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Julia Dream

(Auteur : Roger Waters)

Au milieu d’un répertoire aux teintes sombres et hallucinées, encore très imprégné de la marque de fabrique de Syd Barrett, émerge une courte balade folky en forme de berceuse. Mais cette apparente limpidité cache de sourdes angoisses.

Gilmour's voice

C’est sur la face B d’un 45 tours, dont la face A est occupée par It Would Be So Nice de Richard Wright, que, en avril 1968, le public découvre la voix du remplaçant de Barrett, David Gilmour, dans Julia Dream (« Le rêve de Julia »). Cette jolie chanson baigne dans un univers onirique et féerique, et se présente comme une invitation au rêve. L’accent cockney du fondateur du groupe a laissé place à une voix tout en douceur, à la limite de la féminité, comme d’ailleurs l’apparence physique d’alors de son propriétaire. L’on apprendra plus tard à reconnaître l’étendue et la richesse de la palette émotionnelle dont est capable cette voix, qui saura flirter avec la stratosphère (Fat Old Sun, Green Is the Colour…) avec autant d’aisance qu’elle éructera des couplets rageurs (The Nile Song, Money, Young Lust,…) qui n’ont rien d’efféminé.

Une musique limpide, des paroles qui le sont moins...

L’orchestration est très sobre, assurée par une guitare rythmique, la basse et l’orgue en registre de flûte. La grille d’accord elle aussi est très simple. Seuls quelques bruitages en forme de gargouillis apparaissent vers la fin de la pièce et rappellent que nous sommes dans l’univers décalé de la plus novatrice formation musicale de l’époque.

La limpidité de la musique ne doit pas faire illusion, car, côté paroles, il y a un malaise, et ce rêve de Julie semble annoncer le cauchemar de Cymbaline, et ceux qui suivront. Au début, « la lumière du soleil brille sur mon oreiller, plus légère qu’un édredon » et tout baigne, et si l’on « souhaite que le saule pleureur enroule ses branches » sur nous, cette image a déjà quelque chose d’un peu inquiétant. Plus loin, qui sont cette « fiancée de velours » que l’on attend en fermant la lumière, et ce « guerrier d’écailles » dont on cherche à se cacher ? Dans ce court poème, Roger Waters montre qu’il sait déjà faire monter un climat dramatique comme une mayonnaise, et ne s’arrête pas là : « Le maître des brumes me brisera-t-il, la clé libèrera-t-elle mon esprit ? » se demande-t-il cinq ans avant Brain Damage. Enfin, « Les pas qui me suivent me rattraperont-ils ? Et suis-je vraiment en train de mourir ? » s’interroge-t-il en conclusion, annonçant la séquence des pas qui sera un grand moment des versions publiques de Cymbaline.

Les paroles et leur traduction sont .

Julia Discs

Julia Dream figure d’abord sur un rare 45 tours sorti en avril 1968, puis sur les compilations The Best of The Pink Floyd vers 1970 (qui ressortira en 1974 sous le titre Masters of Rock) et Relics en 1971, avant d’être rééditée sur le CD bonus du coffret Shine On en 1992.
Cette chanson ne sera pas joué en public, mais on en connait une interprétation du 28 juin 1968, lors des sessions du Top Gear de John Peel, pour la BBC.


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Auteur de la page : Blue Berry.

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