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The Madcap Laughs

Traduction de l’article The Madcap Laughs de Michael Watts, publié dans le Melody Maker du 27 Mars 1971. Il s’agit d’une interview de Syd Barrett.

The Madcap Laughs

Michael Watts parle à l’ancien Pink floyd : SYD BARRETT

Les histoires au sujet de Syd Barrett sont légion. Il serait devenu insupportablement égoïste, impossible de travailler avec lui. Il aurait été viré des Pink floyd. Il aurait fait une dépression. Il serait parti un après-midi en voiture et il se serait retrouvé à Ibiza. Il serait revenu vivre avec sa mère à Cambridge, comme un processus curatif mental. Il irait de temps en temps à la maison de Richard Wright, le joueur de clavier des Floyd, et resterait assis là silencieusement pendant des heures, sans parler.

Certaines de ces histoires sont vraies.

Roger Waters : « Quand il était encore dans le groupe, vers la fin, nous en étions arrivés au point où n’importe lequel de nous aurait été capable de l’étrangler à chaque instant tellement il était impossible… » « Quand Emily fut un succès et que nous étions troisièmes pendant trois semaines, nous avons fait le Top of the Pops. Et la troisième semaine que nous y passions, il n’a rien voulu savoir. Il est arrivé là dans un état incroyable… et a dit qu’il ne voulait pas le faire. Nous avons finalement découvert la raison : John Lennon n’était pas obligé de faire le Top of the Pops alors lui non plus. »

Ces deux dernières années il a fait une paire d’albums. L’un d’entre eux s’est appelé Barrett. L’autre s’est appelé The Madcap Laughs. La couverture de Madcap montre une image de lui en train de guetter accroupi sur les planches nues d’une salle nue. Une fille nue étire son corps sur le fond. L’image fait ressortir l’esprit de ses chansons, qui sont bâclées à la fin et non-embellies, démodées et éliminées des valeurs de raffinement de production, de sorte qu’il ne nous reste plus qu’à nous concentrer sur les mots et le choc de l’effet de conscience. Son travail engendre un sentiment d’une intimité douce et protectrice ; une conscience hésitante, mais intense.

Syd Barrett est monté à Londres la semaine dernière et a parlé dans le bureau de son producteur – sa première interview de presse depuis environ une année. Ses cheveux sont coupés très courts maintenant, presque comme un skinhead. Symbolique ? De quoi alors ? Il se rend bien compte de ce qu’il se passe autour de lui, mais sa conversation est souvent obscure ; elle ne progresse pas toujours de façon linéaire. Il est douloureusement conscient de son rôle imprécis dans le monde de la musique – « on a jamais prouvé vraiment que j’avais tort. Je dois vraiment prouver que j’ai raison » dit-il. Peut-être a t-il en effet totalement raison. Comme il dit dans Octopus « l’écervelé s’est moqué de l’homme sur l’eau (sic). »

Michael Watts : « Qu’aviez-vous fait depuis que vous avez quitté les Pink Floyd, indépendamment de faire vos deux albums ? »

Syd Barrett : « Et bien, je suis peintre, j’ai été formé comme peintre… il semble que j’ai passé moins de temps à peindre que j’aurais dû… vous savez, ça aurait pu être une très grande détente pour moi de m’absorber dans la peinture. De toute façon, j’étais assis à écrire. Ce qui concerne les beaux-arts à l’université était toujours trop intellectuel pour moi. Ce dans quoi j’ai été le plus impliqué à l’école a été de réussir dans les arts. Mais cela n’a pas dépassé le sentiment de jouer à UFO et ses sortes d’endroits avec des lumières et tout ça, le fait que le groupe devenait de plus en plus grand. J’ai été à la maison à Cambridge avec ma mère. J’ai eu beaucoup de, euh, d’enfants dans un sens. Mon oncle… j’avais l’habitude d’une vie familiale , en générale. Assez excitant. Je travaille dans une cave, en bas dans une cave. »

Michael Watts : « Que seriez-vous plutôt, un peintre ou un musicien ? »

Syd Barrett : « Et bien, je pense à moi comme étant un peintre finalement. »

Michael Watts : « Voyez-vous les deux dernières années comme un processus pour vous retrouver vous-même ? »

Syd Barrett : « Non. Peut-être cela a quelque chose à voir avec le fait que me suis senti meilleur en ce qui concerne la musique, dans la mesure où mon travail va généralement, parce que je trouvais que j’avais besoin d’un travail. J’ai voulu faire un travail. Je ne l’ai jamais admis parce que je suis une personne qui ne l’admet pas. »

Michael Watts : « On a raconté des histoires comme quoi vous alliez de nouveau à l’université, ou que vous avez obtenu un travail dans une usine. »

Syd Barrett : « Bien, naturellement, habitant à Cambridge je dois trouver quelque chose faire. Je suppose que j’aurai pu faire un travail mais je n’avais jamais travaillé. Je ne suis pas vraiment habitué à faire les travaux rapides et puis arrêter , mais je suis sûr que ce serait possible. »

