant les 25 années où il vécu à St Margaret’s Square, je ne l’ai vu sourire qu’une seule fois. C’était dans les années 90, quand je me suis acheté une Lancia Delta HF Turbo, réplique d’une voiture de rallye que Martini avait sponsorisé dans les années 80.

Mais pourquoi remet-il encore l’alcool sur la table pour nous décrire… une voiture ?! Car, même si pendant un moment ces Lancia étaient effectivement sponsorisées par un marchand de spiritueux, ce n’étaient absolument pas leur caractéristique principale. Elles écrasaient toute la concurrence et ont été quadruple championnes du monde vers la fin des années 80. C’est uniquement pour cela qu’elles sont connues et devraient être présentée au lecteur. Et Mr. Sore ne pouvait l’ignorer. Peut-être qu’un « correcteur » du Mail on Sunday a voulu créer de toute pièce un bel écho alcoolisé pour imprégner un peu plus le lecteur sans qu’il s’en rende compte ?

J’en étais très fier. Un jour, j’étais en train de la laver et je tenais le tuyau d’arrosage au dessus du toit, pour que l’eau ruisselle sur les côtés. Syd est sorti dans son jardin et me regardais avec un large sourire. Il n’était pas connu pour être un grand passionné de mécanique, le seul véhicule qu’il possédait était un vieux vélo tout cabossé. Je suppose que la scène lui a fait penser que j’arrosais ma voiture comme on nourrit une plante. Peut-être que ça lui rappelait ses années hippies imbibées d’acide.

Que vient faire cette affirmation gratuite ici ? Mr. Sore serait-il vexé qu’on se soit moqué de lui ? Syd n’attachait aucune importance à tout ce qui était futile, au monde de la frime et du superficiel. Or, quelqu’un qui astique sa voiture hors de prix est plutôt à ranger dans cette catégorie de personnes. C’était probablement cela qui l’a fait rire. L’image de la plante a pu tout aussi bien lui esquisser un sourire. Mais ce n’est certainement pas un souvenir de son passé qu’il essaya d’oublier jusqu’à la fin de sa vie.

Elle commence à sentir sacrément mauvais votre histoire Mr. Sore. N’avez-vous pas mieux à faire sur le parking d’un supermarché avec d’autres amateurs de grosse cylindrée et de tuning ? Serait-ce pour vous payer de nouvelles jantes de 19 pouces que vous vous êtes ainsi vendu au Mail on Sunday ?

Tout n’était pas si noir. Quand il ne piquait pas une de ses crises, il était très calme. Je n’ai jamais entendu sa télévision. Je peux compter les fois ou je l’ai entendu jouer de la musique sur les doigts d’une main. C’était toujours du classique ou du modern jazz, jamais de musique pop ou une de ses propres compositions.

Dans ses dernières années, son comportement était moins erratique et les hurlements avaient totalement cessé. Il n’y avait guère plus que les occasionnels feux de jardins. Nous avons même reçu deux cartes de Noël. Il les avait faites lui-même, avec de beaux dessins évoquant Noël, des clochettes et du houx sur un fond blanc. Il y avait écrit « Passez un joyeux Noël, de la part de Roger. »

Syd est décédé en 2006. « Ses dernières années » ferait donc référence à quelques années en arrière, mettons 4 ans soit 2002. Mais déjà en 1994 Rosemary disait « Ça n’arrive plus aujourd’hui mais par le passé il perdait tout contrôle quand il était frustré. » Les crises de Syd remontent au mieux aux années 90… Encore un bel exemple de déformation décidément très professionnelle…

Une fois, quand j’ai lu dans la presse que c’était son anniversaire, je lui ai mis une carte dans sa boite aux lettres. A notre rencontre suivante, il m’a dit « bonjour » et m’a regardé droit dans les yeux. Il semblait me remercier. Depuis, je n’ai plus jamais eu peur de lui. Je savais qu’il était profondément torturé mais il méritait bien plus de sympathie qu’autre chose.

La sympathie que vous lui témoignez à travers cet article est en effet très touchante Mr. Sore.

Syd s’est éteint chez lui en juillet, suite aux complications engendrées par son diabète. Il avait 60 ans et avait été hospitalisé à Addenbrooke environ trois semaines auparavant. Sa sœur nous a dit qu’à son retour à la maison, il souhaitait prendre une aide à domicile. Il était chez lui depuis seulement un jour et demi quand il est décédé.

Sa maison a récemment été vendue et j’ai été la visiter lorsqu’elle était encore en vente. Le choix des couleurs était pour le moins intéressant, une pièce était orange, une autre bleue, d’autres mélangeaient du bleu, de l’orange et du rose. La cuisine est un véritable testament des mésaventures de Syd dans l’art du fait-maison : c’était une sorte d’agencement fragile et bizarroïde d’étagères.

Il y a une image qui me hante. Celle d’une poignée de porte qu’il avait remplacée par un jouet en forme d’hippopotame. C’était typique de Syd, énigmatique, bizarre et déjanté. Je regrette qu’il soit mort, mais il ne me manquera pas.

Une dernière phrase qui résume bien le style de l’article : manipulateur, pathétique et désespérément cliché. Le genre de phrase typique qui conclu un reportage de TF1…



Auteur de la page : manu (traduction, commentaires, mise en page).

Source : 'The Genius Next Door' Mail on Sunday article (en), publié sur le forum d’Astral Piper (en).

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