Michael Watts : « Parlez-moi des Floyd, comment ont-ils commencé ? »

Syd Barrett : « Roger Waters est plus vieux que moi. Il était à l’école d’architecture à Londres. J’étudiais à Cambridge - je pense que c’ était avant que je m’installe à Camberwell (université d’art). Je faisais souvent des aller et retour à Londres. J’habitais dans Highgate avec lui, nous avons partagé un endroit là-bas, et nous avions un fourgon et avons passé beaucoup de notre temps dans les pubs et ce genre d’endroits. Nous jouions des morceaux des Stones. Je suppose que nous étions intéressés pour jouer de la guitare - j’ai réussi à jouer de la guitare tout à fait rapidement… que je n’ai pas joué beaucoup à Cambridge parce que j’étais à l’école d’art, vous savez. Mais j’ai bientôt joué sur la scène professionnelle et ai commencé à écrire à partir de là. »

Michael Watts : « Votre écriture n’a toujours concerné que les chansons plutôt que de longs morceaux instrumentaux comme le reste des Floyd, n’est ce pas ? »

Syd Barrett : « Leur choix des sujets a toujours beaucoup été en rapport avec ce qu’ils pensaient des étudiants en architecture. Personnes non-excitantes plutôt, en premier lieu. Je veux dire, quiconque marchant dans une école d’art comme ça tromperait - peut-être elles travaillaient leur entrée à l’école d’art. Mais le choix du sujet était restreint, je suppose, par le fait que Roger et moi avons écrit des choses différentes. Nous avons écrit nos propres chansons, joués notre propre musique. Elles étaient plus anciennes, d’environ deux ans, je pense. J’avais 18 ou 19 ans. Je ne pense pas qu’il y est eu beaucoup de conflits, sauf peut-être la façon dont nous avons commencé à jouer n’était pas aussi impressionnante pour les autres que pour nous, en fait, elle n’était pas aussi pleine de l’impact qu’elle aurait pu être. Je veux dire, elle a été très bien faite, plutôt que considérablement excitante. On pense à tout ça comme à un rêve. »

Michael Watts : « Aimez-vous ce qu’ils faisaient - le fait que la musique s’éloignait de plus en plus de chansons comme “See Emily play” ? »

Syd Barrett : « Les singles sont toujours simples… tout le matériel est bosselé et usé - tout l’équipement avec lequel nous avions commencé était à nous, les guitares étaient notre propriété. Les bruits électroniques étaient probablement nécessaires. Ils étaient très passionnants. Ca l’était vraiment. L’unique but, à l’époque, était de jouer sur scène. »

Michael Watts : « Était-ce seulement vous qui vouliez faire des singles ? »

Syd Barrett : « Oui j’étais probablement le seul, je pense. Évidemment, quand on est un groupe, on veut faire des singles. Je crois qu’ “Emily” était quatrième au Hit. »

Michael Watts : « Pourquoi les avez-vous quittés ? »

Syd Barrett : « Ce n’était pas vraiment un conflit. Je suppose que c’était tout simplement quelque chose d’improvisé. Nous n’avons pas sentis qu’il y avait de besoin de prendre une décision à la minute. Je veux dire, nous avons fractionné, et il y a eu beaucoup d’ennuis. Je ne pense pas que Pink Floyd ait eu des ennuis, mais moi j’ai eu une scène terrible, probablement volontaire, ayant une mini et allant partout en Angleterre et ces sortes de délires. Toujours… »

Michael Watts : « Pensez-vous que le succés vous est monté à la tête ? »

Syd Barrett : « J’sais pas. Peut-être vous pouvez voir ça comme quelque chose qui vous monte à la tête mais là c’était pas le cas. »

Michael Watts : « On a raconté que vous les aviez quittés parce que vous étiez défoncé par des voyages acides. »

Syd Barrett : « Et bien, j’sais pas, il me semble que ça n’a pas grand chose à voir avec le travail. Je sais seulement que le fait de jouer, d’être un musicien, étais très passionnant. Évidemment, on était éteint meilleur avec une guitare argentée avec des miroirs et des choses partout que les gens ont jetées sur le plancher ou n’importe où ailleurs à Londres. Le concept général, je ne me suis pas senti si conscient de ça comme peut-être je devrais. Je veux dire, ma position en tant que membre des jeunes de Londres - j’sais pas ce que vous lui appelleriez ça - au fond il n’y avait rien de secret - n’a pas été nécessairement réalisée et sentie, je ne pense pas, particulièrement du point de vue des groupes.

Je me rappelle au UFO - pendant une semaine un groupe, puis une autre semaine un autre groupe, allant et venant, faisant cette installation, et moi je n’est pas pensé que cela pouvait être aussi actif que ça l’était. J’ai été vraiment étonné que l’ UFO soit terminé. Je l’ai seulement lu la semaine dernière. Joe Boyd a effectué tout le travail là-dessus et j’ai été vraiment stupéfié quand il est parti. Ce que nous faisions était un microcosme du tri entier de la philosophie et ça a tendu à être un peu bon marché. Le fait que le spectacle devait être monté ; le fait que nous ne vivions pas dans des endroits luxueux avec des choses luxueuses autour de nous. Je pense que je préconiserais toujours ce genre de chose - la vie luxueuse. C’ est probablement parce que je ne sais pas travailler beaucoup. »

Michael Watts : « N’étiez vous pas alors totalement impliqué dans l’acide pendant ces jours de plénitude parmi les groupes de rock ? »

Syd Barrett : « Non. C’était, je suppose, ce n’était rien que des rumeurs à propos de la vie à Londres…J’étais assez heureux. J’ai toujours pensé retourner dans un endroit où l’on peut boire du thé assis sur le tapis. J’ai été assez heureux de pouvoir faire ça. Tout ce temps…vous venez de me le rappeler. Je pensais que c ‘était une plaisanterie. Je pensais que Soft Machine était une plaisanterie. Ils jouaient sur “Madcap”,à part Kevin Ayers. »

Michael Watts : « Etes-vous en train de créer une atmosphère dans vos chansons plutôt que de raconter une histoire ? »

Syd Barrett : « Oui beaucoup .Il serait terrible de créer beaucoup plus de chansons avec ce genre d’atmosphère. Ils étaient très purs vous savez, les mots…Je pense que je suis en train de bredouiller. Je pense réellement que toute l’affaire est basée sur le fait que je suis guitariste et que j’ai fait la dernière chanson il y a deux ou trois ans dans un groupe parcourant l’Angleterre, l’Europe et les Etats-Unis, et l’on est revenu, et l’on a presque rien fait d’autre, si bien que je ne sais réellement pas quoi vous dire. Je pense peut-être que je devrais me proclamer comme étant presque redondant. Je ne me sens pas actif et non plus que ma conscience du public soit pleinement satisfaite. »

Michael Watts : « Ne pensez-vous pas que les gens se rappellent toujours vous ? »

Syd Barrett : « Oui, je devrais penser ainsi. »

Michael Watts : « Est-ce qu’alors pourquoi vous ne cherchez pas quelques musiciens, et n’allez pas sur la route pour faire quelques spectacles ? »

Syd Barrett : « Je pense cependant que le disque est une chose à faire. Et le tourisme et le fait de jouer pourraient rendre cela impossible. »

Michael Watts : « Vous n’imaginez pas rejouer du live après deux ans ? »

Syd Barrett : « Si beaucoup. »

Michael Watts : « Qu’est ce qui vous en empêche alors ? Le fait de trouver de bons musiciens ? »

Syd Barrett : « Ouais. »

Michael Watts : « Qu’est ce qui serait de première importance - que ce soit de brillants musiciens ou que vous vous entendiez bien avec eux ? »

Syd Barrett : « J’ai peur de penser que je devrais poursuivre avec eux. Ils devraient être de bons musiciens. Je pense qu’il serait difficile de les trouver. Ils devraient être bons sur scène. »

Michael Watts : « Diriez-vous, donc, que vous êtes une personne difficile à vivre ? »

Syd Barrett : « Non. Ma propre impatience est probablement la seule chose, parce que sinon ça doit être très facile. Vous pouvez jouer de la guitare dans votre cantine, vous savez, vos cheveux pourraient être plus longs, mais c’est beaucoup plus important de jouer que de faire le tour des universités. »

Michael Watts : « Pourquoi ne sortez-vous pas votre propre jeu acoustique ? Je pense que vous pourriez avoir beaucoup de succès. »

Syd Barrett : « Ouais… C’est très gentil. Et bien, j’ai seulement une guitare électrique. J’ai une Fender noire qui a besoin d’être remplacée. Je n’ai aucun jean…je préfère vraiment la musique électrique. »

Michael Watts : « Quels disques écoutez-vous ? »

Syd Barrett : « Euh, je n’en ai pas acheté beaucoup. J’viens d’avoir des choses comme Ma Rainey. Terrible, vraiment fantastique. »

Michael Watts : « Est ce que vous allez vous mettre à écrire du blues alors ? »

Syd Barrett : « Je suppose. Les différents groupes font les différentes choses…On pense que Slade serait une chose intéressante à entendre, vous savez. »

Michael Watts : « Y’aura-t-il un troisième album solo ? »

Syd Barrett : « Ouais. J’ai quelques chansons restées dans le studio. Et j’ai deux enregistrements. Il faut en choisir 12, et un choix gai. Je pense que je pourrai produire celui-ci moi-même. Je pense qu’il est toujours plus facile de faire comme ça. »



Auteurs de la page : manu (traduction, mise en page), Marion (traduction), Nicole (traduction).

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